A l’image du scénario, l’équipe de tournage a dû faire la jonction entre deux pays, deux cultures, deux appréhensions artistiques notamment pour Aidan Leroux, chef décorateur. « Nous avons commencé par faire des repérages à Ramallah et ne serait-ce qu’en matière d’architecture, c’était passionnant », se souvient Aidan. « Devoir reconstituer cette ville au Canada aurait été catastrophique. Cherien a eu raison de tenir bon sur ce point. Il y avait une incroyable palette de couleurs, une diversité de pierres, une lumière chaleureuse qui serait le contrepoint idéal à celle plus froide et artificielle des Etats-Unis ».
De retour au Canada, il fallut aussi trouver, dans le même souci d’authenticité, un décor approprié pour la maison de Raghda et de Nabeel, qui accueille Mouna et son fils pendant leur séjour. Mission quasiment impossible à Winnipeg, jusqu’à ce que l’on découvre la demeure d’une famille de Palestiniens… venant de Ramallah. « Ils avaient non seulement décoré leur intérieur avec des tissus et des objets en provenance de cette ville, mais ils avaient également trois filles approximativement du même âge que celles décrites dans le scénario! », explique
Aidan Leroux. Une chance pour la production, suivie d’un autre miracle : contre toute attente, la chaîne de fast-food « White Castle », dans laquelle Mouna trouve un emploi, accepta d’envoyer à Winnipeg tout un lot d’accessoires rendant le décor canadien crédible. Au point d’ameuter chaque jour les fans de burgers de la région, immanquablement frustrés. Lorsque le tournage prend fin, près de trois ans se sont écoulés depuis la rencontre décisive entre Cherien Dabis et la productrice
Christina Piovesan. « Nous avions cinq acteurs venus du monde entier, trois autres de l’Ontario, nous avons tourné au coeur de la Cisjordanie puis au Canada : c’était à la fois exaltant et stimulant », conclut la réalisatrice.