Quelle a été votre réaction à la lecture du projet de 5X2 ?
Très sincèrement, ça n’aurait pas été un film de
François Ozon, je ne l’aurais pas accepté. Il y avait quarante pages au maximum ; il n’avait écrit que trois épisodes sur les cinq. On ne savait d’ailleurs pas exactement combien il y en aurait et dans quoi on partait. L’important était donc de regarder avec qui je m’embarquais. Il y avait François et ses films, donc je savais déjà en partie ce que j’acceptais. Et puis Valeria. Ces deux êtres étaient fondamentaux pour moi. On a attaqué le film dans l’ordre dans lequel on le voit à l’image et je n’aurais certainement pas été dans cet état de confiance et d’abandon pour ces scènes impudiques si ça n’avait pas été eux.
La scène à l’hôtel est effectivement assez dure…
Cette scène ne faisait que quelques lignes dans le scénario où il était écrit qu’on faisait l’amour. C’est ensuite qu’elle a évolué. Mais, tout de suite, les dés on été jetés. François a une manière d’aborder, avec une apparente légèreté, des choses qui sont d’une extrême gravité. On ne peut pas penser que c’est seulement par insouciance. Il y a chez lui une innocence, une fraîcheur, une naïveté sur certaines choses, mais je pense surtout qu’il y a une véritable intelligence, un instinct animal. Normalement, quand j’attaque un film, je sais d’où vient mon personnage et où il va. Je lis et relis mille fois l’histoire et toutes les scènes me permettent de me construire. J’ai toujours été habitué à travailler comme ça. Mais, sur 5x2, il fallait tous les jours oublier cette manière de fonctionner, oublier de me poser la question de mon passé et de mon futur. Il fallait être, au présent, créer le vécu d’un couple, sans pourtant savoir qui était la femme qui était à mes côtés, ni comment je l’avais rencontrée. Il fallait se regarder, écouter, ouvrir tous ses sens au maximum. Apprendre à se construire dans l’instant, avec l’autre, autour de l’autre, jamais à son détriment.
Est-ce ce qu’on pourrait appeler une forme d’improvisation ?
Oui et non. On a respecté l’histoire, mais on a simplement mis de la chair là où il y avait des mots et des silences. Je n’avais jamais fait ça. François fait partie de ces auteurs qui sont capables d’aller chercher chez les acteurs des choses improbables et très profondes. Il charge son rapport à l’autre de ludicité et de tendresse. Et, derrière ça, il y a des choses beaucoup plus violentes, ambiguës et troublantes. On s’accroche à cette tendresse et à ce jeu pour aller chercher en soi.
Après la scène à l’hôtel, François nous a dit : “Vous m’avez surpris. Je ne m’attendais pas à ce que vous me donniez autant.” Ça nous a d’abord fait rire. En fait, je pense qu’il était sincère. C’est aussi sa force. Il met tous les ingrédients dans une marmite et puis il porte à ébullition. Comme à tous les magiciens, il y a des choses qui lui échappent. C’est ce qui a fait que tout cela a l’air très vrai.