Notes de Prod. : Comme ton père

Entretien avec Gad Elmaleh

Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette aventure ?
J’ai rencontré Marco Carmel sur une plage à Tel Aviv. Il m’a parlé de son scénario et cela m’a touché parce que moi aussi, j’ai débarqué un jour en France. Je suis un vrai produit de l’immigration et je sais ce que c’est que les galères…Et puis, c’était la première fois qu’on me proposait de jouer un père au cinéma et que mon personnage ne faisait pas rire. Il y a eu d’autres éléments déclencheurs comme Richard Berry et Yaël Abecassis, le fait d’avoir quelques scènes où je devais parler en hébreu… Ce qui me plaisait aussi, c’est que l’histoire racontait le chemin inverse des gens qui étaient partis faire leur Alyah, le voyage ultime en Israël. On s’aperçoit que la réalité dans ce pays est aussi faite de difficultés.

Qui est Félix ?
Au départ, Félix est vraiment un type honnête, un personnage très généreux. C’est un petit brigand, pas plus. Il pourrait tout sacrifier pour son fils, il a envie de réussir... D’ailleurs, j’ai retrouvé beaucoup de choses que je ressens avec mon fils, même si je n’irai pas braquer des banques ! C’est par faiblesse que Félix se laisse embarquer, sans doute aussi par facilité. Il pensait qu’il allait retrouver l’honneur du père qui assure, qui régale tout le monde et qui va offrir des robes à sa femme.

Comment êtes-vous devenu ce personnage ?
J’ai oublié que c’était un drame, je me suis mis au service de l’histoire. Marco Carmel n’est pas venu vers moi en me disant qu’il avait quelque chose de différent à me faire jouer en utilisant des mots comme « contre-emploi » ou « on va essayer de voir de toi autre chose ». Il s’en moquait et ne m’a jamais parlé de démarche audacieuse. Il m’a juste dit qu’il me voyait dans ce rôle-là, qu’il n’avait aucun doute.

Le personnage de Félix a un énorme respect pour Mireille, sa femme…
C’est vrai qu’il la respecte mais, en même temps, il ne fait pas tout ce qu’il faut pour. Il l’aime profondément, la regarde comme la femme de sa vie, mais il plonge quand même dans ces conneries. Et à ce moment-là, il pense à elle. Lorsqu’il se retrouve en prison, on comprend qu’il envoie Serge pour aider ses enfants.

Quelle a été la scène la plus difficile à tourner ?
La mort de la mère. Beaucoup de gens ont pleuré en voyant cette scène et lorsque ma mère a vu le film, elle a dit à ma sœur : « J’espère qu’il pleurera plus pour moi ». C’est hallucinant qu’elle ait pensé à ça ! J’étais vraiment très ému en la tournant, c’était quelque chose d’extrêmement fort. Et sans vouloir raconter le film, en mourrant, sa mère lui sauve la vie et en même temps, c’est de sa faute si elle meurt. C’est très beau, elle part pour lui…

Etiez-vous à l’aise dans les scènes où vous utilisez des armes ?
Ce n’était pas évident pour moi d’avoir l’air crédible dans ces scènes-là. Lorsque Daniel Auteuil ou Richard Berry prennent un flingue, ils ont aussitôt l’air méchants et vous avez peur. Moi, il faut que je fasse un travail pour que les gens ne rient pas, pour ne pas qu’ils pensent que le mec va se relever après que j’ai tiré…

Dans ce film, c’est la première fois que vous jouez avec des enfants…
Cela s’est très bien passé. J’ai deux enfants dans le film mais le scénario est fait de telle manière qu’il y en a un qui est plus proche du père et l’autre de la mère. J’ai beaucoup aimé travailler avec Corentin et Jules. C’est la première fois que je travaille avec des enfants et je ne pouvais pas m’empêcher de penser à mon fils, d’avoir des gestes tendres avec Jules ou alors de l’engueuler. Je n’aurais pas joué de la même façon si je n’avais pas été père.

Vous retrouvez Richard Berry après La doublure. Quel genre de relation entretenez-vous avec lui ?
En sortant de la projection du film, je lui ai dit qu’il était vraiment un grand acteur. Il m’a demandé pourquoi et je lui ai expliqué que dans la scène où il me propose de faire un casse, je dois m’asseoir, avoir l’air inquiet, bouffer des pépites… Une scène que j’ai beaucoup répétée. Lui a juste à s’asseoir et à me dire : « Voilà ce que je te propose ». Il y a des acteurs qui apportent tout de suite la gravité et l’aspect dramatique de la scène. Richard en fait partie.

Et Yaël Abecassis ?
Elle est magnifique. Je l’avais beaucoup aimée dans Kadosh et j’étais très heureux de jouer son mari.

Que retenez-vous du travail avec Marco Carmel ?
C’est un film quasiment autobiographique. Marco était imprégné tous les jours de son histoire, il ne pouvait pas ne pas avoir la réponse à une question sur une séquence. C’est très agréable de tourner avec quelqu’un qui sait ce qu’il veut. Et puis, il ne faut surtout pas qu’il apprenne à parler trop bien français parce qu’il nous a fait beaucoup rire !

Qu’avez-vous pensé en découvrant le film ?
Je me suis dit que Marco avait fait le film qu’il avait écrit et c’est assez rare. Cela peut paraître évident, mais c’est le même film que j’ai lu avec des surprises en plus.

Entretien avec Marco Carmel

Comme ton père raconte en partie votre histoire…
Je voulais raconter des événements de mon enfance qui m’ont fortement marqué. Avec mes parents, nous avons vraiment vécu à Belleville et essayé de construire une vie en France. Quand nous sommes arrivés, j’avais quatre ans. Le terrain vague existait vraiment, c’était une sorte de Luna Park où nous avons trouvé toutes sortes de choses. Un monde de fantasmes qui nous permettait de nous échapper de la réalité. À cause de mauvaises décisions de la part de mon père, nous sommes entrés dans un monde un peu brusque. Il est allé en prison et ma famille s’est retrouvée seule. Et puis, nous avons fini par nous sauver, j’avais alors douze ans.

Entretien avec Richard Berry

Qu’est-ce qui vous a touché dans l’histoire de Comme ton père ?
Ce qui m’a touché, c’est le regard de l’enfant et la façon dont il est perméable à tout ce qu’on peut lui enseigner et lui montrer comme exemple. La façon dont on devient parfois un adulte plus ou moins bon parce qu’on a été maltraité dans son enfance. Ce qui m’a intéressé, c’est de voir cette génération qui arrivait d’Afrique du Nord ou d’Israël, comme dans le film, et qui débarquait en France en tentant des petits métiers plus ou moins honnêtes pour survivre et devenir, peu à peu, des parrains de la mafia. C’est assez amusant d’imaginer que ce petit gosse aurait pu ou est devenu un des Zemmour. Sans s’apitoyer sur le sort de ces gens-là, sur leur comportement ou leur nature, cela montre que tout cela commence dans l’enfance.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 12 139 entrées
  • Cumul IDF : 15 730 entrées

  • 1ère semaine France : 37 902 entrées
  • Cumul France : 57 902 entrées