Notes de Prod. : A Serious Man

    en DVD le 25 Mai 2010

Notes de Production

A Serious Man, explore avec inventivité des questions touchant à la foi, à la responsabilité familiale, aux comportements délinquants, aux phénomènes dentaires, au monde universitaire, à la mortalité et au judaïsme.

Robert Graf, producteur exécutif de A Serious Man, explique : «Pour raconter cette histoire, Joel et Ethan Coen se sont remémoré le monde dans lequel ils ont grandi.» Ethan Coen commente : «Le film se déroule en 1967 dans une communauté juive située dans une banlieue indéterminée du Middle West. Joel et moi sommes originaires du Midwest et cette histoire nous rappelle notre enfance. Le milieu, le cadre est important pour nous et a été l’une des principales raisons qui nous ont poussés à faire ce film. L’endroit où vous avez grandi fait partie de vous, de votre identité. Ce sont des choses qui ne vous quittent jamais, même si vous avez vécu longtemps ailleurs.» Joel Coen ajoute : «Le paysage dans lequel se déroule une histoire la nourrit. La genèse de ce projet remonte à de nombreuses années ; nous envisagions alors de faire un court métrage sur un garçon à la veille de faire sa bar mitzvah qui va voir un vieux rabbin. Le personnage du rabbin s’inspirait d’un homme que nous avions connu enfants.» Ethan Coen se souvient : «Ce rabbin que nous connaissions était un sage, une sorte de Yoda. Il ne disait rien, mais il avait beaucoup de charisme.»
Joel reprend : «Au fur et à mesure que nous développions le scénario, cet élément est resté, mais le film définitif est finalement différent de l’idée de départ ; il traite d’autres thèmes. «Bien que Larry Gopnik soit un personnage fictif, il est basé sur des gens que nous connaissions bien : c’est un universitaire, et nos parents l’étaient tous les deux. À travers eux, nous avons rencontré beaucoup de gens qui étaient professeurs en universités. Et puis Larry est un père de famille juif entre deux âges, dans une communauté qui ressemble beaucoup à celle dans laquelle nous avons grandi, où il y avait effectivement beaucoup d’universitaires.» Ethan Coen précise : «Chacun des membres de la famille Gopnik a son propre objectif. Danny, le fils, veut se procurer de l’herbe et des 33 tours. Sa soeur, Sarah, veut se faire refaire le nez. La mère, Judith, veut refaire sa vie avec un autre homme, Sy Ableman. Elle considère celui-ci comme un homme bien, au contraire de son mari.» Joel Coen note : «Larry est le chef de famille et il veut faire en sorte que les choses continuent. Au début de l’histoire, il se satisfait de la situation telle qu’elle est, du statu quo. Il est même heureux ainsi. Mais le malheur s’abat sur lui et il ne parvient pas à croire ce qui lui arrive.»

Au départ, le scénario reposait sur les deux personnages, Larry et son fils Danny, mais le coeur de l’histoire s’est déplacé au fur et à mesure de l’écriture. Ethan explique : «Ce qui nous amusait, c’était d’inventer de nouvelles façons de torturer Larry. Sa situation ne fait qu’empirer… Deux de ses expériences clés sont restées des points forts du film, mais c’est le destin de Larry qui est peu à peu devenu le point central de l’histoire, Danny repassant au second plan. Peut-être parce que les moyens de persécuter un adulte sont plus nombreux !» Si la plus grande partie de l’histoire se passe dans une banlieue du Midwest en 1967, le film s’ouvre par un prologue se déroulant un siècle plus tôt, dans un shtetl polonais (un petit village juif), où l’on découvre un troublant conte populaire raconté en yiddish. Ethan explique : «Nous avons pensé qu’une petite histoire complète serait une bonne introduction pour notre film. Et puisque nous ne connaissions aucun conte folklorique yiddish qui convienne, nous avons inventé le nôtre.»
Joel ajoute : «Ce conte n’a aucun lien avec ce qui suit, mais il nous a aidés à réfléchir au film et à l’installer.» Fred Melamed, l’interprète de Sy Ableman, confie : «J’ai interrogé Joel sur leur processus d’écriture. Il m’a dit que lui et Ethan écrivaient les scènes comme ils voulaient les voir à l’écran, exactement comme s’ils étaient dans une salle de cinéma.»
Joel Coen raconte : «Pour le rôle principal de A Serious Man, nous voulions un acteur quasiment inconnu du grand public. Vous connaissez sans doute Michael Stuhlbarg si vous allez régulièrement au théâtre à New York, mais le public cinéma ne le connaît pratiquement pas. Nous savions qu’il était excellent parce que nous connaissions son travail au théâtre.» Michael Stuhlbarg, nommé au Tony Award, a été contacté à l’origine pour faire une lecture pour un rôle dans le prologue du film, écrit entièrement en yiddish. L’acteur confie : «Pour me préparer, j’ai étudié avec un répétiteur de yiddish. J’ai beaucoup aimé cette phase du travail. À mon audition, Joel et Ethan ont beaucoup ri et j’étais très content. Mais ils ont finalement choisi un acteur qui parlait couramment yiddish.»

