Des flics, un prêtre, un tueur en série : le castingDurant son odyssée, Christine eut à la fois des supporters et des détracteurs. Dans la première catégorie, les plus efficients furent le Révérend Gustav Briegleb, pasteur des églises presbytériennes St. Paul et Westlake de L.A., et l’avocat S.S. Hahn. Dans celle des détracteurs, se situe en premier lieu le capitaine de police Jones, qui fut durant sept ans un adversaire acharné de Christine. Le scénariste a conservé autant que possible les noms des protagonistes et a aussi amalgamé divers personnages et types représentatifs du L.A. de l’époque.
Réputé pour son courage, le Révérend Briegleb s’était donné mission de dénoncer la corruption effrénée qui régnait dans l’administration locale et, accessoirement, au sein de l’industrie cinématographique. Il incitait ses concitoyens à se méfier d’une police habituée aux expédients douteux, et les poussait à rechercher par eux-mêmes la vérité et à débusquer la corruption. Le Révérend (interprété par John Malkovich) connaissait intimement les rouages de la machine politique de la ville. Non content de jouer un rôle clé dans la quête de Christine Collins, il finira (dans ce scénario) par lui sauver la vie.
Angelina Jolie :
«Une merveilleuse amitié les liait. Le Révérend eut une grande influence sur Christine, il fut son guide et son mentor, il lui communiqua cette force intérieure que peuvent seulement vous donner les gens dotés d’une autorité supérieure. Il déclara à Christine : «Vous n’êtes pas folle, ces types sont malfaisants. Ce n’est pas parce qu’ils ont le pouvoir que vous leur devez le respect. Vous avez l’obligation de les remettre en question.» Il l’aida ainsi à exprimer sa vérité.»
Clint Eastwood, qui avait déjà travaillé avec John Malkovich sur le drame Dans la ligne de mire, se réjouissait de travailler à nouveau avec ce grand nom de la scène et de l’écran : «J’aime son travail depuis bien longtemps. J’ai pensé qu’il serait un choix intéressant. John suscite à l’écran une certaine tension, un sentiment d’étrangeté. C’est un vrai caméléon.»
John Malkovich était curieux de s’attaquer à l’infatigable «croisé» qu’est Briegleb : «Il est sans doute une des premières figures médiatiques de ce temps, qui usa pleinement de son influence et soumit le LAPD à une pression constante via son émission radiophonique et ses sermons.»
Le Révérend considérait la police de Los Angeles comme la plus incompétente, la plus violente et la plus pourrie «à l’ouest des Rocheuses». Il se battait pour la justice, même lorsque c’était risqué et impopulaire.
John Malkovich :
«Dans le film, on lui fait citer ces propos stupéfiants du Chef Davis : ‘‘Nous ferons des rues de Los Angeles notre tribunal permanent et y abattrons les tueurs sur le champ. Je ne veux pas qu’on me ramène vivant un seul de ces hommes, je les veux morts, et je punirai chacun de mes hommes qui montrera la moindre pitié à l’égard d’un criminel’’.»
La pression constante à laquelle Davis soumettait ses troupes peut expliquer leur hâte à résoudre l’affaire Walter Collins… quitte à fermer les yeux sur un «échange».
Le légendaire avocat S.S. Hahn (interprété par Geoff Pierson) représenta Christine et prépara le changement de législation qui annulerait les abus du «Code 12». Membre d’une illustre famille de L.A., il joua durant plusieurs décennies un rôle politique marquant, et compte parmi ses héritiers l’ancien superviseur du comté de L.A. Kenneth Hahn et, plus récemment, le maire James Hahn.
Jeffrey Donovan incarne le capitaine J. J. Jones, chef de la brigade des mineurs du LAPD. Ce fanatique du règlement soumit Christine à de telles pressions qu’elle reconnut, dans un premier temps, le faux Walter comme son fils. Par la suite, elle porta une plainte civile contre Jones et la municipalité, et se vit allouer 10 800 dollars de dommages et intérêts. Elle ne toucha jamais ce montant dû, mais cela ne la dissuada pas de revenir à la charge à plusieurs reprises afin de continuer à financer ses recherches.
Donovan fut fasciné par l’étendue des pouvoirs de l’implacable Jones : «Ce qu’il fait à cette femme est à peine concevable. Je n’aurais jamais cru qu’on puisse faire interner quelqu’un d’un simple claquement de doigts, sans en référer à la justice et sans s’interroger un instant sur la réalité des faits.»
