Notes de Prod. : 9e Festival 5 jours tout court de Caen

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Vendredi 6 mai : Le festival fait le plein
L'équipe du festival a vu juste. En proposant des soirées ciné-mix (cinéma et musique électronique) tard dans la nuit dans une vieille église désacralisée, elle a fait le plein. Cinéphiles, amateurs de musique électronique, curieux ont rempli l'église Saint-Sauveur et ont parfois passé plus d'une heure et demie debout à regarder le spectacle. Mardi soir VAMPYR, film de 1932 de Théodor Dreyer a hanté les lieux accompagné par la musique du collectif Purée noire. Le spectacle, bien qu'un peu long pour ceux qui sont restés debouts, était surprenant. Mercredi, une fois la surprise de ces ciné-mix passée, c'est le film fantastique TETSUO accompagné musicalement par Princesse rotative, qui a à nouveau laissé le spectateur sans voix.
Jeudi, jour férié, la journée était tranquille - destinée au repos et à la découverte de cette belle ville de Caen - mais la soirée bien remplie.
Le festival a ténu à présenter une programmation Tex Avery Follies, du nom du créateur des inoubliables Droopy, le Loup, Tom & Jerry, George et Junior et tant d'autres. « Quand on pense à ces cartoons, on ne fait jamais le rapprochement avec le court métrage. Pourtant, l'humour Tex Avery, ses gags et son rythme ne marcheraient pas dans un long métrage » a affirmé Romuald Poretti, le responsable du festival, devant le public, nombreux, présent dans la salle 2 du cinéma Lux.
Enfin, pour finir de combler le public et de remplir les salles, 5 jours tout court dédie un programme à un grand nom du court métrage : Chris Marker. Son film culte, LA JETEE servait de tête d'affiche, à cette série de 4 court métrages du maître. L'occasion de découvrir ses autres œuvres souvent méconnues. LES STATUES MEURENT AUSSI est une incroyable dénonciation de la colonisation et de la pensée unique (européenne) à travers l'art africain. LA SIXIEME FACE DU PENTAGONE est un documentaire pacifiste sur la marche de la paix à Washington contre la guerre au Vietnam d'une grande valeur informative. JUNKOPIA est sans doute le plus méconnus de ces films, un documentaire uniquement visuel sur San Francisco à travers les sculptures de jeunes drogués. Le public a, encore, répondu nombreux à cette invitation à la redécouverte de l'œuvre de Marker.
C'est un carton plein que fait, pour l'heure, le festival 5 jours tout court. Maintenant place aux compétitions, vidéo et cinéma et à une nuit de folie vendredi de minuit à l'aube avec la Nuit du court métrage consacrée cette année à la Belgique.

Jeudi 5 mai
Ils sont trois : Manu, Benoît et Simon. Ils font partie de l'association Electron libre qui, selon leurs propres termes, « cherche à développer des agitations culturelles et ludiques ».
Leur matériel : une simple caméra mini-dv, et un bon micro-caméra.
Leur but : faire un film de maximum 3 minutes en moins de 48 heures.
Les trois drilles participent au marathon vidéo organisé par le festival 5 jours tout court de Caen. Il y avait trois thèmes possibles pour cette aventure : la pomme, la pluie (vu la météo normande, ça tombait à point !) et laboratoires ; Le hasard a voulu que la cinquantaine de participants travaillent sur ce dernier thème.
« Avec laboratoire, je pense qu'on va avoir des films bizarres » annonce un peu amusée Claire Chuppé responsable du marathon au sein du festival.
Encore plus amusé, Manu, le participant raconte : « On a prit le concept de laboratoire ; on l'a transformé en labo et L.A.B.O. pour nous c'est Laboratoire Anthropologique du Bouche à Oreille. » Pratique parfaitement légale puisque, si tout film hors sujet sera automatiquement mis hors compétition, « Laboratoire c'est un thème très vaste. Il suffit qu'il serve de fil conducteur » explique l'organisatrice.
Comment travaille-t-on quand on n'a que 48 heures pour faire un film ? Le trio de l'Electron libre s'est réuni le matin tôt, les trois ont écrit quelques idées, ont posé quelques gags sur le papier et petit à petit en ont gardés certains, puis mis bout à bout. Puis ils ont tiré les rôles au hasard. Le premier cadre, le deuxième joue le rôle principal, le troisième écrit, gère et fait l'accessoiriste.
Ils tournent bien évidemment sans aucune autorisation préalable, enfermés dans les toilettes de la fac de lettres de Caen, dans un bar plein d'étudiants ou encore au centre ville sous le regard amusé et étonné des étudiants allés aux toilettes pour soulager leur vessie. Sur le plateau -« plateau » à mettre entre guillemets- on discute de la scène, du dialogue, du cadre, des mouvements de caméra ; on teste, on recommence, on cherche des raccords, on créé des bruitages, on se rate, on re-recommence…
Pourquoi s'infliger tout ça ? « Avant tout pour bien s'éclater, pour se faire plaisir - répond Benoît - Puis ce qui est intéressant c'est la contrainte ; ça pousse à être inventif en très peu de temps et à être efficace. Vu que la durée du film demandée est moins de 3 minutes, on doit être efficace, nous dans notre plan d'action et le film aussi dans l'impacte qu'il doit avoir », le tout avec un budget de 0 Euro.
La vingtaine de films produits lors de ce marathon seront visionnés jeudi par un comité composé de responsables du festival 5 jours tout court et des ateliers vidéo de Caen. « Il y aura probablement un grand débat car il y aura un seul film primé » prévient Claire Chuppé.
Le film vainqueur sera diffusé lors de la cérémonie de clôture du festival samedi, les autres seront probablement programmés lors des prochains ateliers vidéo au cinéma Lux.

Lundi 2 mai 2005
Les organisateurs du festival 5 Jours tout court de Caen avaient annoncé pour 2005, une 9e édition « light ». Si le nombre de films en compétition a effectivement diminué - 29 films seulement sur les 1000 visionnés, 2 programmes vidéo au lieu de 3 et 3 programmes cinéma au lieu de 4 et une seule diffusion par programme en compétition eu lieu de 2 - le festival a plutôt grandi.
Mais à Caen, on n'a pas peur des contradictions. Une des grandes se trouve directement dans le nom du festival , 5 jours tout court dure en effet 6 bonnes journées. Alors programmer un long métrage en ouverture d'un festival de courts, ça n'effraie plus personne ici.
Lundi la soirée d'ouverture a été réservée à Bouli Lanners, réalisateur et comédien belge. Outre à l'avant-première de son long métrage ULTRANOVA, qui va sortir en salle le 11 mai, les spectateurs avisés du festival, ont eu le plaisir de redécouvrir les deux courts de Lanners : Travellinckx et Muno et de discuter longuement avec le réalisateur.
Une des grandes nouveautés de l'édition 2005 du festival est le marathon vidéo. Un marathon vidéo ? Oui, et ça n'a rien à voir avec la célèbre course de 42, 125 Kilomètres. Dans ce marathon vidéo, les participants ont 48 heures pour faire un film de maximum 3 minutes. Ces films, qui seront par la suite projetés à Caen pendant le Festival des Très Courts 2006, doivent obligatoirement tourner autour d'un thème tiré au hasard lors de la soirée d'ouverture : Laboratoires. Les équipes sont déjà à l'œuvre et le gagnant sera annoncé lors de la cérémonie de clôture samedi.
Pendant que les marathoniens écrivent, tournent et montent, le festival continue avec conférences, ateliers, programmations et autres surprises en attendant le début des compétitions vendredi après-midi.

Pablo Chimienti (Caen, Mai 2005)