Cependant, les Frères Coen ont été suffisamment impressionnés par la prestation de Michael Stuhlbarg pour lui demander de revenir faire une lecture, cette fois à la fois pour le rôle de Larry et pour celui d’Oncle Arthur. Michael Stuhlbarg se souvient : «J’étais très excité parce qu’il y avait un matériau très riche à partir duquel travailler. Et puis le temps a passé. J’ai finalement reçu un appel, ils ont dit qu’ils me voulaient dans le film mais qu’ils n’étaient pas encore sûrs de savoir dans quel rôle. Finalement, alors que je jouais au théâtre dans le Vermont, Joel m’a téléphoné et m’a dit «Je vais mettre fin à tes souffrances : tu joues Larry !».»
Michael Stuhlbarg confie avec enthousiasme : «Je suis tombé amoureux de ce scénario dès la première lecture. J’ai adoré l’histoire, j’ai aimé toutes ses péripéties, et j’ai aussi beaucoup apprécié l’art et la maîtrise avec lesquels elle était construite.» Il poursuit : «Me trouver chaque jour sur le plateau était une bénédiction et une grande leçon sur la manière dont les Frères Coen travaillent. En les voyant faire, on comprend pourquoi et comment tout coule aussi magnifiquement. J’ai eu la chance de pouvoir construire le personnage sur une longue durée.»
Au sujet de son personnage, l’acteur commente : «Larry mène sa vie de façon très normale, très ordinaire ; il a développé toutes sortes d’habitudes. Il est satisfait de continuer à vivre ainsi. Il aime les mathématiques et la physique, il aime sa famille, et il tient probablement pour acquis une grande part de ce qu’il a. Il n’en est pas conscient jusqu’à ce que tout commence à déraper et qu’il découvre que la vie n’est pas ce qu’il pensait. Cela le fait basculer dans une crise. Il doute de sa foi, et il va sortir de sa bulle. Larry espère que grâce à la sagesse des chefs spirituels de sa communauté, il va comprendre pourquoi tout cela lui arrive. Mais ses ennuis ne font que commencer. Son frère, Arthur, va vivre sa propre crise, ce qui va représenter un poids supplémentaire sur les épaules de Larry. Il l’accepte cependant plutôt bien au nom du lien très étroit qui les unit.» Toujours poussés par l’envie de prendre des acteurs inconnus du grand public, les Frères Coen ont choisi pour les rôles de l’épouse de Larry et de ses enfants des acteurs de la région de Minneapolis, là où ils allaient tourner le film. Joel Coen souligne : «Comme nous l’avions fait avec Fargo, un grand nombre des rôles de A Serious Man sont joués par des acteurs locaux.»

