Notes de Prod. : Welcome

    en DVD le 16 Septembre 2009

Entretien avec le Réalisateur

Comment est né le projet de Welcome?
D’abord de l’envie énorme de faire un film sur ce sujet-là et pas sur un autre. Sur ces types qui, fuyant leurs pays malades, veulent à tout prix rejoindre cet eldorado qu’est l’Angleterre à leurs yeux et qui, après un périple invraisemblable, se retrouvent coincés à Calais, brimés, brutalisés et humiliés à quelques kilomètres des côtes anglaises qu’ils aperçoivent là-bas.
Un soir, nous avons évoqué cela avec Olivier Adam et je me suis dit que cet endroit était un peu notre frontière mexicaine à nous, qu’il n’y avait qu’à creuser pour y trouver une dramaturgie formidable. J’en ai parlé avec Emmanuel Courcol et nous avons commencé à réfléchir à une histoire qui se passerait dans ce cadre-là.

Vous avez procédé comment ?
Avec Emmanuel, on a pris contact avec les associations qui font ce qu’elles peuvent pour aider ces types
et on est parti pour Calais. pendant plusieurs jours d’un hiver glacial, on a côtoyé la vie de ces bénévoles
et celle infernale des réfugiés : la «jungle» dans laquelle ils trouvent refuge, le racket des passeurs, les in- cessantes persécutions policières - une garnison entière de Crs leur est dédiée - , les centres de rétention, les contrôles des camions dans lesquels ils se faufilent pour monter sur les ferries et dans lesquels ils risquent leurs vies pour échapper aux détecteurs de Co2, de battements de cœur, scanners, etc...
Ce qui nous a beaucoup surpris c’est l’âge des réfugiés, les plus vieux n’ont pas 25 ans. Il y a même des gamins d’une quinzaine d’années qui entreprennent seuls ce périple fou. En parlant avec Sylvie Copyans de l’association salam, on a appris que plusieurs d’entre eux, en désespoir de cause, avaient même tenté de traverser à la nage... Au bout de quelques jours, on est rentré à paris avec tout ça dans la tête, sans se dire un mot dans la voiture.

Comment s’est élaborée la trame du scénario ?
Cette histoire d’un jeune type qui veut traverser la Manche à la nage nous hantait. C’est Emmanuel qui, le premier, a dit : «Il va à la piscine de Calais pour s’entraîner». et j’ai ajouté : «et il rencontre un maître nageur». en deux phrases, on tenait la trame et les personnages, tout en sachant qu’on n’était pas dans une «surscénarisation», dans une histoire à deux balles, et qu’on ne trahissait pas le vécu des réfugiés.
Le sujet était tellement fort, tellement incarné par l’actualité des migrants, qu’il fallait que l’honnêteté prime.

C’est comme ça qu’est né le personnage de Simon.

Il fallait quitter l’aspect documentaire et ramener les personnages à leur histoire personnelle, à leur relation affective qui conditionne tellement la vie de chacun et qui est souvent derrière tout. En regardant vivre les bénévoles, je me suis dit que certains d’entre eux partageaient sûrement leur vie avec un conjoint qui n’avait probablement pas toujours leur générosité et leur engagement.
Simon est quelqu’un de faillible, comme nous le sommes tous, loin d’être parfait. Au départ, comme la plupart des calaisiens, il ne s’intéresse pas au problème des migrants, il le subit : «Il baisse les yeux et rentre chez lui», comme dit Marion, son ex-femme. Plus jeune, il est passé tout près d’une grande carrière sportive et cet échec l’a rendu amer. Il s’est enfermé dans sa vie de maître nageur et son seul problème aujourd’hui c’est que Marion l’ait quitté. Quand il rencontre Bilal, il l’aide pour de mauvaises raisons. s’il lui propose de les héberger, lui et son copain Zoran, c’est juste pour impressionner Marion, pour lui prouver qu’il n’est pas l’individualiste forcené qu’elle croit qu’il est, tout cela dans le but de la reconquérir. Et ça va déraper : aide à personnes en situation irrégulière, c’est puni par la loi. Il met le doigt dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas. Et plus il est happé par cette mécanique, plus il prend conscience de l’injustice totale qui règne autour de lui, plus il s’attache à Bilal.

Bilal qui veut passer en Angleterre pour aller rejoindre Mîna. Le film pourrait donc aussi se résumer ainsi : Un homme perd une femme et en est bouleversé. Un autre, plus jeune, aime une femme et veut coûte que coûte la rejoindre.
Et ces deux destins se croisent et se heurtent à l’ordre absurde du monde.
Le film montre comment une rencontre peut aider à se dépasser soi-même. Je crois que nous l’avons tous fait parce qu’on a encore envie de croire aux sentiments et à l’intelligence plutôt qu’au cynisme et
à l’intérêt.

La situation rappelle une époque peu glorieuse, celle de l’Occupation...
Oui, tout ça pourrait se passer en 1943 et il pourrait s’agir d’un type qui cache des juifs chez lui et se fait prendre. Sauf que ça se passe aujourd’hui à deux cents kilomètres de paris.

