Quelle a été votre implication dans l'écriture du scénario d'Accident ?
Je n'ai jamais été un scénariste au sens strict, mais pour chacun de mes films, je travaille étroitement avec les scénaristes sur l'écriture, du début à la fin, en faisant des séances de travail régulières avec eux. Je n'ai jamais réalisé de film à partir d'un scénario déjà existant. Je suis toujours parti d'un concept, d'un projet à écrire. Concrètement, je participe activement au travail de développement afin de cerner les personnages, de les définir. C'est ma façon de dialoguer avec eux, de comprendre leurs motivations et le fil de leurs pensées. Cela rend le processus plus long, mais cela m'intéresse beaucoup.
C'est difficile de filmer Hong Kong de façon novatrice? Tant de films ont Hong Kong pour décor principal...
Chaque histoire est singulière, et induit une façon de regarder le monde, et une atmosphère. Moi, je suis né à Macao, c'est pourquoi je vois Hong Kong avec un regard différent, extérieur. Dans
Accident, tous les lieux de tournage sont liés à la sensation que j'ai ressentie quand je suis arrivé à Hong Kong et qui, en l'occurrence, est très proche de celle qu'éprouvent les personnages du film : ils se baladent dans les rues, mais ils sont comme absents à ce qui les entoure, ils ont sans cesse l'esprit ailleurs. Cela pousse à filmer la ville de façon différente.
C'est la première fois que vous mettez en scène un film qui fait la part aussi belle à la psychologie de ses personnages...
Un film qui se concentre sur l'analyse psychologique du personnage principal, c'est effectivement un nouveau défi pour moi. Quand on a commencé à écrire les scènes, et en particulier le personnage du Cerveau, le fait qu'il maquille les meurtres en
Accidents nous a tout de suite aidés à le créer. Le Cerveau est forcément un être calme, posé, qui agit en toute discrétion, qui sait ne pas se faire remarquer, se fondre dans la foule. Chaque geste, chaque scène que nous avons écrites allaient dans ce sens. Par exemple, toutes ses réflexions avant de commettre un crime, sa façon de gérer l'attente avant le meurtre, la façon très méticuleuse dont il procède, son attention aux détails. Tout cela aide à créer des scènes d'action originales.
Comment avez-vous choisi Louis Koo et Richie Jen?
Je n'avais pas beaucoup travaillé avec
Louis Koo, mais je le connaissais. C'est un très bon acteur. Il a un certain charisme. C'est aussi quelqu'un de réservé. Il ne se confie pas beaucoup, mais c'est un ami sur lequel vous pouvez compter en cas de besoin. Il a un caractère proche de celui de son personnage, parce que lui-même, à cause de sa notoriété, a appris à se protéger, à garder du recul. Il n'expose jamais sa vie privée, bien au contraire, il cultive le mystère, exactement comme le Cerveau, donc je savais qu'il se glisserait sans problème dans la peau du Cerveau de l'histoire. Richie Jen est très proche de sa famille, il a une femme et des enfants, et il parvient à mener une vie à peu près normale, bien qu'il soit une vraie star à Hong Kong. J'insiste sur ce point car en cela, il est très proche de son personnage dans le film : un individu ordinaire mais avec quelque chose de plus torturé en lui. Comme s'il cachait sa vraie nature. C'est exactement ce qu'il me fallait pour ce personnage.
Quand on voit votre film, on se dit que Brian de Palma aurait aimé filmer ce genre d'histoires. Entre le cinéma américain et le cinéma asia- tique, lequel vous a le plus influencé ?
Cela change, en fonction de ce que je vis, des films que je fais. A chaque étape, il y a des réalisateurs qui me plaisent et m'influencent plus que d'autres. Mais ce que je préfère, en règle générale, c'est le cinéma populaire. Des films comme
Alien de Ridley Scott ou
City On Fire de Ringo Lam, c'est-à-dire, des films très commerciaux mais qui en même temps reflètent tout à fait la personnalité de leurs auteurs. Ce sont des films qui ont du caractère et les réalisateurs de ces films sont ceux qui m'inspirent le plus. Selon le sujet des films que je réalise, je choisis de voir ou de revoir certains de ces films. Le travail des autres réalisateurs est toujours une source de réflexion qui vous éclaire sur vos propres films.
Vous avez travaillé avec Ringo Lam et Johnnie To. Que vous ont-ils appris ?
J'ai été l'assistant de Ringo Lam. Nous sommes devenus des amis. Durant toute notre collaboration, j'ai pu observer comment il conçoit le cinéma, comment il travaille ses scénarios, comment il arrive à les rendre limpides. Comment créer et parvenir à se remettre en question afin de devenir meilleur, ce sont ces questions que j'ai appris à me poser avec Ringo Lam. Mon travail avec
Johnnie To est d'un autre registre. Lorsque nous nous sommes rencontrés, j'étais déjà réalisateur, mais je voulais faire évoluer ma façon de filmer. J'ai appris avec
Johnnie To un autre langage cinématographique, d'autres bases, une façon différente d'approcher la mise en scène.
Ce film est moins violent que vos précédents. Vous aviez envie de vous attaquer à un
nouveau genre ?
Les films fantastiques, les films d'action, les films
violents, il n'y a pas de genre qui m'ennuie. J'aime avant tout changer, évoluer, je suis toujours à la recherche de nouvelles expériences. Avec
Accident, j'ai voulu m'essayer au suspens. J'aime relever des défis, me confronter à de nouvelles difficultés. C'est excitant. Ne pas savoir comment cela va se passer, cher- cher des solutions à des problèmes que vous n'aviez jamais rencontrés, je trouve cela très intéressant.
Est-ce que, comme Johnnie To, vous aimeriez faire certains films plus particulièrement dédiés au public de Hong Kong, et d'autres, plus universels ?
Je ne suis pas contre l'idée de faire des films pour plaire avant tout aux spectateurs de Hong Kong. L'important c'est plutôt de se demander si je veux faire un film pour le business ou pour le sujet qu'il traite. Ce n'est pas la même chose. Je suis convaincu que lorsqu'un film vient du cœur, cela se voit. Faire des films à portée internationale a toujours été l'un de mes souhaits, mais je n'en suis pas encore là : chaque chose en son temps...