Notes de Prod. : Elizabeth : l'âge d'or

    en DVD le 12 Juin 2008

Secrets de tournage : les costumes et les décors

Le culte de la reine
Les magnifiques robes portées par Cate Blanchett ont été créées par Alexandra Byrne. La chef costumière raconte : «J’avais déjà effectué les recherches historiques nécessaires pour bien connaître la période lors du premier film. Cela m’a permis une liberté un peu plus grande cette fois. J’ai pu lire davantage de choses sur Elizabeth en tant qu’être humain, et ne pas me focaliser sur sa façon de s’habiller. J’ai ainsi beaucoup appris sur la beauté de la reine et de ses robes. Je me suis concentrée sur le caractère ostentatoire de ses tenues tout en les rendant peut- être plus accessibles aux spectateurs que les drames historiques ne le font habituellement.»

La costumière s’est inspirée du travail du grand couturier espagnol Balenciaga qui, dans les années 50, élaborait ses créations à partir de tableaux issus notamment de l’époque élisabéthaine. Alexandra Byrne raconte : «Cela m’a aidée à rendre Elizabeth, qui est une figure emblématique, plus vivante aux yeux des spectateurs.»

Cate Blanchett souligne : «La reine se mettait littéralement en scène, elle choisissait ses tenues en fonction de l’image qu’elle voulait donner. Nous avons travaillé dans cette direction. Les costumes et maquillages sont révélateurs du sous-texte du film. Les seize perruques créées par Morag Ross donnent à la reine un air joyeux ou tragique selon son humeur. Nous révélons autant la personnalité publique que privée. Un des exemples les plus frappants est la manière dont les robes d’Elizabeth changent alors qu’elle se détache de Raleigh et se rend à Tilbury pour motiver ses troupes. Elle se dote d’une armure, au propre comme au figuré, et lorsqu’elle apparaît, montée sur son cheval blanc, on ne peut s’empêcher de penser à Jeanne d’Arc.»

Des changements opérés par rapport au premier film, Alexandra Byrne dit : «Maintenant que sa position est établie, Elizabeth peut plus librement affirmer ses goûts et son style, qui visent à présent à rendre son image majestueuse et immortelle.» L’absence de représentation spécifique de la reine sur le trône n’a pas été sans difficultés. Alexandra Byrne précise : «Nous avons réservé certaines robes pour les moments de règne et d’autre pour les scènes plus intimes.»

L’une des apparitions publiques les plus spectaculaires de la reine est celle où elle est à la tête de ses troupes, avant la bataille avec l’Armada. Cate Blanchett, Shekhar Kapur et Alexandra Byrne étaient tous trois d’accord sur le fait que sa tenue devait traduire sa volonté d’être considérée comme un de ses soldats, prête à se battre et à mourir à leurs côtés. Elle est ainsi représentée comme une femme en armes, vêtue d’une armure presque médiévale, les cheveux lâchés, sur un cheval blanc. La chef costumière observe : «On ne peut bien sûr s’em- pêcher de penser à Jeanne d’Arc. Nous ignorons si Elizabeth a porté une telle armure, et si elle montait à cheval à califourchon comme un homme, mais c’est un moment clé dans la narration de notre histoire.»

Les cinéastes ont insisté sur les liens qui existent entre Elizabeth et Bess. Le réalisateur explique : «Elles se ressemblent, elles sont en fin de compte la même personne. Bess incarne le côté mortel d’Elizabeth la déesse. Cette construction en miroir, avec Raleigh au milieu, était très intéressante.» Un Elisabéthain tel que Raleigh, roturier obligé de compter sur des soutiens financiers extérieurs, ne possédait vraisemblablement qu’une seule tenue.

Alexandra Byrne explique : «Sur les nombreuses gravures qui le représentent, Sir Walter Raleigh porte les mêmes habits de cour. Les explorateurs comme lui prenaient la mer ainsi vêtus, séchaient leurs vêtements mouillés, les rapiéçaient. C’est pour cela que nous lui avons confectionné des hauts- de-chausses en apparence usés. Clive Owen s’est d’abord inquiété mais il a fini par les adorer. Ils lui donnaient une démarche particulière et une certaine importance.»

