La structure narrative d'Antares - cette succession d'épisodes simultanés - est-elle une des diverses façons de raconter une histoire ?
La structure est pour moi impérative.
Antares c'est l'histoire de personnes qui veulent s'échapper de leur solitude. Il y a trois histoires qui s'entremêlent, qui sont reliées, qui ont lieu au même moment sans que les personnages soient au courant. C'est pourquoi elles sont racontées successivement. Un montage parallèle serait trop arbitraire ; en les racontant tour à tour, on permet au spectateur de découvrir cette interprétation comme quelque chose qui n'est pas acquise d'avance. La structure repose en grande partie sur le sujet du film et sur ma conception de l'utopie.
Mais les personnages d'Antares perçoivent leur solitude comme une réalité et il n'y a pas vraiment de tournant mélodramatique et cathartique. À quel moment l'utopie intervient-elle ?
Pour moi être en vie n'applique pas d'avoir un niveau de conscience élevé. C'est pourquoi
Antares n'est pas un film négatif ou même pessimiste, comme certains le pensent, parce que je ne crois pas en cette solitude. Le point de départ du film est la victoire de la vie. Ce n'est pas un film sur « l'incapacité d'aimer ». L'amour n'est pas une illusion, mais une utopie, la plus grande de toutes. Elle nous maintient en vie aussi longtemps que nous croyons en elle. Même si la réalité est douloureuse et décevante.
Comment avez-vous préparé les scènes de sexe qui sont très crues ?
J'ai choisi les acteurs qui m'ont semblé avoir le courage et la curiosité pour ce genre de scènes. Je leur ai dit que je voulais qu'ils aillent aussi loin que possible, sans tabous. C'est en tournant qu'on découvrirait jusqu'où on pouvait aller. Pendant deux jours, nous avons disséqué les scènes point par point, de façon très détaillée, sans inhibition, seconde par seconde, le plus simplement possible. Ce que le personnage ressent, ce qui l'excite (homme ou femme), pourquoi ? Quelles relations de pouvoir sont en jeu ? À quel moment changent-elles de côté ? Ainsi de suite. En fait, ce qui s'est bien passé - et c'est souvent le cas dans les scènes de sexe - c'est que les acteurs étaient conscients d'être des personnages. Cela vous protège, vous permet de prendre plus de risques. C'est pourquoi les prises étaient en même temps excitantes et vraiment émouvantes.
Etes-vous croyant ?
Oui. Mais je ne dirais pas comme beaucoup, je ne suis pas catholique. Cela me surprend beaucoup d'entendre des gens dire qu'ils ne sont pas croyants. D'autant plus que ce n'est pas un critère de jugement concernant l'art, les artistes. C'est comme s'il n'y avait pas de mots pour cela. C'est un tabou très étrange dans notre société. Pour moi, tout ce qui relève de la transcendance, de la spiritualité et de la religion est une dimension fondamentale de la vie.