Pour que le film puisse donner ce qu’Ethan appelle «un portrait de la disparité absolue des Juifs dans le Midwest», les deux frères devaient trouver toute une galerie de nouveaux visages. Ethan Coen précise : «Nous voulions faire appel à de vrais Juifs, à l’opposé du type ethnique hollywoodien. Ces Juifs du Midwest sont une sous-culture à part entière, on trouve chez eux un sentiment général différent de celui qui se dégage des communautés juives de New York ou de Los Angeles.»
Joel Coen note : «Nous voulions impliquer la vraie communauté le plus possible dans le film. Les chefs religieux locaux que nous sommes allés voir avaient tous un point de vue positif sur cette histoire et étaient sensibles à son humour.»
Ethan raconte : «Il arrivait que certaines personnes demandent : «Vous n’allez pas vous moquer des Juifs, hein ?». Non, ce n’est pas du tout notre intention. Mais nous sommes cependant conscients que certains prendront inévitablement tout ce qui n’est pas flatteur pour un indice disant que c’est ce que nous pensons de toute la communauté ou de l’ethnie dans sa globalité.» Joel observe : «Certaines personnes peuvent se montrer un peu à cran quand vous abordez certains sujets. Selon notre point de vue, A SERIOUS MAN est un regard plein d’affection sur cette communauté et c’est aussi un film qui permet de montrer des aspects du judaïsme '71ue l’on voit rarement.»

L’actrice Sari Lennick, qui joue Judith, a quitté la côte Est pour venir s’installer à Minneapolis il y a deux ans. Un jour, elle est tombée par hasard sur son agent - «il m’avait oubliée !», dit-elle. Une semaine plus tard, elle s’est retrouvée à auditionner pour Rachel Tenner. Elle confie : «Obtenir le rôle de Judith Gopnik a été un long chemin, mais j’ai réussi suffisamment la première étape pour obtenir une audition face à face avec les Frères Coen. Ils étaient incroyablement charmants et ils ont ri à toutes mes blagues, ce qui fait d’eux deux des personnes que j’aime le plus sur cette planète !» Peu après, les deux frères lui proposaient le rôle. Sari Lennick poursuit : «Joel et Ethan ont écrit un scénario absolument extraordinaire. Pendant le tournage, j’y revenais sans cesse, et pas uniquement pour les scènes dont je faisais partie !» C’est aussi parmi les talents locaux qu’ont été découverts Aaron Wolff et Jessica Mcmanus, qui jouent les enfants, Danny et Sarah. La grand-mère de Jessica Mcmanus avait vu une annonce dans le Minneapolis (St. Paul, Minnesota) Star Tribune, annonçant des auditions libres en mai 2008 pour les rôles des enfants Gopnik, et elle avait encouragé sa petitefille à tenter sa chance. Jessica Mcmanus raconte : «Je n’avais même pas un CV, et jamais je n’aurais pensé pouvoir passer la première étape ! Quand on m’a dit que j’avais le rôle, j’étais si heureuse que j’en ai pleuré ! Etre sur le plateau ne ressemblait à rien de ce que je m’étais imaginé, mais tout le monde m’a facilité les choses et je me suis vite adaptée.»

Aaron Wolff a décidé de passer les auditions libres même si sa famille était sur le point de déménager dans un autre État. Il confie : «Je savais qu’on allait souffrir des conséquences, mais cela en valait la peine ! J’ai lu le scénario et je me suis fait une image de ce film dans ma tête, mais quand je suis arrivé sur le plateau, c’était dix fois mieux ! C’était une expérience formidable.» Richard Kind est un acteur plus connu. Il trouve dans A Serious Man un rôle plus dramatique que ceux qu’il joue habituellement. Les Frères Coen se souvenaient de lui suite à une audition qu’il avait passée pour leur précédent film, Burn After Reading. Ils l’ont rappelé pour lui demander de faire une lecture pour le rôle d’un des rabbins. Par la suite, alors qu’il jouait une pièce à Fort Worth, il a reçu un appel : les Frères Coen voulaient lui faire faire une lecture pour le rôle d’Oncle Arthur. Il se souvient : «J’ai dû enregistrer l’audition en vidéo à Fort Worth. Je n’avais jamais eu aucun rôle en passant une audition enregistrée, mais là, ça a marché !» Richard Kind poursuit : «Arthur est absent de l’écran pendant un temps assez long. Ce n’est que lorsque, aux répétitions, tout le monde m’a dit «Oh, Oncle Arthur, c’est un rôle formidable !», que j’en ai pris réellement conscience. J’ai commencé à me demander ce que je voulais lui apporter, et à écouter ce que me disaient les Coen sur la vision qu’ils en avaient, et tout est devenu très clair pour moi. Il reste tout de même chez ce personnage beaucoup de choses qui doivent être comblées par l’imagination, et je me suis efforcé de le jouer de cette façon, en laissant le public imaginer. C’est ce que voulaient Joel et Ethan.»