Jenny Shircore, récompensée aux Oscars et aux BAFTA pour son maquillage et ses coiffures dans Elizabeth, a rejoint le nouveau projet avec beaucoup d’enthousiasme et s’est attachée à donner à la reine un air mature et surtout divin après avoir étudié des portraits d’époque. Elle raconte : «Shekhar Kapur a toujours vu en Elizabeth une créature lumineuse. C’est ce que nous avons tenté de montrer tout en insistant sur sa puissance.»

Les décors
La réalisation des décors a été confiée à Guy Hendrix Dyas. Il raconte : «Les producteurs avaient une vision très précise du film. Il fallait développer le monde qu’ils avaient créé dans Elizabeth et qui mêlait audacieusement passé et modernité. Les décors de ce film étaient un défi. Dans Elizabeth, la reine paraît minuscule à côté de l’architecture qui l’entoure. Cela renforçait le sentiment d’isolement de la jeune femme face au monde politique. Dans Elizabeth : L’Âge D’or, le rapport change : elle semble à présent plus grande que les éléments qui l’entourent.»

Ce concept a été déterminant dans le choix des lieux de tournage et des décors. Les deux cathédrales du sud de l’Angleterre, Wells et Winchester, ont ainsi été sélectionnées parce que leurs détails architecturaux tendent à réduire leurs proportions. Par exemple, au lieu de voir Elizabeth à côté d’une énorme colonne de pierre, nous la voyons déambuler au milieu de plusieurs colonnes, ce qui rééquilibre les rapports de taille. Elle paraît ainsi plus forte. Les nombreux éléments féminins, comme les fleurs gravées dans la pierre, les gargouilles et les couleurs, renforcent l’idée que la reine a pris entière possession des lieux qu’elle habite.

Après avoir transformé ces lieux ecclésiastiques en un palais, Guy Hendrix Dyas et son équipe ont travaillé aux Shepperton Studios pour relier ces espaces grâce aux décors créés sur les plateaux. Ils ont créé avec le plus de détails et d’authenticité possible les appartements privés de la reine. Les années d’expérience de Guy Hendrix Dyas dans le domaine de l’illustration lui ont conféré une vision englobante et un souci du détail allant jusqu’à prêter attention à la manière dont l’eau ruisselle le long d’un mur. Ces différents décors ont ensuite été combinés pour créer le langage visuel du film. Cette approche a eu pour avantage de tourner non seulement dans des décors impressionnants con- venant à la période historique, mais de donner aux acteurs un environnement crédible et authentique au sein duquel installer leurs personnages.

Le décor de la chambre privée de la reine a été l’un des plus difficiles à réaliser. Le réalisateur a demandé à son chef décorateur de concevoir un décor dénué de murs, une structure légère d’arches et de colonnes le long de laquelle la caméra puisse se déplacer afin de créer des effets de profondeur et de varier les plans de façon très vivante. Dans sa façon de réaliser, Shekhar Kapur aime faire parler ses personnages hors champ, la caméra évolue alors autour du décor avant que l’on ne découvre les personnages. Guy Hendrix Dyas a créé ce qu’il appelle «le décor ultime spécial Kapur» : un puzzle visuel offrant une variété infinie d’angles de prises de vue et de placements de caméras.Le désir d’authenticité a également joué un rôle important dans le choix des matériaux de construction : du granit pour le sol du cabinet de la reine et de sa chambre privée, de magnifiques boiseries obtenues à partir de bois sculpté rehaussé de motifs faits de plâtre, puis teintées et cirées pour rendre l’aspect exact des boiseries d’époque. Ainsi, le décor a non seulement l’apparence du réel, mais il sonne vrai, à l’oreille et au toucher.

