ANA est un film produit avec trois fois rien, mais où se sont reconnus des milliers de spectateurs. Son audience a largement dépassé le strict cadre de la communauté latino.
Dès sa présentation au festival de Sundance, le premier long-métrage de
Patricia Cardoso a généré une rumeur enthousiaste, vite confirmée par son prix spécial du jury pour les actrices
America Ferrera et
Lupe Ontiveros. Puis il a poursuivi sa trajectoire en étant applaudi au festival de Toronto, San Sebastian et Deauville. Il faut dire qu'en pleine déferlante latino, avec Jennifer Lopez en point de mire, voilà un film indépendant qui propose un vrai point de vue. L'héroïne est issue d'une première génération d'américano-mexicaines : partagée entre la culture traditionnelle, inculquée par ses parents et les valeurs américaines qu'elle côtoie tous les jours, elle a du mal à trouver sa place. Surtout quand s'y ajoutent des complexes physiques…
A l'origine de ce hit surprise, il y a une pièce signée Josefina Lopez, inspirée de sa propre expérience comme ouvrière dans un atelier de couture de Los Angeles. Jouée à partir de 1990 dans les théâtres de an Francisco, Seattle, Sarasota, Dallas ou Chicago, ainsi que de nombreux lycées et universités, elle suscite à chaque fois les rires et les larmes d'un public ravi. "Ça a été un succès immédiat" témoigne l'intéressée, "Je pense que le public a été touché parce que sous l'apparence d'une comédie sur une jeune fille qui devient femme, la pièce traite de vrais problèmes".
Un jour de décembre 1998, le scénariste George LaVoo assiste à une représentation, sur les conseils de son avocat : "J'ai pris l'avion de New-York à Los Angeles et j'ai roulé à l'est de Sunset Boulevard, dans une petite partie de la ville que je ne connaissais pas. Une fois arrivé, je me suis assis sur une chaise pliante au milieu d'une foule principalement latino, et j'ai été happé par la pièce, exactement de la même manière que tout le monde autour". Il rencontre l'auteur dès le lendemain et convient très vite avec elle de rédiger une adaptation pour l'écran. "Ma pièce mettait en scène cinq femmes et une radio au milieu d'une usine de couture, chacune redoutant une descente des autorités" raconte Josefina Lopez. "Le script permet d'introduire de nouveaux personnages, notamment, de développer tous les membres de la famille, et de mettre en avant l'adolescente plutôt que sa mère, qui avait jusque-là été privilégiée".