Notes de Prod. : Angel

    en DVD le 28 Novembre 2007

Katia Wyszkop, chef décoratrice

À la fin du tournage du Temps Qui Reste, François Ozon m'a offert le livre d'Elizabeth Taylor, que j'ai lu très vite et avec beaucoup de plaisir. L'histoire a été écrite dans les années 50 et c'est une interprétation assez libre du début du siècle, une vision quelque peu décalée avec beaucoup de détails improbables.
Pour son premier film d'époque, François souhaitait une texture technicolor, “ un film comme on les faisait dans les années 50 à Hollywood “.
En pratique nous discutions de la possibilité que l'ensemble des décors intérieurs et extérieurs soit construit en studio. Le rêve d'un décorateur cinéma ! Mais un cauchemar pour la production. Dans un premier temps, j'ai retenu, concernant les décors, certaines idées légères et amusantes du roman, qui s'est progressivement effacé au profit du scénario et de la nouvelle “ Angel “ que François créait pour le film.
Nous avons commencé à travailler plusieurs mois en amont du film, dessiné et étudié l'hypothèse de bâtir des décors pré visualisés en 3D, dans tous les plus grands studios d'Europe. Avec comme référence majeur le film de Mervyn Leroy, Les Quatres Filles Du Docteur March, magnifique réalisation entièrement faite en studio, avec de très belles scènes enneigées.
Par ailleurs, j'ai passionnément visionné Le Chateau Du Dragon de Joseph L. Mankiewicz pour le château rêvé par l'héroïne, La Splendeur Des Amberson d'Orson Welles pour les perspectives dans les constructions, Autant En Emporte Le Vent de Victor Fleming pour la richesse et la variété des décors, et GIGI de Minnelli pour la liberté et l'audace dans l'utilisation des couleurs.

En prévision des décors de Paradise House, nous avons effectué des repérages dans tous les châteaux d'Angleterre, incluant la région du West Yorkshire, inspiration de la ville de Norley où Angel est née.
Après deux mois d'études et de repérages, nous sommes parvenus avec succès à nous adapter à une économie réaliste et au système de coproduction. En juillet 2005, nous détenions une grande cohérence pour l'ensemble des décors, entre l'Angleterre et la Belgique. Paradise House, la grande demeure d'Angel et ses jardins ont été tournés en Angleterre, tandis que l'enfance d'Angel à Norley a été tournée dans des quartiers pauvres de Belgique. L'architecture de briques en Belgique sert fidèlement la base des décors extérieurs. Des châteaux belges, souvent restés dans le jus de l'époque, des salons et le studio ont été utilisés pour les décors intérieurs.
Avec une excellente connaissance de lieux réels repérés dans toute l'Angleterre, j'avais un concept très précis à offrir à François. Tous les mois précédents nous avions très justement coordonné nos références et idées. Dans cet esprit de cohésion, nous avons clairement valorisé les proportions de tournages en studio et fait d’importants aménagements en décors naturels.
Pour Paradise House, j'ai beaucoup apprécié le château de Tyntesfield, propriété acquise récemment par le National Trust. Cette demeure aux alentours de Bristol m'avait inspirée dès la genèse du film, pour son style post-gothique. Elle a été bâtie en 1898 par des nouvelles fortunes, évoquant pertinemment la personnalité exubérante et roturière d'Angel. Bien évidemment nous avons remeublé l’endroit, changé l’attribution des pièces, mis le premier étage au rez-de-chaussée, drapé toutes les immenses fenêtres avec des rideaux somptueux, montrant le luxe, le mauvais goût et la démesure d’Angel. Pour le hall d’entrée, qui était très grand et très haut, François tenant à avoir un grand escalier dans la tradition des demeures hollywoodiennes, nous avons construit un échafaudage et accroché un tissu sérigraphié avec des motifs très voyants couleur or, spécialement fabriqué pour le film. Le National Trust préservant son bien, veillait à ce que nous ne touchions pas aux murs et leurs règles drastiques ne nous ont pas facilité la tâche, tout ce que nous accrochions tenait de la magie.
J’ai pris beaucoup de liberté avec le réalisme de l’époque dans l’arrangement des décors de Paradise, sachant que nous étions dans le monde d‘Angel et que sa personnalité fantasque pouvait laisser libre cours à mon imagination.
J’ai pris beaucoup de plaisir donc à transformer cet endroit et je pense avoir été au bout de ce que nous imaginions : des couleurs fortes et assumées, un ameublement mi-baroque mi-gothique, et des objets sortant de cabinets de curiosités.
Le rouge est la couleur d’Angel, et sa chambre à coucher est une apocalypse fusionnelle d’extravagances, entre un lit surdimensionné avec un mélange de velours damassés rouges et roses, une coiffeuse en bois doré style baroque et un coin bureau, plus gothique, donnant sur un immense “bow window”.
Pour l’extérieur, nous avons entouré le château, pour une grande partie, avec un mur clos et un grand portail au nom de la propriété, puis nous avons amélioré la circulation des jardins en créant un bassin.
Pour faire passer l’idée des saisons, du temps qui passe, puis le délabrement progressif de la demeure nous avons recouvert la facade de lianes et de glycine pour l’été. Pour l’hiver, il y avait bien sûr la neige qui transformait entièrement la perception du lieu, et pour l’automne nous avons laissé la nature reprendre ses droits sur les façades et les feuilles jaunies dans les jardins. François tenait à ce que le déclin, la solitude et le désespoir d’Angel se traduisent par l’évolution des décors et des paysages, ce qui fut très compliqué à gérer dans l’organisation du tournage et en même temps passionnant à réaliser.

