Notes de Prod. : 99 f

    en DVD le 26 Mars 2008

Rencontre avec Jean Dujardin

Frédéric Beigbeder dit...
Ça n’engage que lui (rires)!

... il dit que c’est courageux de votre part de passer de rôles comme ceux de « Brice » ou de « OSS 117 » à celui d’Octave dans 99 F. C’est votre avis ?
Non ce n’est pas du courage, c’est cohérent vu ma petite carrière et les quinze films que j’ai tournés. Cette bousculade, je la fais depuis longtemps. Pour moi, quand je passais de Un Gars Une Fille au Convoyeur, c’était une bousculade. Idem quand je passais du Convoyeur à Brice De Nice, puis de Brice De Nice à Oss 117, Le Caire, Nid D'Espions. Pour OSS, des gens m’ont dit : “ Fais gaffe, ce genre de scénario c’est compliqué, le quatrième degré en France ça marche moyen. Ne va pas te foutre là-dedans. ”
Moi, mon approche des rôles est très ludique et je crois que ça se voit. J’ai la chance de pouvoir faire non pas du cinéma mais mon cinéma. De prendre des personnages - comme ici Octave - dont on me dit : “ ça c’est une ordure, un pourri, un veule, un lâche... à toi d’en faire un mec sympathique. ” Le pari, il est là. Ce qui est amusant c’est cette progression : comment tordre le personnage de façon à ce qu’on ait de l’empathie à la fin du film.
Et puis je lis pas mal de scénarios, et quand on m’en propose un de cette qualité-là... c’est fantastique !

Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que Jan Kounen voulait vous rencontrer pour vous proposer le rôle d’Octave ?
J’ai été surpris... et j’ai beaucoup rigolé. Ça m’a fait penser à Nicolas Boukrieff quand il avait voulu me voir pour Le Convoyeur.
J’ai donc rencontré Jan. C’est quelqu’un de très discret. Il m’a passé le scénario en me disant : “ Tu vois. ” Je crois qu’il s’attendait à ce que je refuse ! Une fois que j’ai dit oui, on a commencé à bosser ensemble. Mais il a fallu qu’on se renifle quand même, ça a été un peu long avec Jan. Parce qu’on ne vient pas du même univers, qu’on n’a pas la même manière de voir les choses. Aussi parce qu’il ne manie pas tellement la comédie, alors que moi oui.

À mon sens, il fallait de vrais moments de comédies dans 99 F pour pouvoir dire des choses. Plus on est léger, plus on est second degré et plus on tape fort. Ça marche par contraste. C’était cette entente-là qu’il nous fallait trouver. Tout ça chapeauté par “ Beig ”. Beigbeder a été très élégant avec nous. Il nous a dit : “ Allez-y,appropriez-vous le livre et l’on verra après. ” Ça me plaisait d’être très disponible pour 99 F. Le chantier me plaisait.
Je savais que ça allait être un truc lourd, qu’il fallait partir pour un tournage de 54 jours, que ça allait être dur, qu’il faudrait saigner du nez, hurler, crier... et surtout que ce serait très très amusant à faire ! C’est un projet rare. Très rare. Comme références, toutes proportions gardées, il y a Fight Club, Trainspotting... Ça vaut le coup de se défoncer pendant 54 jours pour ça.

D’après Jan, sur le tournage, vous avez veillé à ce qu’il n’oublie jamais le spectateur. C’est vrai ?
Absolument. L’écueil de ce genre de film, c’est d’être super complaisant, de partir dans notre délire et au bout de quinze jours de dire : “ On est des génies ! ” Il ne fallait pas oublier que c’est un film pour les gens. L’idée du film est trop bien, le scénario est trop bien, le bouquin était génial... bref l’ensemble est trop bien pour qu’on aille se planter lamentablement. Il fallait garder les gens, avec la patte Kounen. Alors je lui ai dit : “ Tu ne m’embarqueras pas dans tes trucs à la con ! ” Et il n’a jamais essayé de le faire. Il a toujours été très respectueux, bienveillant, très doux. Et à l’arrivée, ce qui est incroyable avec 99 F c’est que c’est à la fois le film de Frédéric et le film de Jan. Même moi je m’y retrouve avec ma fantaisie.

