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Notes de Prod. : Anthony Zimmer

    en DVD le 21 Novembre 2005

Notes de Jérôme Salle, réalisateur et scénariste

Parcours
Même si j'ai toujours été attiré par le cinéma, mon parcours a emprunté des chemins de traverse qui, tout en m'apportant une expérience qui s'est révélée fort utile, n'étaient pas forcément liés. J'ai été photographe de presse, directeur artistique, autant de postes qui m'ont familiarisé avec l'image et qui m'ont aussi permis de développer mon sens visuel. J'ai également écrit des scénarios sans pour autant en être satisfait car souvent, j'avais la sensation que ce n'étaient pas les meilleurs qui étaient tournés.
En réalisant mon court métrage, j'ai eu le sentiment d'avoir trouvé ma place. Tout ce que j'avais fait jusque-là devenait cohérent. J'avais peut-être besoin de toutes ces années pour avoir enfin le courage et la maturité d'être en première ligne, avec les risques que cela comporte.

Etincelle
J’avais envie de réaliser un film en m’amusant avec les schémas traditionnels du cinéma. Une vraie histoire, avec des rebondissements multiples. Mon idée était : il vaut mieux partir du cliché que d’y arriver ! Tout est donc parti d'une situation assez simple et très classique : un homme normal rencontre une femme sublime. Un matin, on sonne à sa porte et on lui tire dessus. La femme a disparu. Pour comprendre ce qui lui arrive, mais surtout parce qu'il en est tombé amoureux, il cherche à la retrouver. J'avais deux ou trois scènes en tête que j’aimais bien, dont celle de la rencontre dans le train. Éric Jehelmann, de Fidélité, avait aimé mon court métrage et m'a poussé à développer le scénario. En partant de ma situation initiale, j'ai construit l'intrigue. Mettre au point les retournements, les liens, les mécanismes de manipulation a été très long, plus d’un an, mais aussi très excitant. Il était essentiel que malgré ses rebondissements, l’histoire soit cohérente, suffisamment pour pouvoir être vue une deuxième fois.


Grâce à Alain Terzian, a découvert le scénario alors que j’avais tout juste terminé l’écriture. J'étais évidemment très heureux qu'une telle actrice s'intéresse à mon histoire. Sophie n’avait jamais joué ce genre de rôle mais lorsque je l’ai rencontrée, j’ai su que je n’aurais sans doute pas pu tourner ce film avec une autre comédienne. Ça m’a d’ailleurs valu une petite frayeur rétrospective.
Grâce à Sophie, tout est allé très vite. Trois mois après notre première rencontre, le tournage démarrait. Sophie est une actrice d’une grande générosité. Je la trouve plus belle que jamais, elle dégage une féminité, une élégance et une énergie que peu d'actrices possèdent. Elle associe le charme à une intelligence rare. On la découvre ici sous un jour inattendu. Elle incarne une femme fatale, amoureuse, manipulatrice, partagée entre ses sentiments et son sens du devoir. Son rôle exigeait une grande maîtrise. Je lui ai souvent demandé de jouer sur l'intériorité, sur le contrôle. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir écouté et suivi. Sophie est une star, une très grande actrice, mais elle est au service du film et du réalisateur. Même lorsque ce dernier a dix fois moins d’expérience qu’elle ! Dans le film, Sophie parvient à être sexy, énigmatique, fascinante et potentiellement dangereuse. Je suis très fier que Sophie soit Chiara pour toujours. Le premier plan que nous avons tourné est celui où l’on suit ses pas dans la gare de Lyon. Pour son confort - la scène était longue et se déroulait dans un lieu ouvert au public - je lui ai proposé d’être doublée. Je l’ai aussitôt regretté : c’était un affront à son professionnalisme, à son courage mais surtout à la beauté de ses jambes !


