Notes de Prod. : Adieu Gary

    en DVD le 01 Décembre 2009

Entretien avec Nassim Amaouche

Adieu Gary se déroule en majeure partie dans une étonnante cité ouvrière totalement authentique. Comment l’avez-vous trouvée ?
Adieu Gary parle de la fin d’une certaine époque ouvrière...et du début d’une autre, d’une transformation. Le décor du film devait en être ce double reflet sans surligner mon propos. Plus simplement, je cherchais un lieu cinématographique. Mes producteurs et moi savions que cela n’allait pas être des repérages faciles et ils m’ont permis de les débuter très tôt. J’ai longtemps cherché et fini par trouver la Cité Blanche du Teil, en Ardèche, une cité ouvrière construite par le groupe Lafarge au début du siècle, qui a compté jusqu’à 1200 habitants et n’en abrite plus que 4 aujourd’hui. Elle porte tous les stigmates d’une époque révolue en étant toutefois encore habitée. Sa rue principale qu’on jurerait sortie d’un décor de western a fini de me convaincre totalement. Je n’avais quasiment rien à réécrire, à peine à adapter. C’était là-bas et pas ailleurs qu’il fallait tourner.

Elle contribue à l’atmosphère de réalisme poétique d’Adieu Gary.
Il est certain que cette cité impose un climat. Elle permet de naviguer entre une certaine réalité documentaire et des échappées fictionnelles qui me tenaient à cœur. Pour moi, la poésie c’est la capacité de saisir l’essence même du réel pour la tirer vers l’abstraction. Je voulais faire un film en prise directe avec une réalité sociale sans m’interdire quoi que ce soit au niveau formel, ne pas forcément aller vers le naturalisme absolu parce que mes personnages sont issus du monde ouvrier. Je comprends les réticences «morales» de certains réalisateurs qui ne veulent pas esthétiser la misère ; mais pourquoi s’interdire de «rendre beaux» ceux qui y vivent ? Les prolos ont eux aussi droit aux projecteurs, aux travellings et au 35 mm. La morale est pour moi la recherche d’une certaine vérité et la vérité n’est pas nécessairement la vraisemblance.

Une certaine tendresse émane d’Adieu Gary...
La tendresse n’est pas un gros mot à mes yeux. Je l’assume totalement. Au cinéma comme dans la vie, on a tendance à l’assimiler à l’angélisme voire à la mièvrerie. Je crois que la tendresse que vous ressentez dans le film n’empêche pas de saisir la véritable dureté du propos. Le dernier plan du film, par exemple, est pour moi d’une réelle violence parce qu’il exprime quelque chose d’arbitraire, de froid, d’implacable. Ma plus grande fierté serait d’avoir raconté une histoire qu’on peut trouver gentille, sucrée mais qu’au final, pendant le générique, les spectateurs se disent que le bonbon avait un arrière-goût acidulé. J’espère que mon film transmet cette ambiguïté.

Cette ambiguïté est là bien avant le générique de fin. Par exemple quand dans une scène, vous montrez un local syndical dont une pièce est devenue une mosquée. Ce qui met sur le même plan des croyances et des valeurs différentes.
Que dans certains quartiers populaires on soit plus sensible à la religion qu’à Karl Marx est une réalité objective ; j’ai fait de mon mieux pour rester descriptif, ne pas imposer de jugement. À titre personnel, je ne crois pas que la croyance religieuse aide à mieux vivre ensemble et pourtant je deviens plus optimiste lorsque je rencontre des gens qui croient fort en quelque chose plutôt qu’en rien du tout. La transformation de ce local en mosquée exprime à la fois une certaine tristesse (voire une certaine peur) et un réconfort possible face à un changement, des mutations, de l’énergie, de la vie qui s’affirment.

