Comment êtes-vous arrivée sur le projet ?
Manuel Munzet
Laurent Chouchan respectivement producteur et réalisateur sont venus voir mon spectacle “Aujourd’hui c’est Ferrier”, en tournée à Noisy-le-Grand à l’espace Michel Simon, sans que je le sache.
C’était une date particulière car j’y ai vécu 13 ans. Après cela, ils m’ont contactée. J’ai lu le scénario. Je l’ai trouvé intelligent : le sujet me plaisait, les dialogues et les situations me faisaient rire !
Compte tenu de votre jeune expérience au cinéma, est-ce que vos essais pour le rôle ont ressemblé à un parcours du combattant ?!!
Ça a duré trois heures. J’ai été testée sur six scènes du film. La directrice de casting était présente. Laurent Chouchanaussi. Au terme des essais, il a dû se dire :“Ok, ça peut le faire”. Manuel Munz a visionné mes essais. Il a été séduit. Il faut dire que j’avais appris mon texte par cœur ! Je n’avais pas trop préparé le personnage car je voulais laisser au réalisateur la liberté de me proposer sa vision du personnage.
Ensuite, j’ai rencontré
Thierry Lhermitte. Il ne me connaissait pas, il n’avait pas vu mon spectacle. L’idée, c’était de savoir s’il se sentait d’être mon mari dans le film (vice-versa).Car quand tu t’apprêtes à tourner avec un acteur pendant un mois et demi il faut que ça colle !
Pouvez-vous nous parler de votre personnage ?
Ce rôle, c’est un cadeau. Je trouve que c’est une héroïne. Elle est formidable cette femme-là :elle est brillante, elle se bat pour son mari et y laisse même des plumes. C’est une battante jusqu’au-boutiste. C’est une tête. Elle est pilote de ligne et, dans sa famille, personne n’a été confronté à la dépression nerveuse. C’est une femme forte.
Elle rêve d’avoir des enfants mais ce n’est pas le moment car elle pense à sa carrière dans l’aérospatiale. Elle met toute son énergie dans son couple au moment même ou son mari plonge dans la dépression.
On sent qu’il y a de l’amour. C’est magnifique !
Jouer un couple brillant intellectuellement et socialement ça oblige à se surpasser encore plus que d’habitude à l’écran ?
Oui ! J’ai beaucoup répété mon personnage avec
Laurent Chouchan. J’ai surtout travaillé sur le corps et la voix du personnage. Au début du film, mon personnage a une posture impeccable et une diction parfaite. Normal,
elle est pilote de ligne ! Au fur et à mesure j’ai travaillé sur “le relâché du corps”: les épaules qui tombent, la fatigue, l’envie de pleurer, une impression de mal être. À un moment même du film, mon personnage ne fait plus trop d’efforts pour parler.
Comment êtes-vous rentrée dans la peau d’une pilote de ligne ?
J’en ai rencontré une, Christine. J’ai passé une journée avec elle. Elle m’a donné des conseils et des photos de “pilotes femmes”. Elles sont peu nombreuses en France, beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Elle m’a expliqué que dans ce métier il y a toujours la notion de passion à la base. Elle m’a avoué que parmi ces pilotes, même si ce métier est technique et physique, et qu’il demande un psychique béton et une grande rigueur il y a certaines pilotes très féminines. J’ai voulu que mon personnage soit impeccable.
Ça se soigne ? est votre 5e film en tant qu’actrice. Mais c’est surtout votre premier grand rôle à l’écran. Vous aviez une pression énorme sur les épaules ?
Je me suis sentie toute petite pendant le tournage ! Je n’étais jamais rassurée. J’avais en face de moi des
monstres du cinéma qui ont une filmographie impressionnante.
Thierry Lhermitte a été génial. Comme il ne se prend jamais au sérieux, il m’a mise vraiment à l’aise. Thierry sur ce film désamorçait tout, il avait pour moi
ce comportement exemplaire cette devise “travailler sérieusement, sans se prendre au sérieux”.
Se retrouver face à “un monstre de comédie” comme Thierry Lhermitte est une chose. Mais quand il s’agit de l’embrasser dans le film, comment se sent-on ?
C’était très excitant. Comme Thierry est un très bel homme, j’étais toute folle. Je disais :“ on peut refaire la scène si vous voulez ! ”. J’étais un peu nerveuse quand même. J’avais un petit côté midinette sur le moment mais rien de plus.
Quelle est la scène du film qui vous a le plus marqué lors du tournage ?
C’est celle du dîner de Noël avec les parents de nos personnages à Thierry et à moi. La moyenne d’âge des 4 acteurs était de 70 ans. C’était énorme. La scène, l’émotion, les dialogues des 4 en stéréo : je n’oublierai jamais ! J’ai adoré tourner cette séquence et j’adore la revoir à l’écran. La façon dont Andréa Ferreol, qui joue ma mère, me regarde : j’ai l’impression d’être sa fille pour de vrai !
Avez-vous déjà été confrontée à la dépression ?
Un peu de par mon entourage. Personnellement, je viens du milieu de la danse. J’en ai fait pendant 15 ans. Quand j’ai arrêté ça a été très dur. Ce n’était pas une dépression, c’était quelque chose de foncièrement physique, ça ne se situait pas dans la tête. Comme je dansais 5 ou 6 heures par jour, j’ai éprouvé une sorte de manque. La première année je n’ai rien ressenti. C’est lors de la deuxième année que ça s’est manifesté. Mais heureusement je reste quelqu’un de sportif, le corps exulte.
Le titre de votre one-woman show “Aujourd’hui, c’est Ferrier” semble vous porter chance : aujourd’hui, le cinéma ne peut plus se passer de vous ! Vous vivez ça comment ?
Je viens d’une famille d’acteurs. Mon univers c’est le monde du théâtre. C’est un milieu qui me plaît, dont
je ne pourrais jamais me passer. Je suis parallèlement cinéphile, mais je n’ai jamais pensé qu’un jour je ferais du cinéma. C’est un milieu tellement fermé. Je ne cherchais pas à avoir d’agent. La rencontre avec le cinéma reste pour moi une chance inouïe.