L’histoire
1962. La menace d’une guerre nucléaire est réelle. La peur s’empare du Monde. Les valeurs de la société sont empreintes d’un manichéisme simpliste, mais les complications des relations humaines restent aussi tortueuses que celles d’aujourd’hui. Adapté du roman éponyme de
Christopher Isherwood, paru en 1964 (et En france sous le titre « un homme au singulier » )
A single man est écrit, réalisé et produit par
Tom Ford. Le scénario a été coécrit avec
David Scearce, et coproduit par
Chris Weitz,
Andrew Miano et
Robert Salerno.
Se déroulant à Los Angeles, au pic de la crise des missiles de cuba,
A Single man suit le destin de George Falconer, un professeur d’université Britannique (
Colin Firth), luttant pour retrouver un sens à sa vie après la Mort de son compagnon, Jim (
Matthew Goode).
A single man est le récit romantique d’un amour interrompu, de la solitude inhérente à la condition humaine, et, finalement, de l’importance des petits moments de la vie.
Etudiant,
Tom Ford était déjà fanatique de cinéma, et en particulier familier de films capables de l’émouvoir. Depuis 25 ans, son travail de directeur artistique en photographie et en campagnes de publicités pour l’industrie de la mode l’a aidé à comprendre la composition de plan, la lumière et l’importance des images lorsque l’on raconte une histoire. Mais
Tom Ford reconnaît que le style et l’image peuvent aussi tuer un film s’ils sont utilisés sans fond, sans un message méritant d’être mis en avant. Pour
Tom Ford, rien ne surpasse le récit : « j’ai l’impression que nous avons perdu l’habilité de faire des films avec des personnages aux dialogues forts. Ce sont les films les plus gratifiants pour moi, en tant que spectateur. C’est donc le genre de film que je me suis attelé à faire. »
A single man était pour
Tom Ford la bonne histoire au bon moment : « j’ai toujours été guidé en mon for intérieur par une sorte d’intuition, et ça m’a toujours réussi. L’intuition est une donnée extrêmement importante dans la mode, puisqu’il vous faut savoir ce dont les gens auront envie un an en avance. J’ai passé près de deux ans sur le scénario dont il y a eu beaucoup de versions. »
« Lorsque vous imaginez une scène en l’écrivant, il n’y a aucun problème. Les acteurs disent leurs répliques parfaitement. Le plan est sublime. Mais tout cela, c’est parce que vous travaillez hors de la réalité. »
Tom Ford a posé une option sur le roman de
Christopher Isherwood ainsi que sur un scénario déjà fini de
David Scearce, mais réalisa vite que ni l’un ni l’autre ne pourraient donner le film qu’il voulait faire. Il décida donc de créer ses propres éléments d’intrigue et donc, de réécrire un scénario de son côté. Le scénario final diffère énormément du livre et du scénario précédent, mais ce qui guidait Ford pendant toute l’écriture, c’était de maintenir l’essence de l’histoire. Il a vite compris que le monologue intérieur qui faisait le corps du roman d’Isherwood, ne marcherait pas visuellement dans le film, et a ainsi créé un certain nombre de rencontres personnelles tout au long de la journée de George.
Tom Ford a ajouté une donnée supplémentaire particulièrement significative à l’histoire – le projet, pour George, de se suicider à la fin de cette journée. « George vit dans le passé, il lui est impossible d’envisager un futur et de se libérer d’une profonde dépression. Pensant qu’il voit les choses pour la dernière fois, il commence à appréhender le monde différemment, et réalise que pour la première fois depuis des années, il vit dans le présent, et se retrouve confronté aux beautés du monde. »
Le héros
Même si le héros de l’histoire est homosexuel,
Tom Ford souligne que le film transcende la question de la sexualité : « le film aborde le sujet de la solitude et de la perte de l’être cher. L’histoire pourrait être la même si c’était la femme de George, plutôt que son compagnon, qui mourrait. C’est une histoire d’amour, et la quête d’un homme pour un sens à sa vie. Le thème est universel. »
Tom Ford a laissé une forte empreinte autobiographique sur
A single Man. Le suicide que George prépare durant tout le film est la réplique d’un suicide ayant eu lieu dans la famille du réalisateur.
