Notes de Prod. : Au diable Staline, vive les mariés !

    en DVD le 01 Janvier 2012

Entretien avec Horatiu Malaele

Né en 1952, Horatiu Malaele est l’un des comédiens et metteurs en scène de théâtre les plus populaires en Roumanie. Il travaille depuis plus de dix ans au sein du prestigieux Théâtre bulandra, de bucarest, que l’on pourrait comparer au Théâtre de l’Odéon à Paris. Il y a monté et interprété les grands auteurs, de Tchekhov à Goldoni, de Ionesco à Molière. Il a également été l’interprète de plusieurs récitals poétiques. Horatiu Malaele a tourné dans plus de cinquante films roumains, apparaissant également dans AMEN de Costa Gavras, en 2002. Il est aussi caricaturiste : ses quelques 3000 portraits ont été l’objet de plus de trente expositions en Roumanie
comme à l’étranger. Au diable Staline, vive les mariés ! est son premier film comme réalisateur.

Pourquoi, au milieu d’une fructueuse carrière d’acteur et de metteur en scène au théâtre, avoir choisi de signer aujourd’hui un premier film ?
Je pense que les acteurs, les scénographes, les écrivains, les peintres, les poètes, les chorégraphes et les metteurs en scène habitent le même quartier. « On n’est pas si nombreux, mais on vient tous d’Athènes » disait Pier Paolo Pasolini, il y a longtemps déjà. Le déménagement d’un bâtiment à l’autre, d’un appartement à l’autre, est le fruit du temps et de la chance. J’ai eu envie de raconter cette histoire, qui est une histoire
vraie. Elle a eu lieu dans l’espace du « bloc de l’Est », quand l’humanité se trouvait dans une bizarre et inexplicable somnolence. Peu importe de dire précisément l’endroit en Roumanie où cette tragédie a eu lieu : elle aurait pu se passer n’importe où dans cette partie du monde. J’ai raconté cette histoire à plusieurs réalisateurs, et finalement, je m’y suis mis moi-même : le scénario a obtenu un prix du Centre National du Cinéma Roumain, nous avons pu réunir un petit budget, et je me suis lancé. La scène centrale qui donne son titre au film est-elle métaphorique de la situation de la Roumanie, réduite au silence par le joug communiste ?
Non, parce que la Roumanie n’a jamais été réduite au silence. On a suspendu le droit légitime de parler à haute voix. Mais les Roumains ont chuchoté deux fois plus ! Avec beaucoup de souffrance, mais avec beaucoup d’humour. Paradoxalement, plus le pays a été accablé, plus l’humour masochiste de cette nation a explosé.
Pourquoi situer l’histoire à la mort de Staline, en 1953 ? On imaginait au contraire une amélioration de la situation du pays à partir de cette date... bien au contraire : « le roi est mort, vive le roi ». Le bourreau a été changé par un autre. La peur du peuple a endossé les habits neufs d’un nouveau dictateur, c’est tout. Je n’ai pas connu cette période, mais mon père, qui est mort il y a deux ans, m’en a beaucoup parlé.

Quel style avez-vous voulu donner au film ?
Dans tous les domaines où j’ai travaillé, j’ai refusé d’être l’esclave d’un style, d’un courant ou d’un dogme. Le fond impose la forme, chaque histoire trouve son ton. Ou ses tons, puisque la vie, qui n’est jamais monocolore, impose sans cesse des changements de registre. Le film alterne le tragique et le burlesque, le réalisme
et le fantastique. Je suis attiré par les films expressionnistes, ou par un certain « réalisme fantastique » ; mais quand on interroge un romancier comme Gabriel Garcia Marquez, il se définit d’abord comme «réaliste» tout court ! Peut-être en Europe de l’Ouest oublie-t-on parfois que la Roumanie est le pays de Ionesco, de
Cioran, de Mircea Eliade ou de brancusi. visitez la Roumanie et votre imaginaire fantastique deviendra réalité !

Quand Iancu embrasse Mara à travers le drap, on pense à un fantôme : votre film est-il une histoire de fantômes ?
Non, malheureusement. Les personnages sont dramatiquement réels. Iancu a été et restera pour toujours le nom de mon père

Comment avez-vous choisi les acteurs du film ?
Ce sont des gens que je connais tous depuis longtemps, avec qui j’ai déjà joué, ou que j’ai dirigés sur scène. Il fallait cette complicité, car le tournage n’a duré que 26 jours, et beaucoup de scènes demandaient des mises en place très précises. Pour n’en citer que deux, Meda victor, qui joue Mara, est déjà une grande actrice et une danseuse exceptionnelle. Alexandru Potocean, qui joue Iancu, est un acteur à la personnalité unique, que vous avez déjà vu dans 4 MOIS, 3 SEMAINES ET 2 JOURS, de Cristian Mungiu. Selon moi, ce sont deux acteurs promis à un grand avenir.

Justement, quelle influence les récents succès internationaux de la “nouvelle vague roumaine” ont-ils eue sur le cinéma dans votre pays ?
Les films de Mungiu ou Puiu appartiennent à un courant que l’on appelle chez nous «minimaliste». Ce ne sont pas des films surgis de nulle part, ils sont le fruit d’une histoire cinématographique puissante que les aléas de la politique en Roumanie ont rendue invisible... Il y a aussi une part de nécessité économique dans leurs
choix esthétiques. Mon film est différent, peut-être fait-il déjà partie de la vague suivante...!
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 275 entrées
  • 1er jour IDF : 1 065 entrées
  • 1ère semaine IDF : 8 906 entrées
  • Cumul IDF : 16 303 entrées

  • 1ère semaine France : 20 657 entrées
  • Cumul France : 46 615 entrées