On prétend qu’il faut toujours regarder de l’avant. Anticiper. Moi je continue de songer au passé. Je garde l’image des enfants que nous étions. À l’intérieur je n’ai pas changé. C’était la dernière chance de capturer cela avant que ça n’ait disparu. Je ne voulais pas attendre qu’on soit vieux pour faire un film. Nous nous sommes dit qu’on pouvait tout aussi bien le faire maintenant. Avec les authentiques protagonistes, au lieu d’acteurs se faisant passer pour de vrais gens.
Ça peut fonctionner très bien, mais pas pour ce film-là. Je veux que Holger soit Holger, pour de vrai et pour de faux. Je veux contempler la vie de tous les jours, pas une version enjolivée par les artifices habituels au cinéma. La vie avant et après un tournant décisif reste généralement la même, pas vrai ? Pour moi, le film parle de deux meilleurs amis.
Des mecs ayant choisi de faire passer le lien qui les unit avant tout le reste : les filles, la famille, l’avenir. Les vacances d’été sont comme une bulle où le temps s’est arrêté. Tout reste ouvert mais rien n’apparaît particulièrement attirant. La traversée de la vie comme une tranquille promenade d’été, où jusqu’à la décision la plus fatidique s’impose simplement. Même si c’est la fin. L’été est semblable à un rêve, planant au-dessus de la mer au crépuscule. Nous avons beaucoup parlé de Holger, de John, Jörgen et David (d’autres encore, nombreux, dont je me souviens), sans oublier les parents. J’ai probablement aussi beaucoup parlé de moi.
L’idée qu’il fallait en faire un film. Sur nous. Au départ on avait parlé d’écrire un livre, de prendre des photos. Mais ça ne semblait pas approprié. (Enfin, là encore, qu’est-cequi peut l’être ?) Je voulais leur montrer à tous, non pas tant comment ils sont que comment je les vois. Pour moi ils sont des personnages et je suis vraiment heureux qu’ils aient accepté de jouer le jeu.
De manipuler/s’amuser avec leur propre personnalité, d’accepter de n’en montrer qu’un aspect, tout en me faisant confiance. Je ne considère pas ce film comme le mien. Il possède sa vie propre.Il s’est réalisé tout seul (c’est le cas des bons films en général).
Né de nos souvenirs communs qui se sont animé devant nos yeux et pour la caméra. Souvenirs d’enfance. Jamais je ne vous oublierai. Cette histoire dépeint des émotions et, pour l’essentiel, est racontée avec émotion. Ce qui ne veut pas dire qu’elle parle des émotions. Il y a une grosse différence. Je veux voir des films où on me laisse le choix. C’est la meilleure méthode, j’en ai la conviction. Ça sonne bizarrement, dit comme ça.
Bon sang, ce que je veux dire c’est qu’il est possible de raconter (filmer) une histoire en se passant de toutes ces astuces dramaturgiques à l’américaine sur fond d’intrigue cousue de fil blanc. Je crois aux histoires qui sont honnêtes. Euh, c’est censé vouloir dire quoi au juste ? Je me relis, là, et je réalise que c’est ce qu’on veut tous, non ?
OK, disons ça autrement : je méprise les règles de la dramaturgie et les histoires qui gâchent la vérité qu’elles renferment. Par là j’entends, quand tout le monde a fini par oublier pourquoi vous avez eu, à l’origine, l’envie de raconter cette histoire… Quand ça devient juste raconter pour raconter. Ou une simple satisfaction égocentrique.
L’un ou l’autre. Je crois aux histoires dont le moteur est l’émotion, par opposition à la construction de personnages et à l’intrigue. Le public est intelligent. Il aime (nous aimons) réfléchir. Nous faire notre propre idée de ce qui se passe. Laissez votre narration conserver son honnêteté, lâchez le gouvernail, laissez-là libre et qu’elle dérive, s’élance et prenne son envol. Ne la rivez pas au sol sous le poids de chaînes terrestres puant la jalousie transatlantique.
Si jamais quelqu’un devait faire un film sur ma vie, alors pitié, pour l’amour de Dieu, que ce soit incohérent ! Ne renoncez pas !
Adieu,
Falkenberg… J’espère en avoir fini avec toi. D’aussi loin que je me rappelle tu m’as toujours accompagné, et cela durera toujours. Il s’est réalisé tout seul (c’est le cas des bons films en général). Né de nos souvenirs communs qui se sont animé devant nos yeux et pour la caméra. Souvenirs d’enfance. Jamais je ne vous oublierai. Cette histoire dépeint des émotions et, pour l’essentiel, est racontée avec émotion.
Ce qui ne veut pas dire qu’elle parle des émotions. Il y a une grosse différence. Je veux voir des films où on me laisse le choix. C’est la meilleure méthode, j’en ai la conviction. Ça sonne bizarrement, dit comme ça. Bon sang, ce que je veux dire c’est qu’il est possible de raconter (filmer) une histoire en se passant de toutes ces astuces dramaturgiques à l’américaine sur fond d’intrigue cousue de fil blanc. Je crois aux histoires qui sont honnêtes. Euh, c’est censé vouloir dire quoi au juste ? Je me relis, là, et je réalise que c’est ce qu’on veut tous, non ? OK, disons ça autrement : je méprise les règles de la dramaturgie et les histoires qui gâchent la vérité qu’elles renferment. Par là j’entends, quand tout le monde a fini par oublier pourquoi vous avez eu, à l’origine, l’envie de raconter cette histoire…
Quand ça devient juste raconter pour raconter. Ou une simple satisfaction égocentrique. L’un ou l’autre. Je crois aux histoires dont le moteur est l’émotion, par opposition à la construction de personnages et à l’intrigue. Le public est intelligent. Il aime (nous aimons) réfléchir. Nous faire notre propre idée de ce qui se passe. Laissez votre narration conserver son honnêteté, lâchez le gouvernail, laissez-là libre et qu’elle dérive, s’élance et prenne son envol.
Ne la rivez pas au sol sous le poids de chaînes terrestres puant la jalousie transatlantique. Si jamais quelqu’un devait faire un film sur ma vie, alors pitié, pour l’amour de Dieu, que ce soit incohérent ! Ne renoncez pas !
Adieu,
Falkenberg… J’espère en avoir fini avec toi. D’aussi loin que je me rappelle tu m’as toujours accompagné, et cela durera toujours.
Jesper Ganslandt