Jan Kounen a justement joué avec votre capital sympathie pour faire d’Octave un personnage finalement aimable...
C’est vrai que j’ai l’image d’un acteur populaire. Je ne dis pas que je vois des grands cœurs dans les yeux des gens quand ils me regardent, mais c’est vrai que c’est une belle histoire. Et c’est grâce à la télévision. C’est grâce à Un Gars,une Fille que je suis là. Sans ça, ça aurait été laborieux. Je n’aurais pas pu m’installer aussi rapidement, sainement et simplement.

Vous avez influé sur le casting ?
J’ai demandé si j’avais le droit. On m’a répondu oui. Pour Jocelyn Quivrin par exemple, je ne le connaissais pas, mais je l’avais reniflé dans une soirée et je m’étais dit : “ Le bon pote, c’est lui. Il parle comme un branque, c’est un vrai Charlie. ” D’ailleurs depuis on est devenu super potes. J’avais joué avec Nicolas Marié dans Le Convoyeur, je l’avais vu dans tous les films de Dupontel et je le trouve fantastique. Pour interpréter le patron de Madone, qui est un vrai méchant, il ne fallait pas une crapule ou une tête de con mais un type souriant comme Nicolas qui puisse dire des horreurs. Comme j’avais le droit de choisir un peu les acteurs, je me suis dit que j’allais bosser avec eux les moments de pure comédie du film... Jan aime ça, il est très disponible et en plus c’est agréable d’avoir un réalisateur qui cadre parce qu’il est proche. Il regarde tout, tout le monde. Et j’ai confiance en son regard. Il aime choper des détails, être surpris, qu’on lui propose des choses... Alors parfois je disais à Jan : “ Le visuel, les bad trips, le fœtus dans l’espace, c’est toi... Je te laisse faire, ce sera très bien. ” En revanche, Jan se reposait parfois sur moi pour le travail avec les comédiens. Et j’adore ça. De plus en plus.

Jan Kounen donne deux exemples de votre apport sur le film. Le premier, c’est la scène où Octave débarque dans une pub pour du chocolat...
Ce qui me faisait rire à la lecture, c’était l’idée de casser l’image de la famille Kinder qu’on voyait dans les pubs des années 80 où les labiales étaient décalées. Jan voulait la faire jouer comme un sketch par des comédiens qui auraient répondu à ce que je leur disais. Pour moi, ils ne devaient rien comprendre à ce que je faisais dans leur univers, tant ils étaient conditionnés. Alors j’ai suggéré qu’on coupe du texte et qu’ils répètent toujours la même chose en boucle : “ Eric a gagné le match ! Eric a gagné le match ! Eric a gagné le match ! ”, comme des machines. Jusqu’au moment où tout ça pète.

L’autre idée dont Jan parle, c’est celle de la Cène...
Ouais je voulais ça. Parce que Octave est tellement autocentré qu’il se prend pour le Christ. Il a les cheveux longs, une chemise blanche et en plus il dit : “ il fallait se sacrifier. ” C’est très christique. Alors en voyant la grande table qui était dans le décor de la salle de réunion Madone, et le nombre d’acteurs présents, je me suis dit : “ Refaisons la Cène. ” En fin de journée, j’ai demandé à Jan : “ Je t’en supplie, je veux la tourner, donne-la moi. ” Et on l’a tournée. Il me semble que c’est comme ça qu’on devait faire le film. Dans des échappées. Sinon on aurait fait une espèce de satire très gentille sur la publicité.

