Notes de Prod. : American Translation

Notes des réalisateurs

Eros et Thanatos. Des thématiques fortes dans un contexte contemporain. L’intimité d’un tueur, et celle de son entourage le plus proche : la femme qu’il aime et ses victimes « malchanceuses ».

Les guerres intimes apparaissent comme les indices d’une société en décomposition dans laquelle les individus ont de plus en plus de difficultés à se définir. Tous les réseaux d’appartenance vacillent sans véritable décryptage idéologique. Le cynisme est devenu le costume des esprits forts. Croire en quoi ? A Dieu ? Au Diable ? A Rien ? Le pulsionnel revient au centre des mécanismes de fonctionnement. Les actes violents se banalisent. La violence devient une réponse identitaire sans enjeu formulé. L’innocence perd du terrain.

Chris, le héros, perd son innocence très jeune, les conséquences en sont fatales. La perte de cette innocence s’accomplit dans des actes éloignés des balises psychologiques verbeuses, dans une énergie de banalité répétitive. Pas de jugements sur ces états de fait mais des questionnements. Ni film à thèse sociologique, ni documentaire, mais une histoire à raconter, ancrée dans une dynamique de suspense. L’ambiance « polar » sert de cadre pour aborder tous ces thèmes avec les personnages pour guides.

Impliquer le spectateur, le laisser faire son propre jugement. Le plaisir esthétique peut aussi passer par là : le besoin de toucher au mal, fictivement, pour s’assurer de l’existence de soi et de se trouver plutôt du côté du bien. Quelques bouffées de surréel pour alimenter le réel. Capter de manière réaliste des histoires amplifiées du réel. Privilégier l’émotion contre des personnages porte-paroles de messages. Ni devant le film, ni de distanciation formelle qui annihile le dialogue avec le spectateur.

Nulle intention de rendre la mort spectaculaire. Malgré un héros « tueur en série », ce n’est pas « Le silence des agneaux ». C’est le portrait d’un tueur si proche. Il tue sans véritable conscience des actes qu’il accomplit comme si, au moment des meurtres, il se situait dans un monde parallèle. Son éducation s’est faite dans une négligence du corps, dans une dématérialisation. Sa destinée s’est tracée en solitaire, il est resté mutique sur ses traumatismes.

La représentation d’un tel personnage n’est pas du côté des démons. C’est un être aimable dans son apparence et dans son quotidien. Et l’amour avec Aurore ne suffit pas à contrôler ses pulsions, au contraire, cet amour les exacerbe comme si, en tuant ceux qui lui ressemblent, du moins dans leur jeunesse, il continuait à supprimer son innocence bafouée. Si Chris agit sans conscience, Aurore est écartelée entre passion et raison.

Elle ne réussit pas à faire un choix : jusqu’où peut-elle aller pour couvrir les actes délictueux d’un être aimé ?
Le traitement visuel alterne un décor urbain, dans lequel se fondent les personnages, l’appartement parisien - qui est le repère d’une intimité forte - et une nature omniprésente dans laquelle les victimes sont abandonnées. Un cinéma physique, presque organique dans sa dynamique de captation.

Dès la genèse du film, de l’écriture du scénario au montage final, les deux jeunes acteurs (Chris) et (Aurore) se sont impliqués et ont nourri le film de leurs réflexions et leurs énergies respectives. Les rôles ont été écrits pour eux. Sans eux, ce film n’existerait pas.

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