Mais surtout, il a traversé une période aussi difficile que celle que vit George, il y a quelques années : « il y a beaucoup de moi dans ma version de George. Beaucoup de gens ont une sorte de crise spirituelle à la quarantaine. Matériellement parlant, j’ai réussi très tôt : sécurité financière, célébrité, succès professionnels. J’avais une vie personnelle remplie et un partenaire extraordinaire qui partageait ma vie depuis 23 ans, deux chiens fantastiques et beaucoup d’amis, mais, d’une certaine manière, je me suis un peu perdu. En tant que créateur de mode, on passe son temps tourné vers le futur, créant des collections plusieurs années avant qu’elles ne se retrouvent en magasins. Notre culture encourage les croyances selon lesquelles tous nos problèmes peuvent être résolus par des choses matérielles. J’avais complètement négligé le côté spirituel de ma vie. »
Ford s’est ainsi intéressé à des questions philosophiques comme le tao te ching et autres travaux introspectifs : « en relisant le livre d’isherwood, j’ai réalisé que c’était un roman écrit par le vrai moi, au sujet du faux moi.
Christopher Isherwood était un disciple du vedânta, et cela est flagrant dans le livre. C’est incroyablement spirituel et cela se centre particulièrement sur les difficultés de vivre dans le présent. Je pense que les personnes familières de mon style dans la mode seront surprises par ce film. Il est très personnel, et c’est une expression d’une facette de ma personnalité que la plupart des gens ne connaissent pas. »
Du scénario au film
Après avoir été satisfait de son scénario, le projet s’est monté en assez peu de temps, eu égard des délais normaux du processus de production d’un film.
Julianne Moore a été la première à dire ‘oui’. « le rôle de George a été le plus dur à distribuer : il y a très peu d’acteurs dans le monde faisant preuve de la sensibilité nécessaire pour le jouer. » À l’origine,
Colin Firth était engagé sur un autre film. Mais lorsque les dates de tournage de
A single Man ont changé, il s’est retrouvé disponible.
Tom Ford a pris le premier avion pour londres pour convaincre
Colin Firth d’accepter le rôle : « ce qu’il y a d’incroyable avec Colin, c’est sa capacité à transmettre ce qu’il pense à travers son regard, presque sans bouger le visage et sans dire une seule réplique. La technique de jeu subtile de firth était en parfaite adéquation avec le personnage de George. » Il continue : « Julianne était fantastique sur le tournage. Elle pouvait bavarder avec Colin jusqu’au « action ! » et immédiatement se retrouver dans son personnage avec son accent britannique. Mais on ne sait jamais comment les acteurs se préparent dans leur tête… »
Julianne Moore interprète charley, la meilleure amie de George, fortement portée sur le gin tanqueray.
Les personnages
Comme Ford l’explique : « j’ai construit une nouvelle charley à partir de celle du livre. C’est une sorte de somme de mes amies filles et de ma grandmère. J’ai aussi créé un précédent à George et charley pour illustrer les relations que j’entretiens avec différentes femmes dans ma vie. La charley d’isherwood était moins complexe, et en tout cas, moins séduisante. Trois de nos personnages principaux traversent une période de transformation dans leur existence.
Charley, tout comme George, est en pleine crise de la quarantaine, et, comme lui, est incapable d’envisager son futur. »
Matthew Goode joue le rôle de jim, le compagnon décédé de George. Le personnage de jim représente pour George tout ce qu’il y a de positif aux États-Unis. Il est franc, pas compliqué, honnête et surtout, incroyablement sûr de lui : « Matthew était parfait pour le rôle. Il a cette fraicheur qui nous a donné exactement ce que l’on recherchait, mais son jeu est totalement différent de celui de Colin ou de Julianne. Il était beaucoup plus relâché, beaucoup plus dans l’improvisation, ou en tout cas, c’est ce qui transparaissait sur le plateau. Le résultat final est fantastique. »
Tom Ford chante aussi les louanges de
Nicholas Hoult, dont le personnage, kenny, est un étudiant de George qui pense avoir trouvé l’âme-sœur en la personne de son professeur. Kenny est en train de devenir un homme et de prendre conscience de sa vraie nature. « Nicholas était absolument génial. Il avait à peine 18 ans lorsque nous avons tourné. Sur un plateau, il est très sérieux et très professionnel, ce qui contraste énormément avec le jeune homme flamboyant qu’il est dans la vie. Hors caméra, il est à mourir de rire. » dans le film, kenny est une sorte d’ange qui veut sauver George. Même les petits rôles du film ont une importance symbolique.