C’est amusant, on a l’impression qu’avec Jan Kounen vous avez fonctionné en binôme comme Octave avec Charlie...
Beaucoup oui. Je crois à cette schizophrénie qu’offre le tournage. C’est inconscient parce que je veux pouvoir me débarrasser du personnage en rentrant chez moi. Mais entre l’implication et le fait que, étant tellement loin du personnage d’Octave, j’étais en pleine composition, il y a des moments où j’étais lâché. Avec Jan Kounen, il nous est arrivé plusieurs fois d’être en trip tous les deux. Et sans rien prendre ! Au Venezuela on s’était mis à imaginer une séquence de course-poursuite entre un Octave barbu qui faisait de la pirogue et l’Octave de Paris qui lui disait : “ Reviens reprendre de la coke ! ”. Mais on n’a pas eu le temps de la filmer.

Dans votre interprétation des personnages, comme ici pour Octave, l’aspect physique compte beaucoup. Pourquoi ?
Peut-être parce que je suis un acteur de corps. Je suis assez expressif, mais je ne pense pas être dense. Donc j’ai comblé par le corps. Et maintenant, j’essaie de calmer le corps et les expressions et de me concentrer sur une émotion. Je travaille. Mais le corps, c’est l’expression la plus intime et je me sens à l’aise avec ça. Ça fait partie de ma manière d’incarner le personnage. Je faisais déjà ça au café-théâtre. Pour Octave, je me suis rajouté un petit grain de beauté sur la joue gauche. Pour en faire un libertin de la pub, un Valmont sous coke.

Et son look ?
C’est venu en regardant Frédéric. La chemise blanche, le pull noir col en V. La première remarque de Fred a été : “ Accroche la perruque, les lunettes et la suffisance et ça devrait aller ! ”. Mais je ne joue pas un double de Beigbeder. Je joue Octave Parango. Et Octave Parango dans le film est un mélange de Frédéric, de Jan et de moi.

Au début de 99 F, Octave se décrit comme : “ Une merde superficielle et arrogante. ” C’est facile de se dire qu’on va jouer un tel personnage ?
Oh oui ! Les cons, je les ai joués. J’adore ça. C’est très très facile.

Mais celui-là est méchant au début...
Il le fallait ! Octave a cette phrase : “ Ce qui serait préférable c’est de me détester avant de détester l’époque qui m’a créé. ” Donc il fallait que je sois méchant au début pour pouvoir le racheter ensuite. Et puis je n’ai pas de problème de conscience, je n’ai pas l’impression d’être un pourri, du coup c’est très agréable à jouer. Et ce n’est pas par volonté de casser mon image ou de jouer les bad guys. C’est encore une fois parce que le projet me plait. Je fais toujours des films que j’ai envie de voir au cinéma. Je pense d’abord au film en lui-même, rarement au personnage.

À la fin du film, comme dans une pub, il y a un packshot vendant “ 99 F, le film avec Jean Dujardin ”, et l’on voit des poupées d’Octave comme il y en a eu de Brice. Ça vous fait rire de jouer avec votre image de valeur sûre du cinéma français ?
(rires)C’est très rigolo évidemment. Ce n’est pas cracher sur le système, c’est en rire. Ce n’est pas ma vie le cinéma. Je m’éclate à en faire, c’est ma passion, mais ce n’est pas ma vie. Tout ça n’est qu’un jeu d’image. Je sais très bien que dans deux ans, je ne serai peut-être plus qu’une merde. Dans trois, je serai à nouveau “ génial ”! Je sais tout ça. Je m’y attends. C’est pour ça que j’essaye de bien faire les choses, d’avoir de vrais rendez-vous et de ne pas me planter.

Notes de tournage

12 octobre 2006 - Jean Dujardin dans l’adaptation de « 99 Francs » au cinéma !
Après le succès mondial de « 99 Francs » de Frédéric Beigbeder, les fans du roman attendaient avec impatience son adaptation au cinéma. Il aura fallu patienter 6 ans pour que le projet se réalise enfin. C’est sous les traits de Jean Dujardin que le célèbre publicitaire blasé, Octave, renaîtra à l’écran. 99 Francs relate l’histoire de ce jeune concepteur-rédacteur d’une agence de pub parisienne. La vie semble lui sourire… Couvert d’argent, de femmes et de soirées branchées, Octave est un homme envié et admiré. Mais cette vie de luxure et de faux-semblants ne lui convient plus. Il mettra tout en œuvre pour se faire licencier et se faire haïr par ses collèges…

Cette critique amère du milieu de la publicité, aux allures d’autobiographie, verra son tournage débuter à partir du 10 octobre dans la région parisienne. La production s’offre la présence du très controversé Jan Kounen (Dobermann, Blueberry) pour la réalisation et de Frédéric Beigbeder pour la narration. 99 Francs devrait sortir dans le courant de l’année 2007.

