A mes yeux, aucune histoire de Eileen Chang n’est plus belle ou plus cruelle que
Lust, Caution. Elle a travaillé sur cette histoire pendant des années, y revenant comme un criminel retournerait sur la scène de son forfait. Pour faire notre film, nous n’avons pas vraiment adapté l’œuvre de Chang, nous l’avons ré-interprétée, tout comme ses personnages jouent et rejouent leurs rôles.
Eileen Chang décrit la violente émotion ressentie par Wong Chia Chi, alors toute jeune étudiante, après avoir joué sur scène pour la première fois ; sa difficulté à la calmer, même après un souper avec ses amis du théâtre et une promenade.
En lisant cela, mon esprit m’a brusquement ramené à ma première expérience sur scène, en 1973 à l’Académie des Arts de Taipei. La même énergie à la fin de la pièce dans laquelle je jouais. J’ai compris à quel point cette expérience était importante dans l’œuvre d’Eileen Chang et comment elle pouvait être utilisée dans le film.
Elle comprenait le jeu d’acteur comme quelque chose de brutal par nature : les animaux, comme ses personnages, utilisent le camouflage pour échapper à leurs ennemis et pour leurrer leur proie. Mais l’imitation et la représentation sont aussi des moyens de s’ouvrir à davantage d’expérience, à de nouveaux rapports aux autres, ainsi qu’à l’art et à la vérité.
Ang Lee