Tom Ford décrit carlos, le gigolo dont George croise la route, joué par
Jon Kortajarena, comme une « fleur humaine… À ce point du récit, George est époustouflé par la beauté du monde, et lorsqu’il découvre carlos, il est envoûté. Son attirance pour lui n’est pas sexuelle : il veut juste pouvoir contempler la beauté absolue de carlos. Au final, il a une discussion très urbaine avec carlos, puis passe son chemin. »
Ginnifer Goodwin interprète mrs strunk, la voisine exaspérante de George qu’il perçoit d’une façon nouvelle et rafraîchissante. Le rôle de grant, un collègue de George qui personnifie les peurs qui imprègnent la culture américaine, est joué par
Lee Pace. L’une des plus grosses difficultés pour
Tom Ford fut la très courte période de pré-production qui mit une pression énorme sur l’équipe de préparation pour trouver les bons décors dans la région de Los Angeles. Ford raconte : « il nous fallait trouver un collège désaffecté qui puisse être chronologiquement juste » .
Les décors
L’équipe trouva une petite école en face du norton simon museum de pasadena. Plus difficile encore fut la recherche de la maison de George, qui devait être en accord avec les besoins cinématographiques de
Tom Ford : « le personnage de George est britannique… je voulais quelque chose de moderne, tout en étant remplie de boiseries… chaleur et boiseries, c’est ce qui me semblait juste pour George. Mais je voulais aussi une maison de laquelle je puisse m’éloigner pour prendre de beaux plans architecturaux afin de montrer son monde dans son intégralité. »
Tom Ford et
Arianne Phillips, la créatrice des costumes ont du travailler sous la pression pendant cette courte préparation : « Arianne était fantastique, elle m’a épaulé dans énormément de situations. Elle a un réel regard, mais qui ne se limite pas aux vêtements. C’est une créatrice de costumes extraordinaire : elle a réussi à créer toute une galerie de costumes d’époque en très peu de temps et avec très peu d’argent. »
Tom Ford a fait faire la garde-robe de firth et de hoult à milan.
L’équipe
Tom Ford raconte : « je n’avais pas de directeur de la photographie (
Eduard Grau) jusqu’à quelques semaines avant le début du tournage. J’avais vu tellement de bandes démo de directeurs photo, et je ne trouvais personne de disponible et qui me semblait juste. Un jour, un dvd est apparu sur mon bureau avec le nom
Eduard Grau dessus.
Je l’ai mis dans mon ordinateur, et j’ai tout de suite su que j’avais trouvé mon dp. Eduard est venu le lendemain de Londres, on a déjeuné chez musso & frank’s, on a parlé quelques heures, et je l’ai engagé. Je ne l’ai pas regretté. Il a un réel œil, de grandes connaissances techniques malgré son jeune âge (28 ans) et sa sensibilité européenne s’accorde bien avec la mienne. On a très bien travaillé ensemble et je pense que c’est un vrai artiste. On a aussi eu la chance de pouvoir travailler avec une équipe caméra fantastique et très expérimentée, et un super chef machiniste, jim plannette. »
L’aspect visuel du film était primordial pour Ford, puisqu’il y voyait un moyen d’aider le public à comprendre les personnages, et plus spécialement, à mieux appréhender ce que George ressent tout au long de sa journée : « l’utilisation de jeux de couleurs a une place prépondérante dans le film. Dans le livre, nous sommes à l’intérieur de la tête de George, nous savons donc à chaque instant les émotions qu’il ressent. J’avais besoin d’un moyen de faire passer les humeurs de George au spectateur.
Au début de la journée, l’humeur de George est au plus bas, les couleurs sont désaturées et la lumière est assez plate, il est tellement déprimé que la vie n’a pour lui plus aucune couleur, littéralement. Au fur et à mesure que George avance dans la journée, et qu’il est confronté à de réelles visions de beauté, les couleurs à l’écran augmentent, reflétant la meilleure humeur de George. Cela commence lorsque George rencontre jennifer strunk à la banque. Avant de s’ouvrir à la vie, George trouve la jeune femme irritante et puérile. Lorsqu’il tombe dessus à la banque, il la voit finalement pour ce qu’elle est vraiment : une charmante, fraîche et très jolie jeune femme, et a une conversation agréable avec elle. Lorsque le soir arrive et que la beauté du monde qui l’entoure redonne goût à la vie à George, nous sommes presque entièrement en technicolor.
Tom Ford a tourné le film en 21 jours, ultra-organisé pour pouvoir faire face au travail de chaque jour.
Abandonnant les story-boards avec lesquels il avait commencé, il fit à la place une liste détaillée des plans de chaque angle de caméra, pour chaque scène. L’expérience de ses acteurs ainsi que les efforts communs de son équipe ont permis à la production d’avancer relativement vite.
