Notes de Prod. : Anvil

    en DVD le 08 Septembre 2010

Note du réalisateur d'Anvil, Sacha Gervasi

J’ai grandi à Londres au début des années 80. Les autres gamins de mon école écoutaient des groupes aussi branchés que les Sex Pistols et les Clash alors que moi j’écoutais du métal. On me taquinait souvent à ce sujet mais je m’en fichais. Je n’oublierai jamais le soir où j’ai vu les Clash au Lyceum Ballroom. Je m’étais fais cassé la gueule à l’extérieur par un skinhead du prénom de Terry parce que je portais un tee-shirt de Motorhead. J’ai trouvé çà plutôt amusant. Etre punk c’était vouloir être différent et anticonformiste et voilà que je me faisais rosser parce que je ne portais pas des pantalons en cuir et des épingles à nourrisse comme tout le monde ! Totalement absurde.

J’avais pris pour habitude de trainer au Marquee Club sur Wardour Street. On était très loin du temps où les Who et Jimmy Hendrix s’y produisaient. La Nouvelle Vague du Heavy Metal anglais avait pris leur place et des groupes comme Iron Maiden y jouait de manière régulière. C’est là que j’ai commencé à entendre parler de ce groupe de Toronto dénommé Anvil. On ne savait rien d’eux précisément. Puis, comme surgi de nulle part, Lips, le chanteur du groupe, a fait la une du magazine musical Sounds. On le voyait brandir une tronçonneuse et serrer un godemiché entre ses dents. Mes amis on a trouvé ça vraiment culotté et cool aussi, mais ce n’était rien en comparaison du choc que nous avons ressenti quand nous avons écouté leur disque Metal on Metal. C’était à tombé par terre. Et lorsque qu’en 1982 ils sont venus jouer au Marquee, ils étaient déjà devenus des légendes.

J’ai assisté à leur premier concert. Tout le monde était là y compris Lemmy de Motorhead. Anvil a littéralement cassé la baraque. Ils jouaient plus vite, plus hard et plus intensément que tous les autres groupes que j’avais pu voir. Et ils étaient à mourir de rire. Lips faisait des cabrioles avec son godemiché telle une harpie déjantée sous amphétamines. Il a même fait mousser la bière de Lemmy avec ce machin. Tu passais autant de temps à rire qu’à ânonner de la tête. Leur musique était assurément étonnante, pleine de fraîcheur et différente, mais on avait aussi le sentiment qu’ils ne savaient pas à quel point ils étaient des pointures. Ils prenaient juste leur pied.

Après le concert j’ai réussi à pénétrer en coulisses et je me suis arrangé pour rencontrer mes nouvelles idoles. J’étais hyper nerveux et j’espérais juste pouvoir leur faire un petit coucou au vu de la foule qui les entouraient mais Lipps et Robb voulaient vraiment savoir ce que l’un de leurs fans anglais avait pensé de leur performance. Ils ont passé autant de temps avec moi qu’avec les membres des autres groupes célèbres qui venaient les féliciter. Ils étaient vraiment différents des rock stars sur le retour qu’on pouvait rencontrer au Marquee à cette époque. Il n’y avait pas plus important que leurs fans à leurs yeux. A la fin de la nuit, ils m’ont dit n’être jamais venu à Londres auparavant et m’ont demandé si j’étais prêt à leur montrer la ville. Je n’en croyais pas mes oreilles ! J’allais être le guide d’Anvil ! On s’est donc vu lendemain et je les ai emmenés partout. A Carnaby Street. A Abbey Road. A Westminster.


A la fin de la journée ils ont décidé de me donner un surnom. Tous les amis du groupe en avait un. J’ai été baptisé « Teabag » (Sachet de thé , NdT). J’étais un Anglais après tout. Ça les a fait rire. Ils m’appellent toujours ainsi d’ailleurs. J’ai grandi à Londres au début des années 80. Les autres gamins de mon école écoutaient des groupes aussi branchés que les Sex Pistols et les Clash alors que moi j’écoutais du métal. On me taquinait souvent à ce sujet mais je m’en fichais. Je n’oublierai jamais le soir où j’ai vu les Clash au Lyceum Ballroom. Je m’étais fais cassé la gueule à l’extérieur par un skinhead du prénom de Terry parce que je portais un tee-shirt de Motorhead. J’ai trouvé çà plutôt amusant. Etre punk c’était vouloir être différent et anticonformiste et voilà que je me faisais rosser parce que je ne portais pas des pantalons en cuir et des épingles à nourrisse comme tout le monde ! Totalement absurde.

J’ai revu le groupe au festival de Donnington quelques mois plus tard. Ça ne les a pas surpris de m’y voir. Ils m’ont demandé si je voulais les accompagner en tant qu’assistant à tout faire pour leur série de concerts sur le territoire américain l’été suivant. Ils m’ont même précisé que si je pouvais me rendre à Toronto, je ferais toute la tournée avec eux. Je leur ai dit que je ne savais rien faire de particulier et que j’étais simplement un de leurs fans. C’est là qu’ils m’ont répondu que tous leurs assistants étaient des fans. Que tout y irait bien. Comment aurais-je pu dire non ?

