Notes de Prod. : Agora

    en DVD le 16 Juin 2010

Agora, un film historique

Une page d'histoire jamais abordée

«Fernando Bovaira, Mateo Gil et moi nous sommes plongés, pendant trois ans, dans des ouvrages d’histoire et d’astronomie. Nous nous sommes totalement imprégnés de l’Egypte du IVème siècle. Il est étonnant de se dire qu’un monde aussi fascinant -la Bibliothèque d’Alexandrie, le Canope, le Phare -ait été condamné à l’oubli, surtout de la part du cinéma.»
Après son Oscar pour Mar Adentro, Alejandro Amenábar emmène le spectateur dans une civilisation lointaine : Agora est un voyage hors du commun dans l’Egypte ancienne qui nous plonge dans la ville mythique d’Alexandrie et retrace la destruction spectaculaire de la Bibliothèque. Le film s’inspire de faits historiques qui n’avaient encore jamais été abordés au cinéma. Il s’agit du cinquième long métrage de son auteur.

Le réalisateur s’intéresse au parcours des Alexandrins, à leurs plaisirs et à leurs passions, à une époque de grands bouleversements. La révolte gronde dans les rues, amplifiée par le déclin de la civilisation gréco-romaine et l’influence croissante du christianisme. Symbole de tolérance entre les cultures, Alexandrie semble secouée par le type même de convulsions qui annoncent l’instauration d’un nouvel ordre. «Tout a commencé lorsqu’on s’est intéressé à la théorie de la relativité, observe le cinéaste. On a voulu en savoir davantage sur des concepts qui sont étroitement liés au cinéma, comme le temps et l’espace. Cette curiosité initiale nous a ensuite ouvert d’autres horizons.»
«On est tombés sur l’histoire d’Hypatie alors qu’on menait des recherches pour un projet de plus grande envergure, ajoute Mateo Gil. On voulait parler de ces gens qui parviennent à prendre de la hauteur par rapport à un événement historique qu’ils viennent de vivre en observant les étoiles et en se posant la question de savoir qui nous sommes, où nous sommes et quel est le sens de la vie... On a découvert que l’histoire d’Hypatie et de son environnement -l’Alexandrie de son époque- correspondait parfaitement à notre projet.»

Amenábar et Mateo Gil se sont alors plongés dans la biographie d’Hypatie et dans l’époque à laquelle elle a vécu. Ils ont d’abord été frappés de constater qu’il existe très peu d’informations à son sujet. Mais plus ils se documentaient sur le personnage, plus ils s’apercevaient que son parcours faisait écho au monde actuel : il s’agit d’une femme qui ose aller à contre-courant de son époque et qui défend les valeurs auxquelles elle croit, au péril même de sa vie. Les circonstances de sa mort sont tout aussi fascinantes que le reste de sa biographie. Le climat de violence et de rébellion dans lequel était plongée Alexandrie et la prise de position d’Hypatie par rapport à la débâcle sociopolitique ont fait d’elle un mythe auquel le spectateur contemporain ne manquera pas de s’identifier.
«Ce qui nous a surpris dans nos recherches, c’est qu’il y avait en fait deux bibliothèques à Alexandrie, poursuit le metteur en scène. La première a été incendiée lors de l’arrivée de Jules César. Le film parle de la deuxième bibliothèque et Hypatie fait partie de ceux qui se sont battus contre sa destruction. C’est une époque qui n’a pas été abordée au cinéma, et on s’est dit que cela pourrait fasciner le spectateur.» «Il y a très peu d’archives sur Hypatie, ajoute Mateo Gil. Nous avons lu tout ce que nous avons trouvé sur le sujet. Mais toute son oeuvre scientifique est perdue. On sait seulement que c’était une brillante mathématicienne, et une formidable astronome, et qu’en tant qu’astronome, elle a même surpassé son père.»

