Drame historique mêlant destin, trahison et romance,
Elizabeth : L’Âge D’or est le récit d’une époque charnière, et des combats privés et publics d’une femme face à un destin exceptionnel. Pour le réalisateur
Shekhar Kapur, il était tout naturel de revenir sur l’histoire d’une des plus grandes reines de tous les temps qui continue d’exercer une réelle fascination et dont l’accession au trône marqua le début d’une période majeure pendant laquelle l’Angleterre s’éleva au rang de grande puissance.
Entre amour et pouvoir
Elizabeth : L’Âge D’or est la suite du film
Elizabeth, déjà réalisé par
Shekhar Kapur en 1998. Nommé à sept Oscars dont ceux du meilleur film et de la meilleure actrice, il reçut six BAFTA et le Golden Globe de la meilleure actrice. À l’époque, le cinéaste avait déjà songé à poursuivre le récit des quarante-cinq années de règne d’Elizabeth Ière à travers deux autres films. Le producteur Tim Bevan explique : «Son long règne et les multiples événements qu’elle a vécus ne pouvaient être racontés efficacement en un seul film.»
Le premier film racontait l’ascension et les premières années de règne de la jeune Elizabeth, confrontée à ses rivaux aspirant au trône et aux trahisons familiales. La jeune reine apparaissait à la fin du film en souveraine tenant fermement en main les rênes de sa destinée.
Elizabeth : L’Âge D’or commence plus de quinze ans après, alors qu’Elizabeth, plus assurée dans son rôle de reine, doit faire face au roi Philippe II d’Espagne, champion du Catholicisme décidé à se débarrasser de la reine protestante.
Lorsque Elizabeth monte sur le trône en 1558, la moitié de la population anglaise est restée catholique. La nouvelle reine choisit de prôner une certaine tolérance religieuse à l’inverse de sa défunte demi- sœur aînée, Marie Tudor. Le film insiste donc sur un sujet toujours brûlant d’actualité : la tolérance par opposition au fondamentalisme.
Shekhar Kapur confie : «Les récits du passé nous ramènent souvent à notre propre histoire. Par-delà le thème du fondamentalisme religieux,
Elizabeth : L’Âge D’or nous parle de la quête de soi et du divin, de mortalité et d’immortalité - des questions que chacun se pose un jour, aujourd’hui comme hier.» Au-delà des conflits politiques, le film se concentre également sur la dimension humaine de la souveraine à travers l’amour secret qu’elle voue à l’aventurier Walter Raleigh. La relation triangulaire entre Raleigh, Elizabeth et sa dame d’honneur, Bess Throckmorton, est au cœur de l’histoire. La reine manipule Raleigh et Bess afin de vivre par procuration l’amour qu’elle s’interdit. Elle compte garder le contrôle du cœur et de l’esprit de Raleigh tout en lui offrant le corps de Bess. Elle ne s’attend pas à ce qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre et lui échappent...
Le retour de la reine
La participation de
Cate Blanchett, qui incarnait Elizabeth dans le premier film, était bien sûr essentielle. Mais l’actrice a hésité avant d’accepter de reprendre le rôle : «
Shekhar Kapur et Geoffrey Rush ont su me convaincre... Et puis le fait d’avoir joué Hedda Gabler pour la Sydney Theater Company puis pour une production new-yorkaise m’a démontré que reprendre un rôle était une occasion de l’approfondir.»
Elle ajoute : «J’ai beaucoup appris depuis le tournage d’
Elizabeth. Mais ce rôle reste difficile, et il m’est arrivé de douter de ma prestation. C’est un hommage à une personnalité puissante et complexe qui peut être abordée de mille et une façons, chacune mettant en lumière l’un ou l’autre aspect de sa vie. Il fallait retrouver l’approche que nous avions choisie pour le premier film tout en insistant sur son évolution.»
Shekhar Kapur précise : «Le personnage est devenu plus actif dans ce second film. Tout en ayant pris de l’assurance, Elizabeth a conservé un peu de sa vulnérabilité des premières années de règne. Cate a su communiquer ce mélange délicat de force et de faiblesse.»
La reine Elizabeth évolue au centre d’un théâtre des apparences qui a beaucoup intrigué
Cate Blanchett : «Elizabeth a fait l’expérience de l’abnégation, se construisant patiemment une image afin d’imposer son règne. Elle a poli cette image à des fins politiques, et aussi, je suppose, pour se protéger au plan émotionnel. Pour elle, le monde politique est un théâtre. Le voyage qu’elle accomplit dans ce film est par bien des aspects, celui de l’acceptation. Sous le masque, c’est une femme célibataire et sans enfant qui souffre de sa solitude. Dans
Elizabeth : L’Âge D’or, ses chances de se marier et de donner naissance disparaissent. Sur un plan politique, le mariage était aussi une arme puissante qui lui aurait permis de nouer des alliances avec d’autres pays. Elle lutte contre les pressions politiques et ses propres sentiments, comme le symbolise sa relation avec Raleigh qui est l’élément qui m’a le plus motivée à reprendre le rôle. J’ai beaucoup aimé la façon dont se développe une relation triangulaire.»