Qu’allais-je bien pouvoir dire à ma mère ? Il était impossible qu’elle accepte que son jeune fils de seize ans puisse faire une tournée avec un groupe de rock. J’ai donc inventé un stratagème. Je lui ai dit que je voulais passer mes vacances d’été chez mon père à New York, lieu où ce dernier vivait depuis la séparation d’avec ma mère. Cet été-là j’ai quitté Londres pour New York. Et j’ai pris le train pour Toronto deux jours plus tard !

Cette tournée a été l’une des expériences les plus mémorables de ma vie. On a traversé d’Est en Ouest les Etats-Unis et le Canada. J’ai vu des endroits et des choses que je n’aurais jamais pu imaginer qu’en rêves. Les soirées d’après concerts étaient complètement allumées parfois – c’étaient les années 80 – mais le groupe me protégeait en toute occasion, allant même jusqu’à me faire sortir du bus lorsque les choses devenaient incontrôlables.

Mon boulot comportait bien des facettes : de la mise en place de la backline jusqu’à la vente de tee-shirts et de cassettes audio après la fin du concert. Mais la meilleure partie, c’était de pouvoir rester à côté de la batterie de Robb Reiner chaque soir. On venait de lui offrir de devenir le batteur de Ozzy [Osbourne, NdT], mais il avait refusé car il ne voulait pas abandonner Anvil. Je me souviens encore de toutes ces nuits où je suis resté debout à le regarder en pensant qu’il était le meilleur batteur du monde. Ça a été une vraie source d’inspiration.

J’ai beaucoup appris en le regardant pendant ces deux mois. A la fin de la tournée Robb m’a permis de faire la balance sonore avec le groupe et m’a même demandé de les accompagner sur scène pour le bis de School Love après m’avoir appris comment l’interpréter. C’était comme de mourir puis de monter immédiatement au Septième ciel ! Je n’oublierai jamais cette époque. J’ai vécu ce que la plupart de mes amis rêvaient de vivre. Mais avec le temps les choses ont changé. J’ai commencé à apprécier David Bowie et Iggy Pop. Soudainement le heavy metal me paraissait moins cool qu’à quinze ans. Je grandissais !

Du coup, au milieu des années 80, j’ai perdu le contact avec Anvil, tout comme eux avec moi. Toutes les promesses dont ils avaient la preuve à leurs tous débuts n’ont eu aucun impact sur leur carrière. Des groupes bien moins talentueux qu’eux ont connu un énorme succès, mais pas Anvil. Ils ont juste disparu. Je me suis dit qu’ils avaient dû se séparer. Au fond de moi, je me demandais comment Lips et Robb allaient et ce qu’ils avaient fait de leurs vies. Sauf qu’à cette époque j’étais avant tout préoccupé par ma vie personnelle.

Ce n’est que vingt ans plus tard que j’ai décidé de partir à la recherche de mes vieux potes Lips et Robb. Je ne savais même pas s’ils étaient encore amis. Ou même encore en vie.

Sacha Gervasi, réalisateur d'Anvil

Entretien avec le réalisateur d'Anvil, Sacha Gervasi

Qu’est-ce qui vous a poussé, après tant d’années, à vouloir faire un film sur Anvil ?

Sacha Gervasi : J’ai repris contact avec Lips 25 après avoir vu le groupe pour la première fois, et ça a été un moment incroyable. Il avait toujours en lui cet espoir tout à la fois naïf, merveilleux et quasi mystique que si Anvil persévérait il renouerait avec le succès. Et ça n’avait rien d’une lubie. Il m’a rendu visite à Los Angeles, est resté quelque temps et je me suis dit qu’il y avait matière à faire un film.

L'après-Anvil

Mai 2008. Sortie de Anvil – The Story of Anvil en salles aux Etats-Unis. Depuis sa sortie, score exceptionnel pour un documentaire musical, Anvil a réalisé plus de 750 000 dollars de recettes sur seulement 75 salles.

Juin 2008. AC/DC, l’un des cinq groupes de hard rock les plus connus au monde, demande à Anvil d’assurer la première partie des deux premières dates de sa tournée mondiale. Participe au Download Festival 2009 (successeur du mythique Monsters of Rock Festival), l’un des plus gros événements annuels de la scène hard rock, heavy metal et death metal.

TéléCinéObs

"Centré sur la relation entre Steve,le chanteur,et Robb, le batteur, deux éternels gamins, ce rockumentaire à la morale très américaine négocie en beauté le virage de l'humour vers l'émotion. "
O.B (article entier disponible dans TéléCinéObs n°2361, page 34)