Qu’avez-vous ressenti en lisant le scénario ?
Tourner une comédie sur la dépression, ça n’a jamais été fait. Il y a déjà eu des personnages dépressifs qui prêtaient à rire au cinéma. Mais en faire le thème central d’une comédie, c’est gonflé ! Le scénario de Laurent Chouchanest un concentré d’humour noir. C’est sa marque de fabrique ! Il y a beaucoup de générosité et d’humanité dans ce qu’il écrit : ce n’est jamais méchant. Même si c’est noir, ça attire l’empathie.
Mon personnage n’est pas détestable et antipathique au début du film. Pourtant, on éprouve de la joie quand il se prend des coups sur la tête.
Normalement, pour aimer que quelqu’un s’en prenne, il faut le détester. Là, non !
Le ton du film est-il osé et audacieux ?
Il n’y a pas de grossièretés dans le film. Ce qui est provocateur, c’est de faire rire avec un sujet qui d’habitude donne lieu à des couvertures de magazines pas très gaies. Mais ça peut être salutaire d’en rire. Quand on entend des malades raconter leurs crises de dépression ça attire la compassion et en même temps ça fait sourire car certaines situations sont ridicules. Cette alchimie du cerveau est horrible : tout d’un coup des malades se mettent à pleurer devant un radiateur sans savoir pourquoi.
Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?
Dans la première scène que j’ai tournée, je devais fondre en larmes. Je suis donc rentré dans le personnage de plain-pied ! Le jour où on vous dit “moteur”il n’y a plus trop de préparation : il faut s’exécuter. J’étais en confiance. C’est dû à la gentillesse et à l’intelligence de
Laurent Chouchan. Il vous met à l’aise. Son regard est toujours bienveillant et vous avez envie de vous laisser aller !
Votre priorité était-elle d'éviter à tout prix de tomber dans le pathos ?
La difficulté de l’exercice, c’est d’être à la fois sincère sans oublier qu’on est dans une comédie. Mon personnage doit être ridicule presque tout le temps. Sa dépression doit l’être aussi. Et c’est ça qui fait rire au final. Je pense que la personnalité de l’acteur rentre en ligne de compte. Si ça ne vous fait pas rire quand vous le jouez, vous ne pouvez pas le rendre ridicule. Il faut aimer être ridicule pour jouer ça !
Quelles scènes ont été particulièrement difficiles à tourner ?
Les scènes de direction d’orchestre ont été extrêmement difficiles car je ne suis pas musicien. La musique et moi ça fait deux ! En même temps, ce n’est pas un film sur la direction d’orchestre. C’est une comédie. Ce n’est donc pas très grave. J’ai un peu appris à manier la baguette auprès de Laurent Petitgirard, le compositeur de musiques de films. Je me suis entrainé. Mais ce qui est sûr c’est que je ne serai jamais pris pour diriger l’Orchestre Philharmonique de Berlin !
Et les scènes les plus jouissives ?
J’aime la scène où je suis “guéri”et que je fais semblant de retomber dans la dépression. C’était amusant à faire ! Idem pour la séquence où je suis très énervé lorsque je dirige l’orchestre et que je fonce sur le musicien aux cymbales. Mais la scène où je me suis le plus amusé c’est celle du dîner de Noël avec les parents.
L’échec commercial d’un film vous a déjà touché au point de frôler un début de mal être ?
Oui, j’ai connu ça.(Rires). Quand on fait du cinéma on vit des échecs. D’ailleurs, certains acteurs connaissent parfois plus d’échecs que de succès. Moi je n’ai jamais fait de dépression nerveuse à cause d’un échec.
Certes, on est très triste, on est déprimé. Mais une dépression nerveuse, c’est une maladie. Ce n’est pas un simple coup de blues.
Avez-vous été confronté à des réalisateurs qui pourrissent la vie des acteurs en plateau à cause de leurs hauts et de leurs bas, et qui les emmènent dans un gouffre sans fonds ?
Je n’ai jamais été confronté à des metteurs en scène dépressifs pendant un tournage.
Normalement, ils pensent à ce qu’ils font. Ils sont concentrés.Ils vous demandent des choses de manière plus ou moins sympathique en vous mettant plus ou moins en confiance, en peur ou en défiance. Mais ils pensent avant tout à leur film !
Est-ce que Ça se soigne ? devrait être remboursé par la sécuritésociale ?!
(Rires) Je ne sais pas ! On va demander aux premiers spectateurs qui l’auront vu !!