Notes de Prod. : Abîmes

    en DVD le 18 Mars 2004
La porte est hermétiquement close et vous devenez seul prisonnier d'un espace confiné sous des milliards de tonnes d'eau. Quelle issue avez-vous à part affronter ce qui vous menace ?
Aucune, même si le pire vous attend…
David Twohy nous entraîne loin sur la surface de l'océan et des êtres, à la poursuite de nos peurs les plus sourdes, les plus terrifiantes. Dans un environnement claus trophobe, il met en scène un univers de suspense, de terreur et de suspicion.

Vingt Mille Lieues sous l’enfer

Darren Aronofsky, co-scénariste avec Lucas Sussman et David Twohy, a eu l'idée de ce thriller :
"L'univers des sous-marins m'a toujours fasciné. C'est un monde à part, loin du nôtre. Comme une petite planète, ses habitants doivent gérer leur air, leur nourriture, leurs relations et leurs angoisses. Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes…
L'arrivée de trois étrangers dans ce vase clos va tout déséquilibrer, à moins que ces nouveaux venus ne fassent que révéler ce qui guettait depuis longtemps."


David Twohy, ajoute :
"Bien sûr, les pannes peuvent surgir dans n'importe quelle machinerie ; chacun peut devenir fou même à la surface, et les crimes n'ont pas lieu que dans les sous marins. Mais la conjonction et l'importance croissante des phénomènes font peser sur les protagonistes une pression au moins aussi grande que celle de l'océan qui les recouvre."
"L'idée était de jouer avec nos craintes les plus primaires et de les additionner.
L'équipage est confronté à la peur de l’inconnu et à la claustrophobie. Il se méfie des inconnus, alibis de ce qui semble être inexplicable. Le cocktail est explosif : un milieu réduit et clos, une menace mortelle. La tradition prétend qu'une femme dans un sous-marin porte malheur, et l'un des rescapés en est une…"


Tous les ingrédients sont réunis pour un moment de pure angoisse dans un des lieux les plus spectaculaires qui soient.

David Twohy explique :
"Nous avons concentré en un seul lieu toutes les frayeurs, qui sont accentuées par l’univers clos du sous-marin. Certains phénomènes techniques exacerbent tout : les bruits, les mystères, la présence de cette femme qui perturbe chaque homme, les apparitions effrayantes évoquant le surnaturel. Chacun de ces éléments construit un climat psychologique oppressant. A chaque instant, le spectateur peut se demander si ce que ressent l’équipage est le fruit de leur imagination portée à ébullition ou s'il s'agit d'une incursion dans un autre monde."
"La raréfaction de l'oxygène et la modification de la composition de l'air ont des incidences sur les perceptions humaines. La population d'un sous-marin y est particulièrement exposée du fait de la nature hermétique et limitée du lieu. Les spécialistes savent que cette situation de manque peut provoquer des hallucinations ou des comportements excessifs. Dans le film, c'est un paramètre avec lequel nous jouons. Le manque d'air est-il la cause, ou un moyen de compliquer la survie de l’équipage ?"


Prisonniers de l’océan, d’eux-mêmes et de quelques chose de bien pire….

L'équipage de l’USS Tiger Shark est composé de jeunes sous-mariniers souvent inexpérimentés.
Ils reviennent d'une mission périlleuse et subissent le stress d'une fin de combat. Ils sont rescapés des mines sous-marines, ont vécu pendant des semaines au rythme des sonars, dans la crainte d'être repérés et coulés. Leur véritable aventure ne réside pourtant pas là. Elle débute alors qu'ils rentrent à leur base, pressés d'y trouver le repos auquel ils aspirent. L'ordre de recueillir trois rescapés dont une femme va tout bouleverser, tout déclencher, tout réveiller…

Le réalisateur confie :
"Les nombreux documents et témoignages sur la Seconde Guerre mondiale nous apprennent beaucoup de choses sur la vie à bord des sous-marins et les équipages. La moyenne d'âge était assez basse, seuls les gradés pouvaient être plus anciens. Ces jeunes hommes n'étaient absolument pas préparés à vivre concrètement la pression d'une vie d'enfermement, entre traque des U-Boats et peur d'être pris pour cible. Ils forment une population extrêmement sensible au stress, mais aussi, du fait de leur jeunesse et de leur vigueur, parfaitement capable d'avoir toutes sortes de réactions…"

Depuis la disparition du capitaine, c'est le lieutenant Brice qui dirige le sous-marin. Pour l'interpréter, il fallait un comédien ayant de la prestance, mais aussi une capacité à paraître tour à tour humain ou fort de son grade. C'est l'acteur Bruce Greenwood, déjà remarqué pour son interprétation du Président Kennedy dans TREIZE JOURS, qui a été choisi.