Avez-vous écrit le scénario en pensant à Vincent Lindon ?
Sur mes précédents films, au stade de l’idée, j’ai souvent pensé à lui. D’abord parce que je trouve que c’est un sacré acteur et sans doute aussi parce que j’ai l’impression que quelque chose nous relie. Mais, au stade de l’écriture, j’essaie de ne pas penser aux acteurs et de me concentrer sur les personnages. sauf que, cette fois, nous avons déjeuné ensemble entre ces deux stades, que je lui ai raconté l’histoire
et qu’il m’a dit qu’il ferait le film sans lire le scénario. Vincent est un type qui a du cœur et je crois qu’au- delà du personnage de Simon, l’idée de s’embarquer dans cette histoire-là lui plaisait. J’ai donc écrit en pensant à lui et, depuis ce jour, rien n’a démenti notre union. pourtant, les gens qui connaissaient sa personnalité et la mienne craignaient que sur le plateau ça fasse des étincelles. Mais comme nous allions tous les deux dans le même sens - celui du film -, l’alchimie entre lui et moi a été exceptionnelle et a forcément influencé le résultat final.

Quel genre d’acteur est-il ?
Il est capable de faire passer les sensations par un simple geste ou une attitude. On peut donc bien
souvent faire l’économie d’un mot ou d’une phrase grâce à lui. C’est un homme qui s’engage, un perfec-
tionniste. Comme acteur, il est toujours à l’écoute et cherche plus à être juste qu’à faire un effet. Grâce à tout ça, il incarne Simon d’une façon stupéfiante. Je sais qu’après un film il est toujours de bon ton de dire du bien les uns des autres, mais là, avec lui, j’ai assurément fait une belle rencontre, artistique et humaine. depuis la fin du tournage, on se parle chaque jour et on se voit souvent. Il y aura d’autres films ensemble.

Et Audrey Dana ?
Audrey est ce que les anglo-saxons appellent «the girl next door», le contraire d’une starlette. J’ai mis du temps à la trouver. Il fallait une femme crédible en prof de collège qui, par simple engagement humain, va servir des pâtes aux réfugiés. Je ne voulais pas non plus voir débarquer une suffragette militante. Il fallait juste une jeune femme bien dans sa peau qui porte en elle une générosité qui ne s’invente pas. Audrey a cette générosité. Marion l’effrayait un peu, mais elle aimait beaucoup l’histoire et j’étais sûr qu’elle y serait à sa place. C’est quelqu’un d’entier, qui prend les choses au sérieux sans se prendre elle-même au sérieux.

Et Bilal, comment l’avez-vous trouvé ?
Comme une aiguille dans une botte de foin. C’était le gros morceau du casting. Quand on écrit un personnage de 17 ans qui ne parle que le kurde et l’anglais, et qui doit, avec Vincent, tenir le film sur ses épaules, on a quelques sueurs froides. Je ne savais même pas si ce type existait quelque part dans le monde. Avec TatianaVialle, la directrice de casting, on a voyagé pendant des semaines de Berlin à Istanbul, en passant par Londres et la Suède, où vit une importante communauté kurde. Finalement, on a déniché Firat en France. Ce n’était évidemment pas un comédien professionnel et les premiers essais ont été... assez particuliers. Mais il avait en lui une vérité et une intensité qui ont fait la différence.

Il voulait être acteur ?

Pas du tout. Il était venu là un peu en dilettante et il a même fallu le convaincre, et ses parents aussi. Ensuite, j’ai envisagé de travailler le rôle avec lui, de répéter beaucoup, mais finalement j’ai préféré lui laisser sa fraîcheur et je n’ai rien fait. plus la date du tournage approchait, plus j’avais la trouille et lui aussi. Une fois sur le plateau, il a été impressionné trois heures, puis tout naturellement il a trouvé sa place et la justesse du rôle.

Il y a aussi beaucoup d’acteurs non professionnels dans le film.
Tous les jeunes kurdes que Bilal rencontre à Calais, on les a trouvés en cherchant l’acteur qui incarnerait
Bilal. pour la plupart, ils viennent d’Istanbul, de Berlin... J’ai beaucoup appris avec eux. Il faut tourner vite, ne pas trop répéter, les laisser évoluer sans trop les «cadrer». pour eux, c’était la grande aventure - pour moi aussi d’ailleurs. Ça m’a permis de faire quelques belles découvertes : derya, par exemple, qui joue Mîna, s’est révélée être une comédienne exceptionnelle et a désormais une belle envie de faire ce métier. Avec elle, j’ai tourné une scène très compliquée en une seule prise, sans répétition, en me fiant
uniquement à son instinct. elle est inouïe.
Beaucoup d’autres acteurs que j’aime beaucoup avaient déjà participé à mes films précédents : Emmanuel Courcol, mon co-scénariste, Blandine Pélissier, Eric Herson-macarel, Gilles Masson... et puis Tatiana m’a aussi fait rencontrer des gens précieux comme Olivier Rabourdin, qui campe le lieutenant de police ; un rôle super compliqué car on voit 45 flics par jour à la télé et qu’il fallait que celui-ci sorte des conventions, Patrick Ligarde, le voisin délateur, Thierry Godard, Jean-Pol Brissard, Yannick Renier...

