Notes de Prod. : AO, le dernier Néandertal

    en DVD le 02 Février 2011

Neandertal‘‘réhabilité’’

Marylène Patou-Mathis, conseillère scientifique sur Ao, le dernier Neandertal, évoque le destin de l’Homme de Neandertal, un “mal-aimé” que de récentes découvertes viennent de réintégrer à la famille humaine...

Neandertal était-il Vraiment La Brute épaisse Qui Perdure Dans L’imaginaire Collectif ?

Non, et le présenter ainsi relève d’une vision totalement archaïque. On a en effet longtemps considéré Neandertal comme un être inférieur, un être primitif fruste et grossier, notamment du fait de ses caractéristiques morphologiques, son front fuyant, ses bourrelets sus-orbitaires, son gros crâne ovale, sa face projetée en avant... Mais aujourd’hui qu’il est, en quelque sorte, réhabilité, et alors que les chasseurscueilleurs reviennent à la mode avec leur cosmogonie, leur parfaite intégration à la nature... si éloignées de nous il faut se garder d’un autre écueil, qui consisterait à le considérer comme un être supérieur. Neandertal n’était ni inférieur, ni supérieur à Homo sapiens : il était simplement différent. Ni brute épaisse, ni bon sauvage !

Qu’a-t-on Découvert Qui Plaide En Faveur De Cette “humanité” De Neandertal ?

L’étude du matériel archéologique découvert dans les sites où vécut Neandertal ainsi que de ses ossements a permis des avancées notables ces dernières décennies. Sa parfaite adaptation à son environnement, ses méthodes de chasse élaborées, ses savoir faire techniques dans la fabrication de ses outils, ses rites funéraires... témoignent de ses capacités cognitives et de l’existence de pensées symboliques. On a également découvert qu’il possédait le gène du langage. Autant de caractéristiques typiquement humaines. La pérennité de son outillage et de ses comportements démontre également une stabilité qui reflète la puissance de son mode de vie et son extrême souplesse adaptative, mais aussi des traditions culturelles différentes selon les groupes régionaux.

Encore Récemment, La Controverse Demeurait Sur L’appartenance “génétique” De Neandertal à L’espèce Humaine ?

Neandertal et Homo sapiens avaient-ils eu des enfants ensemble ? Et si c’était le cas, ces enfants avaient-ils eux-mêmes la capacité de se reproduire où étaient-ils stériles ? L’hypothèse de croisements existait, je l’avais moi-même suggérée dans un livre en 2006. Et puis une nouvelle extraordinaire est tombée le 7 mai 2010. Une équipe internationale menée par Svante Pääbo (Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig) et Richard Green, professeur à l’Université de Californie, a mis en évidence l’existence de croisements entre des Neandertaliens et de premiers hommes anatomiquement modernes. Ils ont montré, grâce au séquençage du génome des Neandertaliens, comparé avec celui de l’homme actuel (Homo sapiens), que certains d’entre nous possèdent quelques gènes Neandertaliens, en moyenne moins de 4 % du génome. Comme seuls les Européens et les Asiatiques sont concernés, ce croisement a eu lieu hors d’Afrique, probablement au Proche-Orient, entre 50 000 et 80 000 ans. C’est une véritable réhabilitation pour Neandertal, considéré pendant un siècle et demi comme un “sous-homme”, sorte de maillon faible de la chaîne des Hominidés. Mais la porte reste ouverte sur d’autres questions. Pourquoi, par exemple, ne se sont-ils plus mélangés après la période évoquée plus haut, et pourquoi ont-ils disparu ?

Justement...

À l’heure où la question de notre destinée face aux changements sociétaux et environnementaux nous taraude, la disparition des neandertaliens nous renvoie à notre propre actualité. Nous savons qu’il n’y a pas eu une extinction massive, mais une disparition progressive, qui semble coïncider avec l’arrivée en Europe de groupes d’hommes modernes, il y a environ 45 000 ans. Certaines hypothèses sont actuellement rejetées, comme le changement climatique (un fort refroidissement a eu lieu à cette période), des maladies congénitales, une pandémie liée à une infection virale apportée par les hommes modernes, leur extermination par ces derniers. En revanche, parmi les plus convaincantes, on pense à un “stress” engendré par l’arrivée d’hommes différents mais qui leur ressemblent, qui aurait provoqué une baisse de la natalité et une augmentation de la mortalité. Les études génétiques récentes renforcent une seconde hypothèse, celle d’une dissolution génétique d’une partie de la population neandertalienne dans celle des hommes modernes, par accouplement fécond.


Entretien avec Jacques Malaterre

“La préhistoire constitue un terreau extraordinaire. elle nous renvoie à toutes les interrogations sur ce que nous sommes aujourd’hui.”


À La Recherche De Nos Origines

Je n’étais pas, à l’origine, un spécialiste de la Préhistoire. Mais en réalisant trois fictions documentaires consacrées à cette période (L’Odysée de l’éspace : 2002, Homo sapiens : 2004 et Le sacre de l’homme : 2007), j’ai pris conscience que la Préhistoire constituait un terreau extraordinaire, et nous renvoyait à toutes les interrogations sur ce que nous sommes aujourd’hui. Il y a un proverbe africain qui dit: “Quand tu ne sais plus où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens...” Je crois que l’engouement actuel pour la Préhistoire vient de là, de ce malaise de la société dans laquelle nous vivons, d’une certaine perte de sens. L’homme préhistorique, lui, a pour seule motivation de survivre. Ils se sait mortel, et ressent donc un besoin vital de vivre en harmonie avec le monde et de transmettre la vie. Il est porteur de valeurs essentielles et nous ramène à des notions premières : Pourquoi fais-je ceci ou cela, quelle est ma motivation et quel en est l’intérêt ? Rien chez Neandertal n’est parasité par des phénomènes extérieurs, notamment les codes (sociaux, moraux, religieux...) de nos sociétés contemporaines. La confrontation avec l’homme préhistorique et ses valeurs peut, je crois, provoquer chez nous une introspection salutaire.