Notes de Prod. : I'm Not There

    en DVD le 19 Juin 2008

Entretien avec Todd Haynes

Est-ce que vous êtes de l’avis des fans de Bob Dylan qui le considèrent comme un trésor vivant de la culture américaine ? Croyez-vous que le film va susciter chez les jeunes un regain d’intérêt pour sa carrière ?

Todd Haynes : Les réussites artistiques de Dylan n’ont franchement pas besoin de mon soutien. Il y aura toujours ceux qui pensent qu’il est le plus grand compositeur de tous les temps et ceux qui s’en fichent totalement. Par contre, qu’on l’aime ou pas, on ne peut pas nier l’influence majeure de Dylan sur la musique populaire et sur l’évolution culturelle d’après-guerre. Il est le seul, avec les Beatles, à avoir façonné les années 60, du moins dans l’esprit des jeunes de l’époque. Pour ceux d’aujourd’hui, qui l’associent davantage à la génération de leurs parents, j’espère vraiment que ce film va dépoussiérer cette période et leur donner envie de revisiter la musique de Dylan.

Pour la préparation du film, vous avez, à l’évidence, visionné plusieurs fois le
documentaire « Don’t look back» (1967), le film sur le Festival Folk de Newport, ses concerts et lu son autobiographie, mais avez-vous pu vous entretenir avec certains de ses proches ?


En fait, pour la préparation de I’m not there, j’ai passé autant de temps sur sa vie que sur son apport artistique, j’entends par là ses chansons, ses écrits, ses interviews, ses films, ainsi que toutes les sources culturelles qui l’ont inspiré. Il n’a jamais été question de réaliser un biopic conventionnel ; j’ai donc préféré me concentrer sur les domaines où sa vie d’homme et sa pensée créative se rejoignaient ou se répondaient mutuellement. J’ai effectivement lu toutes ses biographies et même la plupart des livres qu’on lui a consacrés, mais je n’ai
jamais vraiment mené des interviews de mon côté. Je pense que tous ceux qui étaient en quête du vrai Dylan ont échoué, et que personne ne pouvait approcher la vérité sans passer par le biais de la fiction. J’ai néanmoins parlé avec Suze Rotolo [NDT: la petite amie de Bob Dylan entre 1962 et 1964], c’est d’ailleurs elle qui m’a contacté, parce qu’elle avait entendu parler de mon projet et qu’elle craignait de se voir dénaturée à l’écran. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire par là, car je trouvais au contraire qu’il émanait des biographies une image magnifique. A côté de quoi les biographes avaient-ils bien pu passer ? « Du fun », m’a-t-elle répondu.

Comment vous est venu l’idée de bâtir un scénario à trames multiples et de prendre autant d’acteurs différents que de fragments de la vie de Dylan?
Pourquoi avoirressenti le besoin de co-écrire le film avec Oren Moverman ?


Lorsque j’ai découvert Dylan pour la première fois, j’étais à l’université, mais j’ai ensuite arrêté de l’écouter. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1999, à un moment charnière de ma vie, que j’ai ressenti le besoin de retourner à sa musique. Je pense que j’avais envie de retrouver cette fougue adolescente que Dylan avait nourrie à l’époque. Je quittais New York où j’avais vécu pendant quinze ans, pour rejoindre Portland (Oregon), où ma sœur habitait, et travailler là-bas sur un scénario. Ce que j’ignorais, c’est que je ne retournerais jamais à New York. Quelque chose était en train de se passer, mais je ne savais pas quoi exactement.
J’étais de plus en plus happé par Dylan, je découvrais des morceaux inédits et je dévorais tous les livres qui me tombaient entre les mains. Plus je lisais, plus je réalisais à quel point ses changements humains et artistiques caractérisaient sa vie. Le seul moyen d’en rendre compte était d’utiliser le pouvoir de la fiction, de distiller sa vie et son travail en une mosaïque de Dylan et d’histoires différentes. Les sept personnages qui en ont finalement émergé me semblent englober les sujets et les motivations majeurs qui ont déterminé sa vie et son travail, même si la plupart puisent leur source dans les années 60.
Pendant que je travaillais sur le scénario de Loin du paradis, le concept de base et les premiers jets de I’m not there ont pris forme. A la fin de la première année passée à Portland, nous avons obtenu les accords de la part de Dylan pour poursuivre le projet. Mais le gros des recherches et de l’écriture n’a débuté qu’en 2002, après la sortie de Loin Du Paradis. Réunir toutes les premières moutures du scénario réclamait un travail considérable et c’est là qu’Oren est intervenu. C’est un brillant scénariste et quelqu’un en qui j’ai toute confiance : il m’a rejoint à Portland et nous avons commencé par tout mettre à plat pour
aboutir à un scénario d’une taille et d’une forme cohérentes. Le processus a été rude mais bien plus amusant à deux que tout seul. Nous avons abouti à une version définitive du scénario fin 2004.

C’est votre troisième film, après votre court Superstar : The Karen Carpenter Story et Velvet Goldmine, à explorerla scène musicale. Pourquoi avoir cette fois choisi l’univers de Bob Dylan ?

C’était incontournable pour moi de réaliser un film sur Dylan, je l’aurais fait même si je n’avais pas été sensible à sa musique. C’est une figure de la culture d’après-guerre trop essentielle et fascinante pour ne pas être un jour l’objet d’une fiction dramatique.

Comment avez-vous opéré le tri des chansons présentes dans le film parmi l’immense répertoire de Dylan ?