À l'époque, Yvan tournait à New York dans le film de Sydney Pollack. Je lui ai fait parvenir le scénario. Je ne le connaissais qu'à travers ses films. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il s'est imposé comme une évidence ! Yvan peut incarner l'homme de la rue mais en lui apportant une dimension de mystère et de séduction. Avec lui, on pouvait s'identifier au personnage de François Taillandier et partager tout ce qui lui arrive. C'est à travers François qu'on vit l'intrigue. Avec lui on est fasciné par Chiara, avec lui on cherche à comprendre ce qui se passe. Yvan pouvait aussi apporter au rôle toute la complexité nécessaire parce qu’il possède une technique d'acteur spectaculaire.
Autre point qui m'intéressait, Yvan n'avait jamais joué avec Sophie. Pour leur première scène, j'ai filmé leur rencontre, dans le train, lorsque Chiara repère François et décide de le séduire. C'était vraiment le début de leur relation. Sophie est une femme exceptionnelle et il fallait en face d'elle un acteur et un homme qui tienne la route ! Yvan nous a amené tout cela.
Entre nous, je crois que le rapport de confiance s'est établi très vite. J’espère qu’il durera longtemps. Yvan est un acteur magnifique mais c’est aussi un formidable réalisateur. C’est un homme qui aime le cinéma et c’est un bonheur de travailler avec lui sur un plateau.


est pour moi un rêve de gamin. C'est le seul comédien dont j'avais eu l'image en tête lorsque j’écrivais le scénario : un homme monolithique, beaucoup de prestance, un chasseur solitaire. Je lui ai apporté mon scénario au théâtre où il jouait. Je dois reconnaître que j’étais plutôt intimidé. C’était d’ailleurs bon signe. Akerman devait absolument être intimidant.
Quand m’a appelé pour m’annoncer qu’il acceptait de jouer Akerman, je crois bien qu’en raccrochant j'ai poussé un cri de joie. Il a apporté au personnage d’Akerman une telle ampleur, un tel mystère… et toute l’ambiguité nécessaire. est un rêve de réalisateur, d'une précision de jeu incroyable. Il est drôle, élégant, brillant.

Intrigue
Lorsque j’écris ou que je filme, je pense souvent aux spectateurs. J’essaye de les prendre par la main dès le début et de les balader en essayant de ne jamais les lâcher. Le film est construit sur le mystère, les apparences trompeuses et la manipulation. Mais c’est aussi une véritable histoire d’amour. Les deux héros du film se mentent du début à la fin. Il n’y a finalement qu’une seule vérité, c’est qu’ils s’aiment. Je connaissais les pièges du film, dont le principal était le risque de la froideur à cause de tous ces personnages qui mentent et manipulent énormément. C'est aussi en fonction de ce critère qu'a été pensé le casting. Sophie aussi bien qu'Yvan sont des gens très humains, capables de transmettre une émotion, même si le public sait peu de chose de leurs personnages. D’ailleurs, si Sophie est une star, je pense que c'est d'abord grâce à cette capacité qu’elle a de transmettre des émotions d’une grande intensité.

Sytle Visuel
Dès le départ, j'ai souhaité réaliser un film esthétique mais pas esthétisant. J'ai imaginé de nombreux cadres et le découpage au moment même de l'écriture. Le côté mensonger des images m'intéressait aussi. Choisir un cadre, puis monter les images dans un certain ordre, c’est toujours mentir. Pour faciliter le travail de l'équipe, j'avais préparé une sorte de livret, de bible, avec beaucoup de croquis, de photos, des éléments visuels, un travail de directeur artistique. Toujours beaucoup plus efficace que des mots. Je voulais un style visuel assez simple, graphique, proche de ce que Hergé appelait la ligne claire en bande dessinée. Je souhaitais que les images soient facilement “lisibles”, afin de ne pas embrouiller une histoire déjà assez compliquée comme ça ! Les repérages n'ont pas été faciles. Le lieu de l'intrigue est une sorte de Riviera idéalisée, une Côte d'Azur fantasmée avec ses palaces, ses propriétés incroyables nichées face à la mer.