99 Francs, le livre de Frédéric Beigbeder

Résumé de l’éditeur
« En ce temps-là, on mettait des photographies géantes de produits sur les murs, les arrêts d'autobus, les maisons, le sol, les taxis, les camions, la façade des immeubles en cours de ravalement, les meubles, les ascenseurs, les distributeurs de billets, dans toutes les rues et même à la campagne. La vie était envahie par des soutiens-gorge, des surgelés, des shampoings antipelliculaires et des rasoirs triple-lame. L'œil humain n'avait jamais été autant sollicité de toute son histoire : on avait calculé qu'entre sa naissance et l'âge de 18 ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. Même à l'orée des forêts, au bout des petits villages, en bas des vallées isolées et au sommet des montagnes blanches, sur les cabines de téléphérique, on devait affronter des logos " Castorama ", " Bricodécor ", " Champion Midas " et " La Halle aux Vêtements ". Il avait fallu deux mille ans pour en arriver là. »

Propos d’Alain Goldman

Je me souviens d’avoir lu 99 F en Provence, durant l’été 2000. J’avais trouvé le livre génial. Il m'a beaucoup fait rire. Mais, au-delà de l’aspect chronique de la fin des années 90, ce livre m’intéressait parce qu’il traitait de la prise de conscience de la détérioration de l’environnement et du fait que la consommation n’est pas la finalité de l’être humain, qu’être est aussi important qu’avoir. Je me suis dit : voilà un sujet de film formidable, à la fois éphémère - parce que reposant sur la description d’une époque - et durable - ses préoccupations étant devenues prépondérantes dans le monde occidental d’aujourd’hui. Mon ambition n’était pas opportuniste.

Rencontre avec Jan Kounen

Comment êtes-vous arrivé sur ce film ?
Je me souviens d’avoir entendu parler du projet quand j’étais en train d’escalader mon Everest qu’était Blueberry. Et je m’étais dit : “ Ça doit être fun de faire 99 F.”
Je voyais abstraitement l’objet : un film enlevé et corrosif sur le monde de la pub. Un jour, Alain Goldman m’a appelé et m’a proposé 99 F. J’ai demandé à lire le scénario, écrit par Nicolas et Bruno, et j’ai vraiment bien ri. Ce qui est assez rare en lisant un scénario. Mais c’était quand même un pavé de 170 pages, qui à mon sens nécessitait encore beaucoup de travail. En revanche il contenait des moments d’éclats, de brio et d’originalité. Du coup, j’ai lu le livre. Et là, j’ai compris l’énorme travail fait par les scénaristes : si j’avais commencé par le roman, je l’aurais trouvé inadaptable, j’aurais décliné la proposition. En même temps, le livre avait un côté plus militant, plus violent que le scénario – qui était plus parodique.

Rencontre avec Frédéric Beigbeder

Quand il a été question d’adapter 99 F au cinéma, vous avez eu tout de suite envie d’être de l’aventure ?
Quand j’ai rencontré Alain Goldman, je lui ai demandé de me faire confiance, je lui ai dit que je ne serai pas chiant, mais que j’aimerais bien être l’inspecteur des travaux finis. Et il a été formidable parce que je peux dire que j’ai été consulté de A jusqu’à Z. C’est assez génial de pouvoir donner son avis tout le temps. J’ai “ imposé ” à Alain Goldman le tandem de scénaristes Nicolas et Bruno, dont c’était le premier scénario...
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 177 503 entrées
  • Cumul IDF : 389 137 entrées

  • 1ère semaine France : 517 322 entrées
  • Cumul France : 1 233 503 entrées