Jean Rochefort
Jean Rochefort est un acteur inouï issu d'une génération exceptionnelle. Rien de moins ! J'étais bouleversé qu'un homme qui a joué tous ces rôles, un homme qui a rencontré les metteurs en scène et les comédiens qu'il a rencontrés soit encore dans cet enthousiasme. Jean est extrêmement “client”des autres, spectateur curieux de tout. Pour toute l'équipe, ça a été capital de sentir son adhésion totale au projet. Dès les premières rencontres nous nous sommes amusés à imaginer les caractéristiques de Barnes ce vieux jeune qui refuse de raccrocher et règne en tyran dans cette maison. Je lui ai parlé de Jean-Marie Rivière, un roi du music hall des années 70, maître du bagou et inventeur de travesti comique avant Michou (on l'appelait même l'entrepreneur de travelos public). Je lui ai emprunté sa tenue blanche. A la fin de sa vie j'étais tombé sur lui dans une île des Caraïbes où il avait ouvert un hôtel dans lequel il n'avait pas pu résister à remonter un show avec comme acteurs les employés de son hôtel. Le blanc est aussi la couleur fétiche d'Eddy Barclay un autre modèle pour le rôle. L'un des grands plaisirs de Jean a été de chercher des idées pour rendre son personnage plus vulgaire, “craignos”, en allant chercher des idées des rockers à la retraite. Il était aussi enchanté de creuser les aspects pathétiques de son personnage (Ah la scène où il recoiffe son complément capillaire !). La force et le génie de
Jean Rochefort c'est de ne plus avoir peur de rien, c'est son coté universel. Année après année, il est devenu un acteur “énorme”, un homme de démesure. Et j'espère, mon ami.
Nader Boussandel
Pour moi Nader est la révélation du film. C’est une star. Je l’ai rencontré avec son comparse Christophe lors des auditions du Grand Mezze, un spectacle que nous avons monté avec
François Rollin et dont c’était l’une des vedettes.Nader est venu du Grand Mezze,comme Patrick Robine, le pêcheur, Paco le chanteur du spectacle, (une star du théâtre de rue, un personnage inouï) –
Edith Le Merdy, la pseudo fiancée de Woody Allen, Thierry Fontez et sa voix de haute contre.Nader a une forme d’humour à la Buster Keaton et aussi un côté très “caïd de quartier”. Au début, je pensais qu’il jouerait un personnage plus offensif, mais au fur et à mesure je me suis rendu compte de l’émotion, qu’il pouvait apporter. Il a créé un personnage qui au fond, se trouve déstabilisé par tous ceux qui l’entourent. C’est très rare de se laisser émouvoir d’avoir l’intelligence de sentir que cette fragilité est un plus et donc de ne pas résister. Pour des raisons familiales obscures, Nader est un peu mon fils. Qu’il fasse gaffe à ses choix de films (parce que je sais que ça va lui tomber dessus !)
Marie Denarnaud
La première fois que j'ai vu
Marie Denarnaud c'est dans une émission de télévision où les animateurs essayaient de la piéger, de lui faire dire du mal d'autres actrices. Elle était irrésistible de grâce, de charme, d'intelligence. Elle faisait croire qu'elle ne comprenait pas où l'animateur voulait en venir. Au départ le rôle n'était pas écrit pour elle, ni pour personne d'autre d'ailleurs. Mais avant même qu'elle fasse des essais il y avait autour de son nom une sorte d'unanimité chez les amis à qui je demandais conseil et qui l'admiraient déjà. J'ai été bouleversé par la finesse avec laquelle elle a incarné ce rôle difficile, cette femme un peu enfant, cette jeune fille lunaire, poétique, qui vit dans un monde clos et qui subit l'influence d'un étrange pseudo réalisateur manipulateur. Elle a une faculté à changer de visage suivant les humeurs, les émotions, quasi ahurissante. Elle a réussi à n'être jamais mièvre dans un rôle délicat. C'est une grande actrice.
Chiara Mastroianni
Dans la vie Chiara est absolument excentrique, drôle, taquine, pleine de fantaisie. Je ne sais pas pourquoi jusqu'ici elle a joué si peu de comédies. Peut être parce que sa beauté, son coté pincesans-rire ont intimidé les réalisateurs de films comiques. Dés le début, j'ai cru en ces deux sœurs à la beauté pourtant si différentes. Comme
Marie Denarnaud, elle amène avec elle un arrière-monde, toute une vie impossible à recréer dans un film. Elle offre un passé à son personnage, elle le densifie. Pour jouer ce personnage souvent de mauvaise humeur mais qui sait rester gracieux, je lui ai parlé de Françoise Sagan; une certaine façon d'accélérer son débit, de fuir, d'avoir des agacements imperceptibles et surtout un “humour pour soi”. Chiara a tellement de grâce quelle peut clouer le bec de
Benoît Poelvoorde sans donner l'impression d'être une mégère qui va sortir son rouleau à pâtisserie. Ça s'appelle l'autorité naturelle. Et puis quand elle avance sur le port en ramenant ses cheveux derrière l'oreille droite. . .
Benoit Poelvoorde
J'ai pour Benoît une admiration absolue ! Les films qu'il a tournés n'existeraient pas sans lui. On pourrait croire qu'il s'est levé un matin et qu'il s'est écrié “Donnez-moi les monstres, les salauds, les moches et je leur donnerai tellement d'humanité qu'ils deviendront des héros” ! On ne peut pas faire LES CONVOYEURS ou LES PORTES DE LA GLOIRE avec des personnages à priori aussi méchants ou aussi bêtes si ce n'est pas lui qui les interprète ! Au début de AKOIBON, son personnage, Jean-Michel, essaie encore un peu de se battre, mais très vite, il s'essouffle. Lorsque
Jean Rochefort l'humilie sur sa prestation “artistique”, il est comme un enfant à qui on déchire son dessin. Bouleversant.