Pour jouer Sy Ableman, le rival de Larry, les Frères Coen ont choisi Fred Melamed. Joel Coen explique en souriant : «Sy est le rôle sexy de notre histoire, il en faut un dans chaque film !» Ethan précise en plaisantant : «Fred n’a rien d’un bourreau des coeurs classique !».
Fred Melamed était prêt à relever le défi : «J’étais ravi de jouer un type pompeux, en surpoids, arriviste, qui parle comme un rabbin de choses qui ont trait directement à la sexualité américaine - un domaine qu’il connaît bien.» Près de vingt ans auparavant, Fred Melamed avait auditionné avec les Frères Coen pour un rôle clé dans Barton Fink. Ce rôle est finalement allé à Michael Lerner, qui a été nommé à l’Oscar pour sa prestation, «et qui le méritait bien !», précise Melamed. L’acteur ajoute : «Les Frères Coen se sont souvenus de moi et c’est eux qui m’ont contacté, ce que je trouvais très excitant. Le scénario m’a rappelé leurs plus grands films, ceux qui se placent quelque part entre la conscience et l’inconscient et vous remuent profondément.»
Jess Gonchor, le chef décorateur, explique : «1967 était une période formidable pour le Midwest. De nouveaux styles en matière de design étaient en plein essor. Nous avons fait beaucoup de recherches pour trouver des lieux que nous pourrions modifier pour y tourner. Il faut toujours modifier : jamais, sur aucun des films que j’ai faits, nous ne nous sommes contentés d’entrer et de lancer la caméra…»

Une des principales difficultés pour recréer une banlieue du Midwest des années 60 a été de trouver un quartier qui n’ait que peu changé en plus de quarante ans. Robert Graf explique : «Il y a de nombreux quartiers dans la région des Twin Cities (zone urbaine de Minneapolis-Saint Paul) qui sont restés préservés du point de vue architectural, mais la plupart d’entre eux ont plus de cinquante ans et la végétation est elle aussi ancienne. Les arbres sont très grands. Or, ce que nous voulions, c’était donner l’impression d’un quartier neuf. Si vous regardez des photos d’archives de cette époque, la plupart de ces jeunes banlieues étaient construites sur des champs de maïs et des prairies.»

L’équipe de décorateurs de Jess Gonchor et Tyson Bidner a fait des recherches à Minneapolis et Saint Paul et dans les proches parages, cherchant des zones qui avaient subi des dégâts à cause de fortes tempêtes ou de maladies qui avaient détruit les végétaux les plus vieux. Robert Graf explique : «Nous avons finalement trouvé un quartier qui avait été abîmé par des tempêtes violentes il y a huit ans, et qui était resté remarquablement dégagé.»
Tyson Bidner précise : «Ils ont replanté des arbres, ce qui contribue à donner au quartier l’allure d’un quartier neuf d’une banlieue des années 60 où les arbres auraient été plantés en même temps qu’on construisait les maisons. «Nous avons bénéficié de la totale coopération et du soutien de douze familles dans un même quartier ; quatre dans une rue, les quatre en face, et quatre qui partageaient les jardins de derrière avec certaines de ces maisons.» Jess Gonchor révèle : «Le quartier était déjà formidable pour ce que nous recherchions, mais nous avons quand même enlevé la végétation de certaines maisons et avons refait les allées - ou plutôt nous les avons étroitisées, puisque de nos jours beaucoup sont faites pour deux voitures alors qu’à l’époque elles étaient construites pour une seule. Nous avons aussi replanté des pelouses.»
Tyson Bidner déclare : «Nous avons aussi trouvé une école hébraïque que nous avons utilisée pour trois ou quatre décors différents.» Comme pour les autres décors, les cinéastes avaient besoin d’une synagogue qui paraisse avoir été construite récemment. La plupart des temples de Minneapolis et des environs avaient un style architectural très classique, et les Coen ont suggéré la synagogue qu’ils avaient eux-mêmes fréquentée lorsqu’ils étaient jeunes et vivaient dans la région. Cependant, entre-temps, celle-ci avait été transformée en église, et la retransformer en synagogue aurait été trop coûteux et aurait demandé trop de travail. Tyson Bidner a finalement trouvé la synagogue idéale, B’nai Emet (anciennement B’nai Abraham), pas très éloignée de l’endroit où avaient grandi les Coen. Il raconte : «Nous avons tourné à la période entourant les fêtes juives de septembre et d’octobre, et c’était parfait.»