Les décors aussi sont, comme souvent dans vos films, des personnages à part entière.
C’est notamment le cas pour la piscine municipale qui est un catalyseur : elle évoque non seulement la carrière avortée du champion que Simon aurait pu être, mais c’est aussi là que Bilal apprend à nager dans l’espoir de traverser la Manche.
C’était très important pour moi de tourner sur les lieux mêmes de l’action. Quand on tourne dans les vrais endroits, on raconte mieux l’histoire : les rues de Calais, le gigantesque port trans-Manche, Blériot plage et ses ferries qui défilent sans arrêt... toutes ces ambiances donnent au film sa vérité. Avec Christophe
Rossignon, le producteur, pour privilégier cette vérité, on a mis un point d’honneur à ne pas aller tourner en Tchéquie ou en Roumanie, comme c’est souvent le cas pour des raisons économiques. Le film y gagne énormément.

La mise en scène est omniprésente, pourtant la caméra semble discrète, presque invisible.
Pour bien filmer une scène, il n’y a pas trente-six places de caméra possibles et il faut trouver la bonne. Je passe mon temps à demander de la justesse aux acteurs, mais la caméra aussi peut «parler faux» à sa façon.
Si dans une scène on la sent trop, si ses mouvements sont gratuits ou décoratifs, inconsciemment on se dit : «Ah oui, c’est du cinéma», et j’ai alors l’impression qu’au lieu de gagner, on perd quelque chose. Et puis, comme spectateur, quand le film me plaît, c’est comme si on me faisait un cadeau. Mais si je vois trop le travail, j’ai le sentiment qu’on a laissé le prix dessus.

Dans le premier quart d’heure du film, on a la sensation de découvrir un monde inconnu.
Et pourtant si proche. C’est bien aussi, au cinéma, de découvrir le pays dans lequel on vit sous une facette qu’on ne connaît pas.

En ce qui concerne le problème des migrants, des réfugiés, des sans-papiers, la multiplication des émissions de télé qui leur sont consacrées se diluent dans la grande cacophonie médiatique. Et à la fin du compte, tous ces reportages, tous ces débats, toutes ces révoltes légitimes ne servent à rien car personne n’entend plus rien. Alors je préfère faire un film, raconter sur grand écran l’histoire de ces deux hommes face à ces deux femmes, confrontés à leurs affectifs au milieu de tout ce bazar. En espérant toucher le spectateur assis dans le noir et l’aider à se faire sa propre idée sur tout ça. et en espérant aussi que le film lui reste un peu.

Notes de tournage...

Le 19 Octobre 2007 - Vincent Lindon chez Philippe Lioret

Philippe Lioret, qu’on connaît notamment pour Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas, devrait diriger Vincent Lindon (La Moustache, Ceux Qui Restent) dans Welcome, un film sur un maître nageur calaisien qui aide un réfugié Irakien à retrouver les faveurs de sa femme.

Entretien avec Vincent Lindon

Qu’est-ce qui vous a touché dans Welcome?
Quand Philippe m’a parlé de cette histoire, elle m’a immédiatement emporté. Je me souviens qu’à la fin d’un déjeuner ensemble, je lui ai dit que je ne lirai le scénario que par plaisir. J’étais déjà certain de vouloir faire ce film. Plus tard, après l’avoir lu, je l’ai appelé pour lui dire à quel point j’étais emballé par ce très beau mélange de rugosité et de tendresse, et qu’il fallait que nous tournions vite tant j’étais impatient.

Entretien avec Audrey Dana

Qu’est-ce qui vous a amené à tourner Welcome?
À chaque fois que j’ai vu le travail de philippe, je me suis dit «voilà un réalisateur avec qui je rêverais de tourner». Il est venu à l’une des premières projections de Roman De Gare de Claude Lelouch et m’a dit qu’il pensait à moi pour un film à venir... Je ne savais pas que c’était le prochain, lui non plus d’ailleurs car pour ce rôle il avait déjà envisagé quelqu’un d’autre.

La polémique

Le 10 Mars 2009 - Philippe Lioret répond à Eric Besson

Le cinéaste Philippe Lioret affirme avoir voulu, avec son film Welcome qui sort mercredi, non pas mettre en parallèle la situation des migrants à Calais et celle des juifs sous l'occupation, mais dénoncer des " mécanismes répressifs " qui se " ressemblent étrangement ".
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 555 entrées
  • 1er jour IDF : 11 885 entrées
  • 1ère semaine IDF : 93 715 entrées
  • Cumul IDF : 292 121 entrées

  • 1ère semaine France : 274 730 entrées
  • Cumul France : 1 177 301 entrées