Entretien avec François Ozon

Angel est l’adaptation d’un roman d’Elizabeth Taylor. Pourquoi ce livre ?
Après l’avoir lu d’une traite, il y a cinq ou six ans, j’ai tout de suite senti que l’adaptation de ce livre était l’occasion de me confronter à un univers romanesque et que cela pouvait donner lieu à une grande épopée, dans la tradition des mélodrames des années 30-40, racontant la destinée d’un personnage flamboyant sous forme de “rise and fall” (grandeur et décadence). Et puis je suis tombé amoureux du personnage d’Angel, qui m’amusait, me fascinait et finalement me touchait profondément. J’ai donc demandé à mes producteurs d’acheter les droits (que je pensais d’ailleurs pris aux États-Unis). Il me semblait évident que le livre était inadaptable si on le transposait en France. Cette histoire profondément anglaise s’inscrit dans la tradition des femmes écrivains en Angleterre. Le personnage d’Angel est d’ailleurs inspiré de Marie Corelli, contemporaine d’Oscar Wilde, romancière préférée de la reine Victoria. Elle fut une des premières écrivain-star, à avoir publié des best-sellers, et à être adulée par le public. Aujourd’hui, elle est complètement oubliée, même des Anglais. Elle n’a aucun équivalent en France à la même époque.

Entretien avec Romola Garai

Comment avez-vous rencontré François Ozon, et quelle a été votre première impression ?
Je l’ai rencontré lors de l’audition pour le rôle. J’admire énormément son travail et j’étais très nerveuse ! Parfois, vous lisez un script et vous le comprenez dans l’instant, de manière instinctive. Je n’ai pas trop intellectualisé les choses. François ne m’a pas donné beaucoup d’indications. C’était comme si mon idée d’Angel coïncidait avec la sienne. Plus tard, mon agent m’a dit : “ François t’a trouvée très bonne, mais pas assez glamour ”, alors j’y suis retournée en mettant quelque chose de plus habillé que le pull que je portais la première fois !

Entretien avec Michael Fassbender

Comment s’est déroulée votre première rencontre avec François Ozon ?
J’ai fait une lecture avec Karen Lindsay Stewart (directrice de casting), filmée par François. Les quatre autres auditions se sont déroulées avec plusieurs actrices différentes. C’était très facile d’auditionner pour François. Il est très ouvert aux idées, et j’avais le sentiment de pouvoir explorer des choses. C’était rafraîchissant. Mais je suis aussi superstitieux, et bien qu’ayant l’impression que cela se passait bien, je ne savais pas du tout s’il m’avait choisi ou non. J’avais très envie de travailler avec lui, mais j’étais très nerveux. Cinq auditions, bon sang !

Pascaline Chavanne, créatrice de costumes

La collaboration avec François Ozon

Angel est ma huitième collaboration avec François. Chacun de ces huit films est extrêmement différent, une investigation vers un genre nouveau. De la même façon, je peux dire que nos relations de travail sont elles aussiextrêmement différentes en fonction des films.

Martin Crimp

Auteur de théâtre/Adaptateur et dialoguiste du scénario en anglais

Le travail avec François Ozon

Il s’agissait avant tout de comprendre la vision que François avait du film, et de trouver le ton qui y correspondait pour la traduction. Nous avons donc eu de multiples et longues conversations dans de nombreux salons d’hôtels ! Je connaissais Sous Le Sable, et ce film m’avait intrigué. Quand j’ai lu le scénario d’Angel, la perversité de l’histoire m’a attiré. Ce genre de sujet met souvent en scène un jeune écrivain qui souffre d’être incompris et ignoré, puis se révèle être un génie, mais Angel connaît le succès très tôt, et commence seulement à souffrir quand elle est forcée d’affronter ses illusions sur sa vie et son travail.

Denis Lenoir, chef opérateur

François Ozon m’a proposé de le rejoindre sur un projet stylistiquement déjà développé et aux références visuelles déjà bien établies, Minnelli, Powell et Sirk, pour ne citer qu’eux. J’avais ainsi devant moi un réalisateur, qui savait exactement ce qu’il voulait, et qui ne faisait pas mystère qu’il m’engageait parce que certains de mes films passés lui promettaient que je saurais à la fois m’inscrire dans une tradition et offrir une relecture contemporaine de cette même tradition. Donc de faire, à mon niveau, la lumière et le traitement de l’image, ce que le projet Angel en son entier était déjà, un authentique mélo- drame et en même temps une lecture critique du mélodrame en tant que genre narratif. Difficile de faire plus excitant. Une fois donnée la référence générale : le Technicolor des grands mélos hollywoodiens, je me suis lancé avec l’enthousiasme qu’on peut imaginer dans tout un tas de recherches.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 38 483 entrées
  • Cumul IDF : 59 903 entrées

  • 1ère semaine France : 102 276 entrées
  • Cumul France : 175 977 entrées