Notes de Prod. : A côté

    en DVD le 05 Janvier 2010

Histoire d'un tournage par Stéphane Mercurio, réalisatrice

En 2003, je rencontre Anna Zisman à une terrasse de café. Elle porte un désir de fi lm sur les lieux d’accueil à côté des prisons. Un film semble possible. Je ne sais pas grand-chose de ces familles et j’ai une forte envie de rencontrer ces « invisibles ». J’aime cette idée de lieu unique, symbole à la fois de la parenthèse et de l’enfermement.
Nous circulons en France à la recherche du lieu idéal dans les centres d’accueil de familles de détenus ; de Marseille à Lyon, de Nice à Avignon, en passant par Lille, Bordeaux ou Angoulême... Finalement, je m’installe tout contre la prison de Fresnes. Là, dans une minuscule pièce, je me suis assise avec les familles, revenant semaine après semaine, écoutant ces femmes, découvrant un univers dont je ne savais rien ou presque. Je me souviens de cette personne âgée, un peu forte, humiliée. On lui demandait de retirer son soutien-gorge dont les armatures faisaient sonner le portique. J’ai oublié si elle l’avait ôté ou si elle avait renoncé à voir son fils ce jour-là. Une autre fois, les boutons dorés d’une jupe avaient sonné... Après une bonne quarantaine de déplacements, une constatation s’impose : le film à faire offre un niveau supplémentaire de perception du milieu carcéral. Au-delà du vécu des familles, ce film va raconter la prison, son arbitraire, ses interdits. En creux, mais avec évidence et d’autant plus de violence.
Je me souviens de cette femme qui prenait l’avion de Marseille quand ses finances le lui permettaient, de cette autre qui venait de Lyon avec ses enfants, train, métro, bus, plus de six heures de transport porte-à-porte pour trente minutes de parloir. Il me faut raconter ces trajets, la vie qui en dehors des parloirs continue, comme suspendue. Et la photographie le permettrait... C’est ainsi que naissent les séquences photographiques travaillées avec Grégoire Korganow. C’est aussi pendant ces repérages que commencent les discussions autour du son et de la musique avec Patrick Genet et Hervé Birolini. Le travail sonore doit à sa façon raconter la bulle, restituer cette temporalité très particulière de cette vie à côté.
À Fresnes, l’association de bénévoles accepte avec enthousiasme le tournage du film. Les femmes et les quelques pères ou fils, les uns après les autres, au fi l des semaines en acceptent l’idée, s’en emparent. Ils veulent la parole. C’est la première fois que je ressens une telle nécessité de la part de « personnages ».
Mais après cinq mois de présence dans les lieux, sur deux années, quinze jours avant de commencer le tournage, l’administration pénitentiaire, propriétaire des murs du centre d’accueil, prétexte le niveau rouge du plan vigipirate pour nous interdire le tournage.
« Grâce » à cette interdiction arbitraire, la productrice Viviane Aquilli dépose auprès du CNC une demande d’avance sur recettes que le film obtient en mars 2006.
Notre seule issue est alors de trouver un centre d’accueil indépendant de l’administration pénitentiaire, sans être sûrs qu’il existe. Je finis par rencontrer l’équipe de l’association Ti-tomm ; Ti-Tomm, petite maison conviviale à côté de la maison d’arrêt des hommes de Rennes. Je m’y installe au printemps 2006, regrettant « Fresnes la dure ». Mais je sens très vite que ce lieu beaucoup plus doux, avec ses tables fleuries, son jardin séparé de la prison par un mur, est beaucoup plus cinématographique, la parole y est beaucoup plus profonde, plus intime.
Pendant près de dix mois, je suis à Ti-tomm deux fois par semaine, dès l’ouverture. Je fais la connaissance de Séverine, Claire, Pierre... Et quand, entre deux parloirs, le centre se vide pour une quinzaine de minutes, j’écoute les bénévoles. Au fi l des semaines, doucement, la confiance s’installe. Certaines femmes passent une partie de leur journée dans la maison d’accueil. Elles partagent leurs difficultés, les enfants jouent dans le jardin ; nous bavardons autour d’un café... Je pourrais être l’une d’entre elles. Au gré de leur récit, j’imagine mon enfant, mon mari ou mon père en prison. J’ai su leur angoisse « de ne pas savoir », leur terreur face au suicide toujours présent, à la bagarre qui tourne mal. J’ai su leurs nuits blanches. J’ai vu leurs problèmes financiers, la complexité juridique, la peur du lendemain, la solitude, la honte... L’amour énorme.
À chaque histoire, je me demande ce que je ferais moi à leur place. Sans jamais avoir vraiment de réponse...
Tout au long des quatre années de travail sur À côté, je rencontre probablement deux cents familles. Jamais ou presque, elles ne remettent en cause l’emprisonnement de l’être aimé. Mais elles posent toujours les mêmes questions :
« Pourquoi je ne peux jamais rien savoir ? Pourquoi la première fois que je viens le voir en prison sans en connaître les règles, le linge m’est-il jeté au visage parce que “ non réglementaire “ ? Pourquoi je ne peux pas lui apporter de livres ? Pourquoi la nourriture doit-elle entrer en cachette ? Pourquoi les détenus doivent-ils tout “ cantiner “ à des prix prohibitifs ? Pourquoi ne me prévient-on pas s’il est transféré ? Pourquoi n’est-il pas informé si je loupe un parloir que c’était juste pour une minute de retard ? Pourquoi le cahier d’école de ma fille peut être signé par le père à Rennes et pas à Fresnes ? »
Comment ces femmes sont-elles capables d’un tel amour ?
Pourquoi la peine s’étend-elle à elles, souvent unique lien du détenu avec l’extérieur, unique chance de retourner à la vie normale, unique espoir de réinsertion. Pourquoi ?