Les deux auteurs ont ensuite consulté plusieurs experts pour vérifier l’authenticité des documents qu’ils avaient recueillis. «On s’est entourés de plusieurs spécialistes, note Fernando Bovaira. Elisa Garrido, spécialiste de l’histoire des femmes dans l’Antiquité, nous a aidés sur les aspects historiques, pendant la phase de développement du scénario. Par la suite, Justin Pollard, conseiller sur Reviens-moi et The Boy in the Striped Pyjamas, et auteur de «The Rise and Fall of Alexandria» : Birthplace of the Modern Mind, nous a apporté son éclairage vers la fin de la préparation. Il est venu à Malte, a rencontré tous les chefs de poste et s’est entretenu avec Alejandro sur les détails des décors et des costumes.»

Justin Pollard évoque l’authenticité de la reconstitution et la cohérence avec le projet du réalisateur : «Il faut viser l’authenticité, dit-il. Le plus important n’est pas de savoir si on est d’accord avec telle ou telle école de pensée, mais c’est de s’assurer que le spectateur a le sentiment d’être dans un monde vraisemblable. Il faut qu’il accepte de croire que les personnages à l’écran arpentent les rues d’Alexandrie. Il s’agit d’une ville majestueuse. C’est là que repose la dépouille d’Alexandre le Grand. C’était l’une des capitales de l’Antiquité, et le plus grand port de la Méditerranée. C’était une ville aux dimensions spectaculaires qui fait écho à la dimension intellectuelle et émotionnelle du film.»

Outre les experts de l’Antiquité, Bovaira, Amenábar et Mateo Gil ont consulté deux chercheurs, Javier Ordóñez et Antonio Mampaso. «Javier Ordóñez nous a proposé une solution géométrique au mystère qu’Hypatie tente de percer, grâce au cône d’Apollon», rapporte Mateo Gil.
Antonio Mampaso s’est investi dans la production, du scénario au tournage, afin de vérifier le bon usage des instruments astronomiques que l’on voit dans le film, et de servir de conseiller scientifique à Rachel Weisz. Il a également accompagné le producteur, le réalisateur et le coscénariste lors d’un voyage qui s’est avéré essentiel pour la conception de nombreux accessoires et éléments de décors.
«J’ai toujours pensé qu’il était absolument nécessaire de se rendre dans les lieux où mes films sont censés se dérouler, signale le réalisateur. C’est toujours très stimulant d’aller quelque part et de se dire que son personnage principal s’y est rendu. Antonio Mampaso adore les éclipses et il nous a proposé d’aller avec lui en Egypte pour en voir une. Finalement, on a décidé de ne pas montrer de phénomène paranormal dans le film, mais cela s’est avéré une formidable expérience. Ce voyage nous a permis d’affiner certains détails, essentiels pour le style visuel du film, comme les portraits d’Al Fayum et surtout le métissage d’influences égyptienne, gréco-romaine et chrétienne. Ce métissage est au coeur d’Agora

Hypathie d'Alexandrie

Fille de Théon, dernier directeur de la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie, Hypatie a vécu au IVème siècle après Jésus-Christ, à l’époque du déclin de l’Empire romain et de l’instauration d’un nouvel ordre mondial. Astronome, mathématicienne et philosophe, Hypatie était une scientifique de renom et incarnait la tolérance à Alexandrie. Bien que ses travaux aient été perdus, on garde d’elle l’image d’une femme à la forte personnalité qui a consacré sa vie à la quête de la vérité. «On a essayé d’aller à l’encontre des clichés véhiculés sur elle, souligne Amenábar. On connaît en général les circonstances de sa mort et le symbole qu’elle représentait à Alexandrie. Mais on ne sait presque rien de son oeuvre scientifique. En parlant de ses travaux en astronomie, on a pu imaginer l’étendue de ses recherches et ainsi évoquer ce que les hommes de l’Antiquité auraient pu accomplir si l’Empire romain et le Moyen Age n’avaient pas paralysé le monde pendant 15 siècles.» L’actrice anglaise Rachel Weisz, oscarisée pour The Constant Gardener, campe Hypatie.
«Je n’avais jamais entendu parler d’elle et j’ai été fascinée par ce que j’ai découvert sur elle et par le fait qu’elle soit oubliée aujourd’hui, déclare la comédienne. C’était une femme admirable qui a subjugué les poètes romantiques en Europe au XVIIIème siècle. Ils l’idolâtraient et composaient des poèmes sur elle car elle faisait figure d’héroïne romantique. J’imagine que c’est parce qu’elle était un symbole de passion, d’érudition et de raison, et qu’elle a été tuée par des extrémistes. »

