Notes de Prod. : 9/3 Mémoire d'un territoire

Edito

Il y a dix ans Yamina Benguigui réalisait pour Mémoires D'Immigrés, une série documentaire de trois heures sur l’histoire de l’immigration maghrébine en France. Pour la première fois, à travers des histoires personnelles émouvantes, des images d’archives inédites, des témoignages d’hommes politiques, une histoire méconnue de l’immigration nous était révélée.
Ce travail original rencontra un grand succès en France comme à l‘étranger et fut consacré par de nombreux prix, dont le Sept d’or du documentaire en 1998. C’est aujourd’hui un outil de référence, utilisé par de nombreuses institutions, en France et en Europe, comme le Parlement européen, et par des universités telles que Cambridge et Oxford, entre autres. Il y a dix-huit mois Yamina nous proposait d’entreprendre un travail similaire sur l’histoire d’un département, le 93, pour tenter de comprendre comment la Seine-Saint-Denis est devenue aujourd’hui l’un des symboles des banlieues en crise.
Tout commence dès 1850 lorsque le nord-est de Paris est choisi pour délocaliser les industries polluantes et dangereuses de la capitale. Autour des usines s’entassera dans des habitats précaires une population d’ouvriers parisiens “déplacés”, rapidement décimés par la pollution et les épidémies, et aussitôt remplacés par d’autres ouvriers pauvres venus de province, d’Europe et des anciennes colonies. Les vagues de main-d’œuvre française et étrangère vont s’y succéder jusqu’à aujourd’hui, faisant du 93 le territoire désigné de la pauvreté et de l’exclusion.
Quand enfin le miracle économique se produit, des centaines d’entreprises s’y installent, et le département devient l’un des plus riches de France. Mais ses habitants restent les laissés-pour-compte de cette embellie. Nous avons eu envie d’accompagner ce regard singulier posé par Yamina Benguigui, qui en fouillant la mémoire du 93 s’interroge sur l’un des grands enjeux de notre société : l’avenir de nos banlieues, miroirs de la nouvelle France.

Christine Cauquelin - Directrice des documentaires

Note d'intention

Trois périodes constituent les trois actes d’une tragédie avec, au centre, les héros mutants des temps modernes…
Acte premier : 1860 - 1964, l’arrière-cour de Paris.
Acte II : 1964 - 1980, chronique d’un ghetto annoncé.
Acte III : à partir de 1980, entre espoir et désespoir.

Le film

e décor est planté dès le début du film : 1850. Une plaine, au nord-est de Paris, avec des voies de communication. C’est le temps du passage de l’artisanat à l’industrialisation. Paris délocalise sur cette terre ses industries polluantes et dangereuses, parce que le vent d’ouest empêche les fumées nocives et les odeurs pestilentielles d’infester la capitale.