Guy Hendrix Dyas a aussi été chargé de reconstituer grandeur nature le navire de Raleigh, le «Tyger», utilisé notamment dans les scènes de bataille contre l’Armada. Afin de réduire les coûts de production, le Tyger, après quelques modifications et filmé sous un autre angle, a aussi servi de vaisseau espagnol. La structure finale, élaborée avec des planches de dix centimètres d’épaisseur fixées sur une armature en acier, mesure 55 mètres de long. Elle a été montée sur un mécanisme de cardans capable d’imiter les mouvements d’un bateau en mer par tous les temps. La construction a pris plusieurs mois. Tandis que la structure d’acier était montée sur le mécanisme mobile, chaque planche a été vieillie, brûlée pour enlever la couche de fibres extérieure et donner au bois un aspect plus brut.

Guy Hendrix Dyas confie : «Tout décorateur rêve sans doute de reconstituer un jour un bateau. Plus il est ancien et plus il a de caractère et d’intérêt. Ce fut un véritable honneur pour moi, et voir combien Clive paraît héroïque dessus a été un grand moment de ma carrière.»

Sur les traces du passé
Le tournage en extérieurs a commencé à la cathédrale de Westminster, la plus grande en taille et la principale église catholique d’Angleterre et du pays de Galles. L’équipe du film y est restée deux jours. De style néo-byzantin, sa nef dépourvue de tout pilier est particulièrement imposante. Elle constituait ainsi le lieu idéal pour représenter l’Escorial, le palais du roi d’Espagne, aux alentours de 1588.

L’équipe s’est ensuite rendue dans le Hertfordshire, à Hatfield House, la célèbre demeure du marquis de Salisbury. Ils ont transformé le hall nord et l’armurerie en appartements privés de Marie Stuart à Chartley Hall, où elle a été gardée prisonnière un moment avant son exécution. D’autres parties de la demeure, dont le hall de marbre, le grand escalier et la grande galerie, sont devenus la maison londonienne de Walsingham.

D’architecture romane, l’église St. Bartholomew est un trésor caché derrière une arcade dans les ruelles étroites de Smithfield. La production y a tourné un moment clé du film : l’exécution de Marie Stuart, qui s’est en réalité déroulée au château de Fotheringhay, détruit en 1627. La scène, inspirée de documents historiques, montre Marie Stuart entrant dans l’église sans prêter attention aux prières du Doyen protestant de Peterborough, montant sur l’échafaud, ôtant sa robe noire et laissant apparaître une chemise rouge, la couleur des martyrs catholiques, puis accordant son pardon à son bourreau avant de poser sa tête sur le billot. Justin Pollard, responsable des recherches historiques, raconte : «La scène a beaucoup touché l’équipe de tournage et la centaine d’acteurs et de figurants présents. Malgré les projecteurs et les caméras, c’était comme si nous assistions à l’exécution.»

Le tournage s’est poursuivi à la cathédrale de Winchester, construite en 1079 dans l’ouest de l’Angleterre, où la production est restée quatre jours. Avec ses voûtes et vitraux impressionnants, Winchester ressemble à ce que devait être la toute première cathédrale St. Paul, ravagée lors du grand incendie de Londres en 1666. La chapelle de la Vierge a été utilisée pour représenter la chapelle royale où la reine venait prier et où elle rencontra celui qui aurait dû être son assassin. C’est également dans sa nef extraordinaire qu’Elizabeth appelle à se battre contre les Espagnols.

L’époque élisabéthaine fut une période d’intense construction à Londres. C’est pourquoi Guy Hendrix Dyas a eu l’idée de profiter des travaux de rénovation en cours à Winchester. Des vrais tailleurs de pierre ont été engagés comme figurants ; ils incarnent les bâtisseurs de la cathédrale St. Paul. En outre, les échafaudages ont offert au réalisateur la possibilité de filmer derrière des obstacles.

L’équipe a quitté la cathédrale de Winchester pour le St. John’s College, le deuxième plus grand col- lège de l’Université de Cambridge, fondé en 1511 par Lady Margaret Beaufort, la mère d’Henry VII (et donc l’arrière-grand-mère d’Elizabeth). C’est là qu’a été mis en scène un des moments les plus légendaires du règne d’Elizabeth : sa première rencontre avec Raleigh, lors de laquelle il étendit son manteau sous les pieds de la reine pour la protéger d’une flaque d’eau.

