Notes du réalisateur"Je suis arménien et canadien, réalisateur de films. En tant que tel, j'ai toujours envisagé de traiter de l'histoire absolument unique du peuple arménien. Il était tentant d'adapter l'un des nombreux livres qui existent, mais je me suis rendu compte à quel point il était essentiel pour moi d'ancrer le projet dans le présent. Cela me permettait de montrer les répercussions de cet événement historique sur les générations d'aujourd'hui. Il s'agissait pour moi de permettre au spectateur de ressentir la réalité de l'horreur, au sens spirituel, pas simplement de montrer les conséquences flagrantes que représente une perte humaine ou matérielle.
ARARAT s'attache au rôle que peut jouer l'art dans notre combat pour trouver le salut après le génocide. C'est une œuvre extrêmement personnelle. J'ai déjà traité de certains de ces thèmes dans mes films précédents, mais là, c'est la première fois que j'aborde frontalement et à une telle échelle l'idée de conscience historique. Ce qui est broyé par un génocide, ce ne sont pas seulement les vies humaines. C'est l'humanité qui est en nous. La difficulté, c'était que la fiction devait arriver à marier les conséquences historiques avec les moments d'intimité que partagent les héros du film. L'Histoire, il faut la raconter. La vie, il faut la vivre.
Le film dans le film cherche à montrer les évènements historiques en s'essayant à la reconstitution, alors que le récit contemporain et les personnages d'aujourd'hui reconstruisent leur propre histoire. Ils le font selon leurs besoins, leurs souvenirs et leur imagination. En présentant l'Histoire à travers les mémoires en ruines et les témoignages de survivants (en particulier le livre de Clarence Ussher "An American Physician" in Turkey, publié en 1917), ARARAT donne la chance à tous ces personnages de se rencontrer, de se retrouver. Car ils ont un besoin vital de saisir la vérité, et ils espèrent trouver un sens à leur vie en arrivant à accepter cette vérité."
La rencontre avec Charles Aznavour
"Son agent m'avait contacté, il y a quelques années, en me disant que Charles aimerait me parler pour envisager de travailler ensemble. Nous nous sommes brièvement rencontrés à Cannes en 96, et j'ai pensé que ce serait formidable de l'inclure dans un film qui parlerait de la diaspora arménienne. Je ne savais pas quel rôle il pourrait y tenir, mais j'étais enchanté de l'avoir rencontré. Mes parents adoraient Aznavour et ses chansons ont émaillé mon enfance. Bien sûr chaque Arménien est extrêmement fier de lui et il a continué, à travers les années, à conserver et susciter une curiosité extraordinaire et une grande énergie créative. Dès notre premier rendez-vous, il m'a exhorté de faire le film le plus personnel possible. Je me souviendrais toujours de sa réaction à la première mouture du scénario. On s'est rencontré à son bureau parisien et il m'a dit que tout en aimant le concept du film, il avait des doutes sur son personnage. Il m'a dit qu'en écrivant ce rôle, je n'y avais pas inclus cette connexion émotionnelle qu'il sait si bien susciter chez autrui. Cela peut sembler présomptueux comme réflexion, mais tout simplement Charles est un professionnel de la scène, il est très lucide. En l'écoutant parler, j'ai compris que je devais personnaliser son rôle. " |
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