Un maquillage habile et discret paracheva la ressemblance physique de Jason Butler Harner avec Northcott, que n’avait pas manqué de remarquer Eastwood : «Jason est un formidable comédien ; grimé, il a vraiment l’allure du tueur.»
Et le comédien de souligner l’étrange «affinité spirituelle» qui émargea entre son personnage et Christine : «Dès qu’il l’aperçut dans le tribunal, Northcott se mit à jouer avec elle au chat et à la souris. Elle faisait la une des journaux, et lui aussi. Dans son esprit tordu, leurs destinées étaient donc liées.»
La production recruta pour les rôles des personnages secondaires une série d’acteurs de composition de New York et Los Angeles. Denis O’Hare, partenaire d’Angelina Jolie dans Un cœur invaincu, interprète le tyrannique Dr. Jonathan Steel, qui fera de l’internement psychiatrique de Christine un enfer.
Steel a parmi ses autres victimes du «Code 12» la prostituée Carol Dexter, internée à la suite d’une brouille privée avec un policier. Soumise à un traitement barbare, Carol offre un soutien inespéré à Christine. Elle l’éclaire sur les sinistres agissements du personnel et s’efforce de lui épargner des humiliations qu’elle a elle-même subies. Cette «colombe souillée» (terme qui désignait alors les belles de nuit de L.A.) est interprétée par Amy Ryan sur la lancée de son récent succès critique dans le film noir Gone Baby Gone.
D’autres personnages sont un amalgame de figures de l’époque. «Joe ne s’est pas contenté d’orchestrer brillamment les faits», observe Rob Lorenz. «Il a aussi intégré à son scénario des personnages de fiction composites qui se fondent totalement dans la masse et aident au bon déroulement de l’intrigue.» Ces personnages comprennent Lester Ybarra, un inspecteur du LAPD qui dénoue l’énigme Northcott et établit un lien possible entre le tueur et Walter. Par ailleurs, la vie et le passé du Chef James E. Davis (Colm Feore), autre adversaire acharné de Christine, ont été scénarisés pour les besoins du film.
Les deux enfants du drame : Walter Collins et le mystificateur Arthur Hutchens, sont respectivement interprétés par Gattlin Griffith et Devon Conti.Notes de production«Mrs. Collins a fait un exposé précis, indiquant qu’elle savait dès le départ que ce garçon n’était pas son fils disparu… Après l’avoir soumise à un interrogatoire serré, le Président Schweitzer lui a demandé ce qui s’était passé juste avant son internement psychiatrique à l’Hôpital du Comté. «On m’a fait comparaître devant le capitaine Jones en présence de plusieurs autres personnes», a-t-elle déclaré. L’HistoireLa chronique de L.A. est émaillée de faits divers à sensations, de crimes maquillés, de meurtres et d’histoires de corruption. Du procès de Roscoe «Fatty» Arbuckle pour le viol et l’assassinat de la starlette Virginia Rappe en 1921 à l’enlèvement de l’évangéliste Aimée Semple McPherson en 1926 et au meurtre du Dahlia Noir en 1947, des scandales ont terni durant des décennies l’image de L.A. et de ses dirigeants. Le tournageEastwood, Imagine, Angelina Jolie : l’échange devient une réalité
Ce scénario choc, «basé sur des faits réels», retint l’attention de Brian Grazer et Ron Howard, deux producteurs qui excellent à porter à l’écran des histoires vécues, et qui ont remporté d’immenses succès critiques et populaires avec American Gangster, Un homme d’exception, De l’ombre à la lumière et Apollo 13.
Décors et costumes : L.A. dans les années 1920Réalisateur de plus d’une trentaine de films, Clint Eastwood est connu sur les plateaux pour sa rapidité et son efficience. Il réduit délibérément le temps de répétition pour préserver la spontanéité et l’authenticité du jeu et n’a pas pour habitude de multiplier les prises. Cette approche, qu’apprécient uniformément ses interprètes, découle de ses propres préférences d’acteur : «Tout ce que je fais en tant que réalisateur se base sur ce que j’apprécie en tant que comédien», explique-t-il. «On acquiert une certaine expérience au fil des ans, on découvre qu’il arrivera toujours sur le plateau des choses imprévues, bonnes ou mauvaises, auxquelles aucune préparation ne fera jamais obstacle. Chaque tournage reste une expérience passionnante où l’on tente de donner vie à ce qui n’est encore qu’un petit tas de pages imprimées.» |
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