C’est à B’nai Emet qu’a été tournée une des séquences les plus particulières de A Serious Man. En étroite collaboration avec leur directeur de la photo, Roger Deakins,les Frères Coen ont mis au point la séquence de la bar mitzvah. C’est Deakins lui-même qui maniait la caméra. Ethan Coen déclare : «C’était formidable de tourner cette scène parce que Roger a utilisé des objectifs à bascule qui biaisent le plan focal et permettent le contrôle de la perspective et de la zone de netteté. Cela donne un effet un peu étrange à toute l’image, sauf pour un plan presque arbitraire. Il avait utilisé beaucoup d’objectifs de ce type dans L’assassinat De Jesse James Par Le Lache Robert Ford. Pour notre film, il les a employés pour deux séquences, celle de la bar mitzvah et celle où Larry va rendre visite à la mystérieuse et sexy Mrs Samsky.» Parmi les autres lieux de tournage des Twin Cities figurent Interstate Park sur la rivière St. Croix, où les Coen allaient faire du canoë lorsqu’ils étaient jeunes, et le lac Rebecca à Independence, Minnesota, un très beau lac doté d’une petite plage. Joel Coen observe : «Tout film qui se déroule dans le passé est à la recherche du genre de détail qui évoque visuellement immédiatement la période où se passe l’histoire.»

Les automobiles sont un de ces signaux forts. Une des séquences clés du film implique deux voitures qui se coupent la route. Joel explique : «Il était important de ne pas mettre dans ce film de voitures qui aient l’air trop neuves, du genre que l’on trouve chez les collectionneurs, entretenues avec amour, impeccables et aux chromes rutilants. Elles n’ont pas l’allure de voitures que l’on utilise tous les jours. Nous avons eu du mal à nous procurer des automobiles datant de cette époque mais qui ne soient pas en parfait état, ou au moins des voitures que les propriétaires nous autorisent à salir et cabosser un peu…» Plusieurs semaines avant le début du tournage, le coordinateur des véhicules Mike Arnold, qui avait déjà collaboré avec les Frères Coen sur Fargo, a commencé à chercher des voitures, se rendant dans des manifestations de véhicules anciens.
Mike Arnold commente : «Joel et Ethan m’ont dit que je pouvais choisir les véhicules que je voulais pour les scènes en extérieur, eux voulaient se réserver le choix de ceux des principaux protagonistes. Ils m’ont seulement dit «pas de rouge, pas de blanc, pas d’ailerons». Ils ne voulaient pas non plus de voitures d’avant 1960 parce qu’elles auraient eu l’air vraiment trop «voitures anciennes».»