Justin Pollard commente : «On ignore si cette légende, rapportée pour la première fois près d’une centaine d’années plus tard par Thomas Fuller, en 1663, est vraie. Cependant, c’est le genre de chose que Raleigh aurait certainement pu faire et que la reine aurait aimé. En plus de son côté symbolique, cette scène offrait une excellente manière d’introduire le personnage de Raleigh.» La cathédrale d’Ely, une autre cathédrale romane construite sur une île dans des terres marécageuses, a servi de décor pour la cour de la reine à Whitehall.

Justin Pollard observe : «Les cathédrales choisies établissent un contraste entre la majesté de la reine et la vulnérabilité de l’homme. C’est aussi un moyen de rendre hommage à l’héritage architectural de l’Angleterre.» Pendant deux semaines, la production a réalisé dans la nef les scènes où Elizabeth rencontre l’ambassadeur espagnol, découvre le complot de Philippe II et apprend la nouvelle de l’exécution de Marie. Shekhar Kapur a filmé cette scène du haut de la tour octogonale de la cathédrale, opposant ainsi la fragilité humaine de la reine à l’indifférence de la vaste voûte de pierre.

La chapelle de la Vierge, redécorée par Guy Hendrix Dyas, sert de cadre à la présentation de Raleigh à la Cour à qui il fait découvrir la pomme de terre et le tabac rapportés du Nouveau Monde. C’est là également qu’a été filmé le banquet donné par Elizabeth en l’honneur de l’archiduc Charles d’Autriche. Des plats d’époque, comme de la tourte de héron ou du paon farci, ont été préparés à partir de recettes authentiques et d’illustrations. La ménagerie de la reine est présentée aux convives pour les divertir. Celle-ci inclut des perroquets, un python indien, un singe et même un zèbre. Justin Pollard commente : «Dans les années 1580, des animaux exotiques étaient souvent offerts comme cadeaux à la Couronne par d’autres monarques, et il y avait une vraie compétition pour savoir qui aurait les plus rares.»

Le tournage s’est terminé à Brean Down, un des plus spectaculaires endroits de la côte du Somerset, pour y filmer le célèbre discours donné par Elizabeth à Tilbury face à ses troupes juste avant la confrontation avec l’Armada. Jonathan Cavendish explique : «Cette exhortation à ses troupes marque le moment où elle prend totalement le commandement de la bataille et où son image devient sacrée.»

Restant dans l’Ouest, la production s’est finalement installée à la cathédrale de Wells dont la structure impressionnante et les bâtiments alentour vieux de plus de huit siècles dominent toujours la ville de Wells, au cœur du Somerset. Les cinéastes ont utilisé le fabuleux escalier qui relie le transept nord à la salle du chapitre pour représenter l’entrée principale du palais de Whitehall, qui, selon Justin Pollard, constitue le point de rencontre entre le monde extérieur et l’univers très fermé de la Cour. Avant de retourner à Shepperton, les derniers lieux de tournage ont été : Waverley Abbey, les ruines presque oubliées d’un monastère qui servent de lieu de rencontre aux conspirateurs catholiques, Dorney Court, qui représente la maison de Raleigh, ainsi que Petworth Park, le célèbre parc immortalisé dans les peintures de Turner, où la production a filmé une séquence à cheval pendant laquelle Elizabeth et Raleigh se retrouvent seuls.

Secrets de tournage : la Reine Elizabeth

Drame historique mêlant destin, trahison et romance, Elizabeth : L’Âge D’or est le récit d’une époque charnière, et des combats privés et publics d’une femme face à un destin exceptionnel. Pour le réalisateur Shekhar Kapur, il était tout naturel de revenir sur l’histoire d’une des plus grandes reines de tous les temps qui continue d’exercer une réelle fascination et dont l’accession au trône marqua le début d’une période majeure pendant laquelle l’Angleterre s’éleva au rang de grande puissance.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 33 004 entrées
  • Cumul IDF : 64 559 entrées

  • 1ère semaine France : 61 154 entrées
  • Cumul France : 123 050 entrées