La Genèse par Anna Zisman, coauteur

C’est Françoise, mon amie monteuse, qui m’a aidée à soulever le couvercle. Elle connaît mon écriture. Elle me connaît, tout simplement. Elle m’a dit : « Tu as une écriture cinématographique ». J’ai gardé cette phrase dans ma boîte. Et puis je lui ai parlé de ce sujet, à propos de ces hôtels à côté des prisons, qui ne devaient être là que pour accueillir ceux qui venaient de trop loin voir leur proche incarcéré, forcés de passer là une nuit avant de rentrer. J’avais compris que c’était un film qu’il fallait faire.

Création sonore

J’ai utilisé les prises de sons spécifiques réalisées pendant les séances photo. En les découpant en échantillons, j’ai ainsi créé une partie de mon « instrumentarium ». Tantôt transformés, tantôt bruts, les sons viennent faire respirer et rythmer les séquences. Ils apportent la dimension temporelle de l’événement, ce qui contraste avec la fixité de ce que nous voyons. Des sons instrumentaux viennent compléter chacun de ces moments selon le lieu. La présence de ces univers est tantôt discrète, tantôt forte, mais laisse toujours la place aux récits et aux confidences des femmes et des hommes qui traversent ces « bulles » de leurs voix. Toutefois, je considère la voix comme une manifestation instrumentale à part entière, elle est travaillée comme faisant partie intégrante de la composition. La voix a aussi un rôle musical qu’il ne faut pas négliger. Ainsi la composition générale de la musique intègre à la fois des sons du réel, des voix et des sonorités instrumentales. Le tout orchestré pour faire jaillir la musicalité des lieux et de ces instants hors du temps.

Hervé Birolini

Photographies de Grégoire Korganow

Comme beaucoup, je n’avais jamais imaginé que derrière un détenu il y avait souvent une famille qui aimait cet homme privé de liberté. J’ai photographié ces vies suspendues : lors d’un procès d’assises, d’un déménagement pour se rapprocher du mari incarcéré, d’un parloir sauvage – des femmes viennent parfois au pied des murs de la prison pour tenter de communiquer avec leur proche emprisonné. C’est interdit. J’ai raconté aussi l’intimité, la solitude. J’ai photographié cette vie où tout semble attendre le retour du père, du mari ou du fi s. Pas d’image spectaculaire, juste des regards, des gestes qui racontent cette vie à côté de la prison : Claire qui se pelotonne dans un T-shirt porté par son homme, Chantal seule, tendue dans la salle rouge de la cour d’assises de Nantes, ou encore Christine sur le trottoir hurlant des mots d’amour à son mari derrière les barreaux. J’ai poursuivi ce travail au-delà du film, au centre d’accueil de Rennes et j’ai fait des portraits. J’ai photographié des femmes à leur sortie du parloir. Quelques minutes pour saisir ces visages silencieux sur lesquels l’amour mais aussi la violence subie sont inscrits.
En observant ces visages qui fixaient l’objectif, je cherchais à saisir ce lien si fort qui unit ces femmes à leur proche incarcéré. Femmes courages qui portent sur leurs épaules cette double condamnation, celle de l’être aimé et celle d’une administration qui les méprise. Les écouter, les regarder, c’est résister.

La prison aujourd'hui

63 211 détenus en France au 1er avril 2008 dont 17 466 prévenus.
La surpopulation carcérale est de 13 737 personnes.
117 maisons d'arrêt, 24 centres de détention, 29 centres pénitentiaires, 5 maisons centrales, 13 centres autonomes de semi liberté.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 30 entrées
  • 1ère semaine IDF : 1 225 entrées
  • Cumul IDF : 1 283 entrées

  • 1ère semaine France : 2 842 entrées
  • Cumul France : 2 842 entrées