«Hypatie était un personnage intéressant à double titre, note Mateo Gil. D’une part, elle représentait l’âme grecque, la recherche de la vérité par la réflexion, dans un monde où la religion jouait un rôle déterminant dans la vie quotidienne et cherchait constamment à accroître son influence. D’autre part, c’était une femme vivant dans un monde d’hommes. C’était une femme qui souhaitait vivre comme un homme, et disposer de la même liberté de se consacrer à la recherche et à la philosophie que son père. D’où sa volonté de ne jamais se donner à un seul homme, afin qu’on ne lui vole pas la liberté dont elle avait besoin.»

Hypatie d’Alexandrie est entrée dans l’histoire, auréolée d’une légende liée à sa vie personnelle. Admirée pour son intelligence, et respectée pour son statut dans la hiérarchie sociale de la ville, elle est dépeinte par ses contemporains comme une femme d’une grande beauté qui a déchaîné les passions. Dans Agora, deux hommes se disputent son coeur : son esclave Davus et Oreste, l’un de ses disciples, futur Préfet d’Alexandrie. «Davus est un personnage fictif, précise Amenábar. Mais c’est un protagoniste- clé qui nous permet de comprendre comment fonctionne la ville, le milieu d’Hypatie, la société gréco-romaine et le monde antique en général, sans oublier la manière dont l’esclavage était perçu au IVème siècle. Davus ne sait pas s’il doit devenir chrétien. À travers son regard, on comprend ce que représentait le christianisme à ses débuts, et comment il est passé d’une religion persécutée à une foi dominante. Davus est devenu membre des «parabolani» - faction religieuse caractéristique de l’époque - qui ont d’abord constitué un ordre au service des plus humbles puis qui ont été un groupuscule armé de l’Eglise.»

Jeune acteur anglais, Max Minghella incarne Davus. À l’affiche de Les Autres d’Amenábar, il a été repéré par la directrice de casting Jina Jay, qui a collaboré à The Reader, Reviens-moi et Munich. «Alejandro a pensé que l’esclave d’Hypatie devait se convertir au christianisme, ce qui était une idée géniale, indique Mateo Gil. C’est ce qui nous a permis de lier les deux mondes dont nous parlions.» D’origine guatémaltèque, Oscar Isaac, qu’on a vu dans Che - 1ère partie : L'Argentin et Mensonges D'état, a subi une transformation radicale dans le film. Au départ, quand on fait sa connaissance, il s’agit d’un disciple distrait d’Hypatie.
Plus tard, il assume des responsabilités militaires et politiques et devient ainsi le représentant de l’Empire romain à Alexandrie. «C’est l’archétype même des jeunes aristocrates de l’époque qui sont éduqués pour devenir les dirigeants de demain, explique Oscar Isaac. Certains d’entre eux sont très ambitieux et d’autres vivent aux crochets de leurs parents. Je pense qu’Oreste n’est pas sûr de lui : c’est un type intelligent, un peu arrogant, un peu obstiné, et il s’éprend d’Hypatie et tente de la conquérir.»