La possibilité de retravailler avec
Shekhar Kapur a également contribué à convaincre
Cate Blanchett : «Nous nous entendons très bien. Son approche est très créative. Il aborde les différentes scènes d’une manière complètement unique, tout en étant à l’écoute des idées des acteurs. Il aime réellement qu’un comédien apporte sa contribution. Il est capable de totalement reconstruire une scène autour de ce qu’apporte un acteur s’il trouve que cela sonne juste.»
Le déclin d’un homme de pouvoir
Geoffrey Rush, qui avait livré un portrait remarquable de Sir Francis Walsingham, le conseiller de la reine, dans le premier film, a immédiatement accepté de retrouver ce rôle : «Walsingham s’était construit une place très importante à la cour d’Elizabeth. Vers les années 1580, il était à la tête d’un des plus grands réseaux d’espionnage qui couvrait toute l’Europe. C’était un intellectuel et c’est lui qui a créé cette notion de la souveraine en figure divine. Pour lui, il fallait que l’on honore la reine en majesté, telle une déesse.»
Il ajoute : «Dans
Elizabeth : L’Âge D’or, cet homme strict et rigoureux, à l’image de sa reine, apparaît moins sûr de lui, plus vulnérable après avoir découvert la trahison de son frère.» Ce fait ne s’appuie pas sur des événements historiques, mais il joue un rôle important dans l’intrigue. Comme l’explique
Geoffrey Rush, «
Shekhar Kapur désirait explorer ce qui arrive lorsque des figures publiques puissantes sont rongées par des dilemmes personnels. À travers l’implication de son frère dans un complot, on expose ses incertitudes et sa vulnérabilité.»
Walsingham n’incarne plus dans ce film le mentor qu’il était pendant les premières années de règne, guidant la jeune reine dans l’apprentissage de ses responsabilités. Son influence sur Elizabeth s’est amenuisée et il n’est plus à présent qu’un simple homme d’État. Le producteur
Jonathan Cavendish observe : «La perte d’influence de Walsingham est très émouvante. La puissance lui fait défaut, il n’est plus le maître du jeu. Geoffrey a su lui donner la gravité nécessaire.» Comme
Cate Blanchett, l’acteur était content de jouer à nouveau sous la direction de
Shekhar Kapur : «C’est un des cinéastes les plus audacieux que je connaisse. Il donne des images plutôt que des directives, faisant ainsi appel à l’imagination, un élément essentiel dans le tournage d’un film. Il agit avec humour et décontraction même dans les moments les plus dramatiques. Il ne se concentre pas uniquement sur les réalités historiques ou la psychologie des personnages, il s’intéresse avant tout à la trame narrative. Les événements auxquels il est fait référence sont d’ailleurs trop complexes pour être racontés avec exactitude.
L’objectif est que l’histoire qu’on raconte saisisse les éléments primordiaux de ce qui se déroule entre les gens, entre les pays.»
Le souffle de la liberté
Dans
Elizabeth : L’Âge D’or, un nouveau personnage entre en scène : l’explorateur Walter Raleigh, presque aussi légendaire qu’Elizabeth. Le cinéaste cherchait un acteur ayant le physique et le charisme nécessaires au rôle. Ils se sont tournés vers
Clive Owen, nommé aux Oscars pour sa prestation dans
Closer, Entre Adultes Consentants et salué pour son rôle dans
Les Fils De L’homme. L’acteur a vite saisi l’esprit de Walter Raleigh, un ambitieux marin au long cours qui s’attire les faveurs de la reine.
Clive Owen a été attiré par la façon dont des thèmes contemporains se mêlent à l’Histoire : «Raleigh était un être complexe. Séduisant et bien éduqué, il parlait avec franchise et parfois même avec arrogance. Son attitude assez cavalière impressionnait autant qu’elle offensait.»
Cate Blanchett voit dans l’attirance de son personnage pour Raleigh un mélange d’amour et d’envie : «Ses sentiments diffèrent des coquetteries de jeunesse qu’elle avait vécues avec Dudley dans le premier film. Elle n’aime pas Raleigh pour lui- même, elle voudrait être lui. Elle vit par procuration à travers lui et voit le monde par son regard. Aussi intelligente et cultivée soit-elle, elle n’a jamais quitté l’Angleterre. Les voyages de Raleigh par-delà le monde connu des cartographes la fascinent.»
Clive Owen précise : «Raleigh cherche à gagner les faveurs de la reine dans le but de s’assurer des fonds pour sa prochaine expédition. Mais il tombe sous son charme. Son intégrité, une qualité qui le distingue des autres hommes de la Cour, est probablement aussi ce qui attire la reine vers lui.»
L’acteur avait déjà beaucoup aimé le premier film. Il se souvient «Le plus étonnant dans
Elizabeth était la perspective de
Shekhar Kapur sur les choses et plus pragmatiquement, l’emplacement choisi pour les caméras. Cela donnait aux événements un souffle épique. Il utilise la même technique dans
Elizabeth : L’Âge D’or.»