La voiture choisie par les cinéastes pour Larry Gopnik est une Dodge Coronet, introduite sur le marché par Chrysler dans les années 50, puis à nouveau au milieu des années 60. Mike Arnold note : «Cette voiture s’accorde remarquablement bien à la personnalité de Larry, c’est une voiture ordinaire de 1966 comme on en voyait beaucoup. Elle n’a rien de fantaisie ni de luxueux, ce qui convient très bien à Larry, qui n’est pas très fantaisiste lui-même.» Sy Ableman, lui, conduit un Coupé de Ville. Pour la voiture de Mrs Samsky, Mike Arnold a fait une exception à la recommandation des Frères Coen. Il explique : «Je trouvais qu’elle devait conduire une Mustang. Celle que j’avais choisie d’abord était dorée, mais après, j’ai envoyé à Joel et Ethan une photo d’une rouge, et ils l’ont adorée, tout comme Jess Gonchor. Mrs Samsky est une femme qui a du tempérament, une femme séduisante, et il lui fallait quelque chose d’épicé ! Finalement, il y a un peu de rouge dans notre palette de couleurs pour les véhicules…» Se retrouver au volant de ces vieilles voitures a demandé une certaine adaptation de la part des acteurs quant aux habitudes de conduite. Ces voitures sont en effet dépourvues des innovations qui sont devenues courantes depuis les années 60, comme par exemple la direction assistée. Mike Arnold confie en riant : «Quand ils s’asseyaient au volant, ils mettaient le contact, ils tournaient la clé, tournaient encore et encore, mais rien ne se passait parce qu’il n’y avait pas de transmission électronique. Il fallait jouer sur l’accélération et le starter.»
Les dizaines de voitures garées à l’extérieur de la synagogue pour la séquence de la bar mitzvah ont été rassemblées avec l’aide de stations de radio et de chaînes de télévision locales qui ont invité leurs auditeurs et téléspectateurs à participer au film. Joel révèle : « Les propriétaires de ces voitures veillent sur elles comme sur la prunelle de leurs yeux et finalement, il a été plus simple de les engager comme figurants et de les laisser conduire eux-mêmes leurs voitures !»

Lorsque l’on fait un film qui se déroule dans le passé, les acteurs s’appuient souvent sur des éléments spécifiques de leurs costumes pour mieux entrer dans la peau de leur personnage. Pour Sari Lennick, ce fut la gaine et certains autres sous-vêtements ; pour Aaron Wolff, le pantalon taille haute. Mary Zophres, chef costumière et collaboratrice de longue date des Frères Coen, note : «Chaque scène, chaque tableau du film possède sa propre personnalité. La Jewish Cultural Foundation of the Upper Midwest avait des archives photo auxquelles elle m’a très gentiment donné accès, et nous avons à notre tour partagé nos informations avec les équipes maquillage et coiffure. Je me suis inspirée autant des archives de la fondation que du scénario.»
Mary Zophres a découvert que la région de Minneapolis en 1967 n’était pas aussi à la mode que certaines autres régions du pays. Elle explique : «Si le film s’était déroulé en 1969, il aurait eu un style visuel complètement différent, mais en 1967, dans cette banlieue d’une petite ville, on était beaucoup plus conservateur, ce n’étaient pas encore les «swinging sixties». Danny Gopnik écoute Jefferson Airplanes, c’est vrai, mais il ne s’habille pas comme eux. Il se serait fait tirer les oreilles par son père ! Et puis c’est encore sa mère qui lui choisit et lui achète ses vêtements.»
De nombreux personnages du film sont obligés de suivre un code vestimentaire strict, depuis les membres de la faculté jusqu’aux jeunes élèves hébreux. En gardant cela à l’esprit, Mary Zophres a discuté très tôt de la palette de couleurs des costumes avec les Frères Coen et avec Jess Gonchor et Roger Deakins. L’histoire des Gopnik se déroule en mai, ce qui semblait a priori tirer le film vers des couleurs pastel, mais Mary Zophres avait une autre approche. Elle déclare : «J’ai montré à Joel et Ethan une page d’un catalogue Sears Roebuck intitulée «Deep Autumnal», et c’est plus ou moins la gamme de coloris que nous avons retenue. Il y a dans ce film beaucoup de bleu, et certains mariages de couleurs très années 60, comme le turquoise-vert olive. Je n’ai utilisé que certaines couleurs, mais de façon intensive. Les femmes sont toutes vêtues dans les tonalités les plus sombres de notre palette, du noir, du chocolat, ou des verts profonds.»

