Comme beaucoup, je n’avais jamais imaginé que derrière un détenu il y avait souvent une famille qui aimait cet homme privé de liberté. J’ai photographié ces vies suspendues : lors d’un procès d’assises, d’un déménagement pour se rapprocher du mari incarcéré, d’un parloir sauvage – des femmes viennent parfois au pied des murs de la prison pour tenter de communiquer avec leur proche emprisonné. C’est interdit. J’ai raconté aussi l’intimité, la solitude. J’ai photographié cette vie où tout semble attendre le retour du père, du mari ou du fi s. Pas d’image spectaculaire, juste des regards, des gestes qui racontent cette vie à côté de la prison : Claire qui se pelotonne dans un T-shirt porté par son homme, Chantal seule, tendue dans la salle rouge de la cour d’assises de Nantes, ou encore Christine sur le trottoir hurlant des mots d’amour à son mari derrière les barreaux. J’ai poursuivi ce travail au-delà du film, au centre d’accueil de Rennes et j’ai fait des portraits. J’ai photographié des femmes à leur sortie du parloir. Quelques minutes pour saisir ces visages silencieux sur lesquels l’amour mais aussi la violence subie sont inscrits.
En observant ces visages qui fixaient l’objectif, je cherchais à saisir ce lien si fort qui unit ces femmes à leur proche incarcéré. Femmes courages qui portent sur leurs épaules cette double condamnation, celle de l’être aimé et celle d’une administration qui les méprise. Les écouter, les regarder, c’est résister.