L’amour par procuration
La jeune et jolie dame d’honneur, Bess Throckmorton, était un rôle clé dans l’histoire. Jonathan Cavendish souligne : «Jeune, pleine d’énergie, elle est le reflet de ce qu’était la reine quelques années plus tôt. Nous recherchions une actrice pas forcément très connue mais ayant assez de charisme pour jouer aux côtés de
Cate Blanchett.»
C’est la prometteuse
Abbie Cornish, révélée dans
Somersault, qui a été engagée. À 25 ans,
Abbie Cornish était heureuse d’incarner un personnage du passé aux côtés de tels partenaires : «Les caractéristiques à la fois lumineuses et sombres de Bess sont frappantes.
Shekhar Kapur ne cesse de nous plonger dans différentes facettes du personnage. Il n’y a pas de limites à sa créativité.» Selon
Cate Blanchett : «Elizabeth refuse de se marier par crainte de perdre son pouvoir. Elle a fait le choix d’utiliser sa virginité, son statut de reine célibataire, comme un outil politique. Étant donné le triste sort de sa mère, Anne Boleyn, décapitée sur ordre de Henry VIII, et de tant d’autres femmes à l’époque, on comprend ses réticences. Elle se sert de Bess comme Prospero d’Ariel pour vivre une expérience à laquelle elle n’a pas droit. Elle éprouve un certain plaisir à ce jeu d’échecs, à voir Bess et Raleigh aller l’un vers l’autre, jusqu’à ce qu’ils tombent amoureux et qu’elle comprenne qu’elle a perdu tout contrôle de la situation.»
Les ennemis
Le rôle de Philippe II d’Espagne a été attribué à l’acteur
Jordi Molla, qui n’a pas hésité à apporter sa propre touche : «
Shekhar Kapur montre Philippe comme le souverain le plus puissant de l’époque, mais aussi comme l’homme qui prie dans l’ombre, guettant la moindre contestation de son pouvoir. J’ai insisté sur cette faiblesse, qui est le signe d’un énorme complexe, en lui donnant une petite voix et une démarche inhabituelle... des particularités qui, en le diminuant, pourraient expliquer ce complexe.»
Une partie de son hostilité envers Elizabeth, au-delà de leurs divergences religieuses, est peut-être due au fait qu’il avait été roi consort d’Angleterre par son mariage avec Marie Tudor, la demi-sœur aînée d’Elizabeth, fille de Henry VIII et de Catherine d’Aragon, qui a régné moins de cinq ans. Après le décès de celle-ci sans descendance, le trône est passé à Elizabeth et Philippe a perdu tout pouvoir sur la couronne anglaise et le retour du pays au catholicisme. Pendant le bref règne de Marie, sa campagne zélée pour restaurer le catholicisme en Angleterre s’est accompagnée de 280 exécutions pour hérésie, d’où le surnom de «Bloody Mary».
La cousine d’Elizabeth, Marie Stuart, fille de Jacques V d’Écosse et de Marie de Guise, était, selon les règles de succession au trône anglais, la future souveraine si Elizabeth mourait sans descendance. Aux yeux des catholiques, elle était la reine légitime qui aurait dû régner à la place d’Elizabeth.
Déterminée à ne pas répandre le sang d’une autre reine, Elizabeth s’oppose aux diverses demandes d’exécution de ses conseillers, malgré les implications répétées de Marie dans des complots, jusqu’à celui de Babington raconté dans le film. L’exécution de Marie Stuart pour trahison en 1587 pousse le roi d’Espagne à lancer sa flotte baptisée l’«Invincible Armada» contre l’Angleterre.
Samantha Morton a été séduite à l’idée d’incarner Marie Stuart : «C’est un personnage fascinant.
Shekhar Kapur a tenté, sans basculer dans la controverse, de montrer la nature de Marie. Il aborde chaque personnage avec originalité sans s’occuper de ce qui a déjà été fait ou dit, et tout en ayant un profond respect pour son sujet, il donne toute liberté artistique à ses acteurs.»
Shekhar Kapur commente : «Je ne dirais pas que nous avons pris des libertés avec l’Histoire, parce que l’Histoire n’est finalement qu’interprétation. Chaque événement qui s’y inscrit fait forcément l’objet d’une réinterprétation. Et quatre siècles plus tard, les interprétations diffèrent. Il ne faut pas oublier que l’Histoire a été écrite par des gens qui la couchaient sur le papier pour les puissants, ceux qui avaient le pouvoir. Si ce qu’écrivaient les historiens déplaisait, ils pouvaient fort bien y perdre la vie !
L’Histoire devait donc être réinterprétée en faveur du monarque régnant. Ce que je fais, moi, c’est simplement raconter une histoire. J’étais attiré par cette époque pour ses parallèles avec l’actualité et parce qu’elle trouvait un écho en moi.»