Les acteurs principaux et les figurants avaient souvent besoin qu’on leur indique comment enfiler ces vêtements très inhabituels. Mary Zophres raconte : «Par exemple, dans les années 60, il y avait très peu de plis sur un pantalon d’homme. Je devais très souvent répéter aux acteurs de remonter leur pantalon, habitués à porter des pantalons d’aujourd’hui. C’est carrément devenu un leitmotiv pour les figurants !»
La chef costumière poursuit : «Jenny Eagan, l’assistante à la création des costumes, et moi passions aussi notre temps à dire «Rentrez votre chemise dans le pantalon !». Les gens faisaient très attention à leur allure à l’époque. Quand vous alliez ne serait-ce qu’à l’épicerie du coin, vous vous habilliez, vous ne sortiez pas en survêtement et en baskets ! C’était un temps où les gens faisaient l’effort de se vêtir et de s’apprêter pour se présenter à leurs voisins.»
Le style vestimentaire de Julie Gopnik a été élaboré d’après les photos de la Jewish Cultural Foundation, et a exigé une transformation totale de Sari Lennick. Mary Zophres se souvient : «Nous avons procédé pas à pas en détaillant tout. Elle a gardé sa longueur de cheveux, mais nous les avons teints en brun pour qu’ils aillent avec la couleur de la chevelure des autres membres de la famille. Ils ont été coupés et coiffés pour imiter une photo très précise que nous avons trouvée, une photo qui date précisément de 1967.
Pour ce qui est des costumes, elle a des chaussures plates, et des jupes à mi-mollet - la pire longueur qui soit, la moins flatteuse pour la silhouette. Ses chemisiers sont à motifs écossais. C’était un peu une transformation «avant-après», et Sari s’est totalement prêtée au jeu.» Ce sont des photos de professeurs des départements de physique d’universités du Minnesota trouvées dans des annuaires datant des années 60 qui ont dicté l’orientation générale du style vestimentaire du professeur Larry Gotnik. Les chemises à manches courtes étaient de première importance, non seulement parce que l’histoire se déroule au mois de mai mais aussi «parce qu’elles ont quelque chose d’un peu ringard» selon les propres mots de la chef costumière.

Les chemises à manches courtes s’accompagnaient de costumes et cravates classiques, de vestes et pantalons sport. La pochette à stylos était un objet clé. Mary Zophres commente : «Cela peut passer pour un cliché, mais ça sonnait si vrai sur Michael Stuhlbarg ! Il a aussi des pantalons un peu trop courts, et il porte des chaussures d’époque, dont certaines carrément neuves ! Il a enfilé les vêtements, et il est littéralement devenu le personnage.»
Richard Kind déclare : «A Serious Man représente à mon sens la manière dont Joel et Ethan voient le monde et la condition humaine. C’est aussi une excellente histoire sur un pauvre homme bien malheureux…» Fred Melamed observe en plaisantant : «Dans ce film, il arrive des choses tristes, des choses gaies, et certaines restent inexplicables. Larry veut comprendre ce qu’il a fait de mal, il veut savoir ce qu’il a fait de répréhensible moralement pour pouvoir redresser la barre, se corriger, et ne plus subir des choses aussi pénibles et douloureuses. Mais en fait, il n’a rien fait de mal, il a juste vécu !» Michael Stuhlbarg rappelle la citation qui ouvre le film : ««Reçois avec simplicité tout ce qu’il t’arrive». Voilà une devise formidable à garder à l’esprit pour vivre chaque jour…»
Mary Zophres conclut : «Ce film est une comédie de l’angoisse ! Il y a du drame, du chagrin, et pourtant tout cela est raconté avec beaucoup d’humour. Pour moi, c’est exactement comme la vie.»

Sur le tournage de A Serious Man

Le 12 Septembre 2008 - Adam Arkin devient sérieux

L’acteur Adam Arkin vient de rejoindre le casting de Serious Man, la nouvelle comédie noire des réalisateur et producteurs Joel et Ethan Coen. Adam Arkin est un visage régulier dans la série Life, sur NBC.