«Grâce au personnage d’Oreste, on a pu raconter l’une des plus célèbres anecdotes sur Hyaptie et ses rapports avec les hommes, rappelle le réalisateur. Mais Oreste joue un rôle-clé dans la deuxième partie du film : il incarne le dialogue et le consensus en politique.» La tension entre les trois protagonistes est palpable : il s’agit d’un triangle amoureux qui ne peut qu’exploser quand les combats se déclenchent dans les rues d’Alexandrie. Le conflit qui frappe le monde d’Hypatie se transforme radicalement dans la deuxième partie du film.
Les personnages, eux aussi, changent. Le travail de la chef costumière Gabriella Pescucci est essentiel pour comprendre cette évolution. Oscarisée pour Le Temps De L’innocence de Martin Scorsese, Gabriella Pescucci a aussi conçu les costumes de Charlie Et La Chocolaterie de Tim Burton, Les Aventures Du Baron Munchausen de Terry Gilliam et d’Il était Une Fois En Amérique de Sergio Leone. Elle explique sa conception de la couleur des costumes des différents personnages.
«Pour moi, la couleur est toujours importante, dit-elle. C’est un élément fondamental dans mon travail. Dans la première partie du film, Hypatie porte des tenues claires et lumineuses parce qu’elle vit dans un univers éclairé de philosophes et d’étudiants. Les païens portent toujours des couleurs claires. Les chrétiens, eux, se reconnaissent à leurs tenues grises.
C’est Alejandro qui a eu l’idée de ce contraste de couleurs, et j’étais tout à fait d’accord avec lui. Après le siège de la Bibliothèque, Hypatie s’affirme davantage et commence à porter des teintes plus sombres parce que la destruction de la bibliothèque l’a beaucoup ébranlée. Il m’a fallu des semaines pour savoir quelle robe Hypatie allait porter à la fin. J’hésitais entre 200 teintes de rouge. Dans la toute dernière scène, alors qu’Hypatie est entourée par les Parabolani, sa robe rouge qui ressort parmi les tenues noires de ses assaillants n’évoque pas la force physique, mais la force intellectuelle.»

Un film qui parle d’une société à la hiérarchie sociale extrêmement rigide, comme l’était celle d’Alexandrie au IVème siècle, devait avoir un style visuel bien défini. Cela a nécessité des recherches approfondies. «Au début du féminisme, on parlait beaucoup d’Hypatie, rapporte Gabriella Pescucci. Quand Alejandro m’a parlé de ce projet, je m’en suis souvenu. Elle est grecque, mais c’est aussi la seule femme de la Bibliothèque, et elle évolue dans un monde d’hommes. Dans les tenues d’Hypatie, il y a évidemment des références gréco-romaines, mais aussi masculines. Sa toge est une toge d’homme. C’était une femme très courageuse, qui essayait de vivre à la manière des hommes.
C’est pour cela que, dans le film, elle ne porte pas de voile. Il y a des personnages, comme Cyril, dont la dimension physique est déterminante. Pour Sammy Samir, les teintes sombres lui allaient bien car elles mettaient en valeur son aura hiératique qui lui vient de Dieu. À l’inverse, pour Synesius, nous nous sommes inspirés de couleurs byzantines, qu’on a traitées dans un registre contemporain, ce qui est assez courant dans mon travail.»

«Le film parle d’une femme qui refuse de transiger sur ses principes, et elle est bien plus forte que moi, conclut Rachel Weisz. Il y a très peu de gens qui sont prêts à risquer leur vie pour leurs idéaux. C’est admirable. Elle croit dans la force de la raison et du doute, et n’en démord pas : c’est d’une incroyable audace.»

Sur le tournage d'Agora

Le 14 Mars 2008 - Amenabar commence son chantier pharaonique

Rachel Weisz et Max Minghella seront les interprètes du prochain film d’Alejandro Amenabar, Agora.
Agora se passe dans l’Egypte antique, au 4e siècle. Hypatie d’Alexandrie (Rachel Weisz) est une astronome et philosophe qui se bat pour sauver le savoir accumulé au cours des siècles. Davus (Max Minghella), son esclave, est déchiré entre son amour pour elle et le christianisme qui pourrait lui apporter la liberté.

Notes du réalisateur d'Agora

Intentions

«Il y a quatre ans, à l’époque de Mar Adentro, qui s’est révélée une expérience très personnelle, je n’aurais jamais cru que mon prochain film parlerait des Romains et des Chrétiens dans l’Egypte ancienne. Mais c’est la beauté de ce métier : on peut se laisser guider par sa curiosité et plonger dans des univers fascinants comme celui de l’Alexandrie du IVème siècle, et imaginer à quoi ressemblaient ses rues, ses temples et ses habitants. Et, enfin, avoir suffisamment de passion -et d’argent- pour mener à bien un tel projet.
 

Box-office au 21 Janvier 2010

  • Paris 14h : 973 entrées
  • 1ère semaine IDF : 57 508 entrées
  • Cumul IDF : 57 958 entrées

  • 1ère semaine France : 142 125 entrées
  • Cumul France : 142 125 entrées