Vous montrez pourtant dans Adieu Gary une jeune génération quasi passive, acquise à certains travers du monde actuel. Par exemple quand ils sont en pleine partie d’un jeu vidéo sur la guerre en Irak...
Cette scène est purement inspirée de la réalité : à une époque, j’habitais à Belleville et n’ayant pas Internet chez moi j’allais dans un cybercafé où plein de gamins de toutes origines (dont beaucoup de jeunes issus de l’immigration maghrébine) jouaient ces jeux de guerre simulant la guerre américano-irakienne. Certains choisissaient de faire partie de l’armée américaine, d’autres d’être du camp des «terroristes». J’ai fini par leur demander ce qui guidait leur choix. Ils m’ont répondu que c’était le choix des armes, certains préféraient le fusil à lunettes et les tanks de l’armée américaine, d’autres les grenades et les armes blanches des Irakiens. Cela m’a déprimé. Je crois que j’aurais presque préféré qu’ils fassent des choix idéologiques. Encore cette préférence pour la croyance plutôt que pour le cynisme...

En contrepoint à ça, Samir, est le seul personnage qui fait un choix clair, assumé.
Il représente clairement pour moi, une idée de liberté. Il refuse une vie programmée, d’esclave. Il cherche sa voie propre, personnelle. J’aime tous les personnages du film, mais je suis particulièrement attaché à lui.

Autre attachement à la réalité d’Adieu Gary, cette facilité à montrer une famille aux membres de différentes origines, sans jamais les stigmatiser.
C’est venu très naturellement. Sans faire aucune comparaison avec mon film, la première fois que j’ai vu que c’était possible au cinéma, c’est avec Shadows de John Cassavetes. J’ai d’abord logiquement cherché à me repérer dans la famille qu’il filme où il y a des noirs, des mulâtres, des métis jusqu’au moment où je ne m’en suis plus soucié parce que ça n’a pas d’importance. Il l’impose en tant que tel, point. J’avais trouvé l’idée géniale. Elle m’a conforté dans le principe qu’il ne fallait pas s’attarder sur les origines des personnages d’Adieu Gary. D’autant plus que cette famille correspond à la France dans laquelle j’ai grandi. Je me suis malgré tout senti obligé d’apporter une petite justification : quand Francis parle de la mère de Samir et d’Icham, on comprend qu’il s’agit d’un mariage mixte. J’avais peur que sans cette explication le film nourrisse de mauvais questionnements.

Hormis Samir, il y a un autre personnage à part dans cette famille : José.
Je me suis inspiré d’une tradition des contes d’Afrique du Nord, où la figure du fou est importante. Généralement, il s’y avère que ce «fou» est soit la seule personne lucide, soit en fait purement symbolique. José, qui attend toute la journée le retour de son père qu’il prend pour Gary Cooper vient clairement de là. Cooper reste la pure incarnation du héros dont l’Amérique avait besoin après la crise de 1929 : viril, puissant. Le mythe triomphant du rêve capitaliste... Seul un fou peut croire qu’il reviendra...

Ce cow-boy amène forcément une part de mythologie. Avez-vous un attachement particulier à la figure hollywoodienne qu’était Gary Cooper ?
Non, pas spécialement, mais au genre du western énormément.

Notes de tournage...

Le 11 Juillet 2008 - Bacri et Molina dans Adieu Gary Cooper

Jean-pierre Bacri donnera la réplique à Angela Molina (Un Château En Espagne) dans le premier film de Nassim Amaouche, Adieu Gary Cooper. Basé sur un scénario original et non pas adapté du roman éponyme de Romain Gary, le film raconte l’histoire des derniers habitants d’une cité ouvrière. L’un d’eux, qui n’a jamais connu son père, est persuadé d’être le fils caché du célèbre acteur Gary Cooper.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 443 entrées
  • 1er jour IDF : 2 361 entrées
  • 1ère semaine IDF : 16 045 entrées
  • Cumul IDF : 35 454 entrées

  • 1ère semaine France : 33 700 entrées
  • Cumul France : 118 507 entrées