Il poursuit :
"Dans son rôle, Bruce inspire confiance. Il tente de guider et de maintenir le moral et l’équilibre de son équipage, mais il sera confronté à certains événements, n’ayant pas de rapport avec sa formation."

L'acteur confie :
"A la surface, c'est la guerre ; en dessous, c'est l'enfer ! J'ai tout de suite aimé l'histoire. Elle est très prenante, mélange les genres et les porte à un niveau rarement atteint. Le film fait peur, l'histoire oblige à se poser des questions sur ce que l'on voit et sur nous-mêmes. Que ferions-nous si nous étions prisonniers de l’USS Tiger Shark ?"

Pour se préparer au tournage, l'ensemble des comédiens a subi une préparation de base. Ils ont appris les rudiments de la vie en immersion ainsi que les différentes procédures de manoeuvre, la hiérarchie et les tâches quotidiennes.

David Twohy se souvient :
"Nous avons utilisé le décor hydraulique construit pour le tournage aux studios de Shepperton. Puis des instructeurs nous ont appris les comportements à adopter et les mécanismes des sous-marins. Nous étions à mi-chemin entre une colonie de vacances et une université d'été. C'est après que les choses se sont corsées…"

Un autre monde, un autre genre…

David Twohy observe :
"Le film de sous-marin est un genre ultra-codifié. Les grands classiques ont imposé des principes, des axes et des ambiances. Nous avons tous une perception inconsciente de ce genre de film, fait de coursives encombrées de tuyaux, de lumières rouges et de résonances de sonars. Pour ABIMES, je souhaitais me démarquer de ces habitudes. L'histoire est originale et je désirais que l'image le soit aussi. Nous n'avons pas abordé le film comme s’il se déroulait dans un sous-marin, mais comme un huis clos surnaturel dont les protagonistes seraient piégés dans le pire des endroits. Cela aurait pu être une maison, un château, un labyrinthe souterrain, mais le sous-marin est un peu tout cela à la fois, et avec une puissance dramatique bien supérieure."
"J'ai centré la mise en scène sur les individus, pas sur la machinerie. Ce sont les peurs qui m'intéressent. Le sous-marin n'est qu'un décor. Le coeur du film se joue dans la relation entre les passagers, ce qu'ils découvrent et la perception de ce qui leur arrive. Le sous-marin aggrave les choses, les rend plus urgentes. Il concentre géographiquement et temporellement. Ce qui fait vraiment peur est bien au-delà."


Par l'utilisation des lumières, le travail des ombres et le jeu des comédiens, David Twohy a donné une dimension de film noir à son thriller. Il joue sur les situations, le positionnement des comédiens et leur relation. Le non-dit, le suggéré a beaucoup d'importance.

Le tournage

La crédibilité de l'environnement est essentielle pour permettre au spectateur de se plonger dans le climat du film. Les intérieurs de l’USS Tiger Shark ont été construits aux studios de Shepperton, en Grande-Bretagne.
Charles Lee, le chef décorateur, a conçu un intérieur conforme à la réalité, équipé pour répondre aux désirs de mise en scène du réalisateur et aux nombreux effets spéciaux.

Il raconte :
"Tout le décor était monté sur plate-forme hydraulique, permettant ainsi la réaction et le tremblement en une fraction de seconde. Se retrouver sur ce monstre de plusieurs dizaines de tonnes et se faire balader comme un grain de raisin sur un plateau-repas avait quelque chose de très impressionnant. David souhaitait une totale liberté de mise en scène. Il ne voulait pas se retrouver prisonnier des structures. Nous avons donc conçu un décor dont chaque élément, chaque mur, pouvait être démonté pour laisser la place à l'équipe de tournage."
"C'est une approche très inhabituelle pour des films de ce genre. Le résultat brise toutes les règles et repousse les limites du genre. Ce film ne ressemble à rien de ce qui s'est fait dans un sous-marin. C'est un croisement de film d'horreur, de huis clos psychologique, de film policier et d'aventure surnaturelle. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la pression ne retombe pas une seconde et que les rebondissements vous clouent sur place."


Pour les prises de vues extérieures, l'équipe a reçu l'autorisation exceptionnelle de tourner sur l'USS Silversides, un authentique sous-marin de la Seconde Guerre mondiale qui envoya 23 bâtiments japonais par le fond. Normalement basé à Muskegon, dans le Michigan, le sous-marin a été remorqué jusqu'au lac Michigan où ont eu lieu les prises de vues.
Tout l'éventail des effets spéciaux modernes a été sollicité pour ABIMES. Certaines scènes navales ont été filmées avec des maquettes, d'autres effets ont été réalisés avec des images de synthèse ou des effets optiques.