Tom Ford ironise : « je poussais le directeur de production à aller plus vite, alors que d’habitude, c’est l’inverse… je pense que pour que ce genre de projet marche, il faut s’entourer d’une équipe qui pense que ce que vous êtes en train de faire est la chose la plus importante de leur vie. »
Connaissant le dur labeur des gens dans l’industrie de la mode,
Tom Ford eut un respect renouvelé pour cette équipe de tournage qui ne comptait ni les efforts ni les heures, et ce, des semaines durant. Comme il le fait remarquer, même si « tout s’est passé comme sur des roulettes » , il ne s’octroyait que deux ou trois heures de sommeil par nuit, tout au long du tournage.
Le tournage
Tom Ford pense que son expérience dans le monde de la mode lui a donné un réel avantage lorsque est venu le moment de réaliser. Comme il le remarque lui-même : « une de mes grandes forces en tant que réalisateur tient dans mon habitude de travailler avec de nombreuses personnes, tentant d’en tirer le maximum en les poussant à être les plus créatives possibles, tout en leur donnant une direction, et en les guidant vers ma vision. » sa plus grande surprise en tant que réalisateur d’un premier film, vint du montage et de son processus : « j’ai passé six mois en montage. Si on m’avait demandé avant combien de temps je pensais que ça allait prendre, j’aurais dit la moitié. Je n’avais pas réalisé à quel point on pouvait changer le sens d’une scène, ou même d’un film entier, simplement avec le montage. J’ai eu la chance de travailler avec
Joan Sobel, une monteuse particulièrement stimulante, qui est devenue une de mes collaboratrices les plus proches. »
Tom Ford trouve que le montage, c’est comme un « rubik’s cube. Je me suis plongé dans le film et l’ai tordu et tourné dans tellement de directions différentes que ça finissait par m’épuiser. »
Tom Ford et le cinéma
Une des passions de
Tom Ford pour le cinéma tient dans son amour des bandes originales de films. Très tôt, il avait déjà une bonne idée de ce qu’il voulait faire de la musique de
A single Man : « d’habitude, lorsqu’on voit un film dont l’action se situe dans les années 60, il est truffé de morceaux populaires de l’époque, ce que je trouve un peu mièvre et pas du tout adapté à un film basé sur l’émotion et sur le parcours intérieur de son protagoniste. J’ai donc essayé d’imaginer le genre de musique que George avait dans sa tête. »
Le premier appel pour un compositeur s’est fait au-dessus du pacifique, vers le japon : « j’ai toujlours aimé le travail de
Shigeru Umebayashi et les films de wong kar wai, en particulier le thème qu’ume a composé pour in the mood for love. C’est une de mes musiques de film préférée. »
Shigeru Umebayashi prit l’avion de tokyo pour venir rejoindre
Tom Ford à Los Angeles. Ils visionnèrent le film ensemble plusieurs fois : « il a composé trois thèmes pour le film, qui saisissaient parfaitement l’esprit et le personnage de George. »
Limité en temps et en budget,
Tom Ford se lança dans la recherche d’un jeune compositeur pour écrire le reste de la bande originale : « j’ai écouté tout ce qui me passait sous la main, et suis tombé sur
Abel Korzeniowski, et sa musique m’a vraiment touché. Il est très talentueux, et j’ai eu la chance de le trouver à ce moment de sa carrière. »
Tom Ford a travaillé de manière très rapprochée avec korzeniowski pour capter la bonne ambiance de chaque scène, et fut particulièrement ému par cet aspect du processus de production du film lorsque l’orchestre enregistrait : « j’ai toujours su que je voulais une bande originale avec beaucoup d’ampleur. Je voulais un thème de début d’une grande richesse, et je voulais que la musique rentre dans les canons classiques de la vraie bande originale de film.
À plusieurs moments il n’y a pas de dialogue dans
A single Man. Nous regardons juste George agir. Le son, ou l’absence de son y était alors primordial. Le silence était aussi pour moi un élément très important. Les moments les plus saisissants d’un film peuvent être silencieux. Cela pousse à vraiment faire attention. » en travaillant sur le projet,
Tom Ford restait conscient des genres de films qui le transportaient lui, en tant que spectateur de cinéma : « un grand film, ça vous hante, c’est divertissant tout en vous faisant réfléchir. De cette manière, j’espère que
A single Man pousse à se poser des questions… À penser à certaines choses comme jamais vous n’y aviez pensé avant. »