Les chansons du film ne sont pas forcément mes préférées ou celles considérées comme les meilleures de Dylan. Avant tout, elles devaient nourrir la trame et les ressorts dramatiques du film. En même temps, je pense qu’il était important d’avoir des chansons prestigieuses, comme « All Along the Watchtower» ou « Visions of Johanna», et d’autres moins connues, voire obscures, tel que « I’m not there» qui donne au film son titre. Je voulais aussi un mélange des enregistrements faits par Dylan et des reprises d’artistes contemporains. Ça nous a permis de prolonger et de donner un coup de fouet à son impressionnant répertoire, de ressusciter des chansons comme « Going to Acapulco» et « Pressing On».

Quelles libertés vous êtes-vous accordé quant à la vie de Dylan ? Vous êtes-vous au contraire autocensuré sur certains points ?

I’m Not There ne prétend pas être un film somme sur Bob Dylan, égrenant tous ses abus de drogue et ses infidélités. Mais il n’est pas non plus édulcoré. Les caprices de Dylan, ses excès, ses accès d’agressivité, ses affabulations, ses idées controversées, tout cela jalonne le film. Mais il faut reconnaître à Dylan une manière d’être qui n’a cessé de me conforter dans la façon dont j’appréhendais l’homme. Son comportement n’en finit pas de me surprendre et c’est de lui que le film tire son honnêteté et sa complexité.

On sait que Bob Dylan vit en reclus et que c’est le premier et le seul film auquel il a donné son aval.
Quelle a été sa réaction et quel a été son apport au film ?


Je n’ai jamais rencontré ni parlé à Bob Dylan. Je sais que si j’en avais fait la demande, j’aurais pu en avoir l’occasion, mais je n’en ai jamais ressenti le besoin. D’un autre côté, Jeff Rosen, son manager de toujours, s’est montré extrêmement concerné et généreux envers la production depuis le début. C’est lui que Christine Vachon et moi avons contacté en premier à l’été 2000, par l’intermédiaire de Jessie, l’aîné des fils de Dylan, qui est un réalisateur indépendant vivant à Los Angeles. Après lui avoir résumé l’histoire, Jeff m’a demandé de condenser l’idée de base sur un bout de papier, en me conseillant d’éviter toute référence à des clichés du style, « Le génie de Dylan », « Dylan, porte-parole d’une génération ». Et voilà ce que ma proposition, baptisée « I’m Not there : Suppositions on a
Film Concerning Dylan », a donné. Ça commençait par : « Si un film, animé du souffle et des soubresauts de la créativité, devait voir le jour, un film qui ouvrirait les esprits au lieu de les refermer sur nos certitudes, alors celui-là ne supporterait pas les contraintes d’une narration classique ».
J’ai envoyé le texte et la copie de quelques-uns de mes films à Dylan et, quelques mois plus tard, j’obtenais son accord, sans aucun doute grâce à l’appui de Jeff Rosen. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à y croire !

A propos de Charlotte Gainsbourg, qu’est-ce qui vous a conduit vers elle ?

C’est la première des comédiennes à laquelle j’ai songé, avant tous les autres acteurs du film. Pendant l’écriture, lorsque je pensais à Claire, je pensais à Charlotte : je l’avais constamment en tête, après les films que j’avais vus d’elle, je voyais ses longs cheveux noirs, sa personnalité à la fois attachante et secrète.
J’ai adoré sa manière de jouer Claire, parce qu’elle en a fait une femme moderne qui, j’espère, aura des résonances auprès du public. Elle a réussi en quelques scènes à lui conférer une profondeur et un sens. Ce film, comme je l’ai dit, je l’ai écrit durant la période Bush/Cheney : comme Claire, je regardais la guerre à la télé, c’est pour cette raison que je m’identifie complètement à elle.


Quelle est votre chanson préférée de Dylan et pourquoi ?

Je n’ai pas UNE chanson phare. Mais le disque que je préfère reste « Blonde on Blonde », le premier double album de la période rock : sa modernité baroque et ses accents de mélodrame urbain me stupéfient encore aujourd’hui.

Qu’est-ce que vous rêveriez d’entendre Dylan vous dire, après avoir vu le film ?

J’aimerais surtout que le film le fasse rire. Et qu’il me dise : « I’m STILL not there » !

Notes de Tournage...

Le 20 Août 2007 - B.O. de luxe pour I’M Not There

Le biopic sur le légendaire Bob Dylan dispose d’un casting royal pour sa bande originale, constituée par des reprises du chanteur américain.

Ce long-métrage biographique, dont la direction est assurée par Todd Haynes (Loin Du Paradis), met en scène six personnages interprétant Dylan à différents moments de sa vie. Ce projet est le seul à avoir bénéficié de l’accord du mythique musicien, qui a également abandonné ses royalties pour boucler le budget du film.

A propos de Bob Dylan

L’influence de Bob Dylan sur la musique populaire est immense. En tant que compositeur, il a ouvert la voie à une multitude de courants et à quantité d’auteurs/compositeurs dans le monde. En tant que chanteur, il a fait voler en éclats les règles selon lesquelles un chanteur devait avoir ce qu’on appelle une belle voix pour prétendre au succès et a ainsi redéfini la place du chanteur dans la musique populaire américaine. En tant que musicien, il a fait naître différents styles de musique, y compris le folk rock, la country rock et le gospel rock.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 24 421 entrées
  • Cumul IDF : 50 484 entrées

  • 1ère semaine France : 48 837 entrées
  • Cumul France : 126 158 entrées