AKOIBON c'est la traversée par deux anti-héros d'un univers d'abord fantasque, exotique, dépaysant puis finalement inquiétant. C'est un peu une réflexion (si, si, il y a réflexion) sur les manières de réagir aux imprévus de la vie et même à l'effondrement général; le découragement, la collaboration, ceux qui prétendent qu'il ne se passe rien et ceux qui luttent.
Les deux personnages centraux d'Akoibon Nader et Daniel appartiennent volontairement à des schémas d'histoires traditionnelles du cinéma français actuel. Ils sont des archétypes d'anti-héros de films d'aujourd'hui. L'un est une sorte de petit escroc, peut-être issu de la banlieue, un peu minable, et débrouillard. L'autre est le fameux trentenaire urbain en proie à de sombres problèmes existentiels. Le premier a des problèmes qu'on pourrait dire “extérieurs”. Le deuxième “intérieurs”. Tous deux se retrouvent dans un lieu de vacances, face aux autres.
J'aime bien qu'il y ait plusieurs grilles de lecture, que chaque histoire, chaque personnage ait des tiroirs, des surprises, “qu'ils en aient encore sous la pédale”; mais le plus important c'est qu'ils restent humains; que quoi qu'il arrive, on y croit encore. Le film évoque quatre thèmes principaux.
Le film évoque quatre thèmes principaux...
Le film évoque quatre thèmes principaux, d'abord une intrigue pseudo-policière avec une figure emblématique de méchant(e), un méchant aux intentions obscures, aux activités mal définies mais la menace reste réelle :des doigts coupés continuent d'être envoyés à Nader tout au long de l'histoire. Deuxième piste, un gentil marivaudage avec amoureux timides, échanges d'identités, quiproquos, malentendus. Une fois dans l'île, on se trouve chez Chris Barnes, un univers aux codes très différents. Je suis parti de plusieurs idées :l'une des pistes était d'imaginer ce qu'aurait fait un Eddy Barclay ruiné obligé pour garder sa maison de Saint-Tropez d'en faire le musée de sa propre histoire. Ça me semblait amusant de pousser à l'absurde ce goût pour la muséification et d'imaginer quelqu'un obligé de rejouer à vie son propre rôle du temps de sa splendeur. J'y ai mêlé un goût pour la coulisse, pour l'envers du décor; une sorte d'enquête sur une troupe de comédiens, artistes, chanteurs extravagants jouant un spectacle étrange pour un public clairsemé. Au fond, je suis fasciné par les gens au bout du rouleau; des gens en fin de parcours ou à côté des parcours normaux mais inconscients de tout ça, ailleurs. Pathétiques et magnifiques. La plupart des artistes du Chris Barnes Show viennent du Grand Mezzé, un spectacle que nous avions monté avec
François Rollin au Théâtre du Rond-Point à Paris. Ils sont formidables.
Et puis il y a bien sûr ce risque de la mise en abîme, de la déconstruction. Et là on est sur un terrain piégé ; ça sent la cuisine interne, le cinéma qui se regarde le nombril. Je me suis donc imposé deux contraintes :la première, c'est de garder le cap des personnages principaux, ne pas les sacrifier mais au contraire que le coup de tonnerre de la deuxième partie soit une épreuve supplémentaire pour eux. Personnages réels ou acteurs interprétant des personnages, ils croient à leur histoire, leur destin. Leurs sentiments son sincères, les menaces réelles. Il faut qu'on ait envie de les sauver du marasme !
La deuxième contrainte c'est que toute évocation du film dans le film reste abstraite :on ne voit ni caméra, ni équipe technique. Et là, mon modèle ce sont les “héros” de la télé réalité. Cette faculté de passer d'une activité sensée être prise sur le vif à un commentaire face caméra. Cette folie qui mélange sans souci apparent intimité et rapport au public. Dans l'univers clos d'une série de télé réalité on peut insulter en “live”la production, faire un bras d'honneur à la caméra, il n'y a pas de sanction. La révolte est incluse dans le programme.