Au secours, j'ai 30 ans
Genre : Comedie - Durée : 1H33 mn
Sortie en salles le 30 Juin 2004 - en VOD/DVD le 26 Janvier 2005
Presse
Spectateurs

Entretien avec Marie-Anne Chazel

Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de faire ce film ?

"J'étais à la recherche d'un sujet. Une amie m'a prêté un livre "Le club de la Dernière chance", de Marian Keyes. J'ai adoré le propos, le ton aussi. L'histoire de ces trois amis d'enfance qui partent tenter leur chance et jurent de rester solidaires quoi qu'il advienne me parlait. Mais il n'y avait pas que cela, le livre évoquait aussi le temps qui passe, la peur de ne pas avoir fait tout ce qu'il fallait à temps, et surtout ce qui arrive lorsqu'un événement grave vient tout bouleverser. J'étais sensible à l'humanité du propos, à son optimisme réaliste, à son potentiel de comédie. Je trouve que l'expression "comédie très légèrement dramatique" définit bien l'ensemble. J'ai aussi aimé les personnages féminins, d'une très grande justesse. Ce qui y était dit sur les rapports amoureux m'intéressait énormément."

Vous auriez pu vous contenter d'en écrire un scénario, ou peut-être même de le jouer. Qu'est ce qui vous a décidé à passer à la réalisation ?

"J'avais envie de raconter une histoire à ma façon et je me sentais enfin prête. Il m'aura fallu du temps, mais je ne suis pas du genre à forcer les choses. Je ne suis pas venue à la réalisation par principe ou parce que beaucoup de mes camarades l'avaient fait, mais vraiment pour exprimer une sensibilité autrement que par le seul jeu.
Tout ce que j'ai pu fare au théâtre, au cinéma et à la télévision m'a nourrie. Mais réaliser est beaucoup plus impliquant que simplement jouer ou écrire. Il faut se donner entièrement au projet, imaginer des images, diriger les acteurs, trouver en permanence des solutions. L'aspect relationnel est aussi largement plus important : on doit motiver l'équipe, répondre à toutes les questions. Je suis dans ce métier depuis suffisamment longtemps pour avoir observé pas mal de cas de figure, et cela me rendait modeste par rapport à cette fonction ! J'ai donc pris mon temps.
C'est aussi pour cela que dès le départ, j'ai décidé de ne pas jouer dans le film. Je ne voulais pas me disperser, surtout pour un premier film. On ne peut pas être partout. J'aurais été moins à l'écoute, moins disponible. Il y a quand même un clin d'œil ! Je suis la voix téléphonique de la mère de Kathy, lorsqu'elle apprend qu'elle veut créer un élevage de lamas en Bretagne… Le reste du temps, je suis réalisatrice. C'était déjà assez prenant comme ça.
Au fur et à mesure que le pesait de plus en plus lourd et qu'il exigeait tout de moi, j'ai découvert d'autres sources d'énergie. Ce que vous donnent les autres comédiens est une fantastique motivation ; ils vous font le cadeau de leur confiance, de leur énergie. L'équipe était aussi autour de moi pour m'aider, l'ambiance sur le plateau était absolument géniale. Alors que j'ai démarré avec le désir de faire un film d'acteurs, j'ai découvert par exemple, le plaisir du cadre, celui de composer des images, de jouer avec le décor, d'y placer plein d'éléments qui ajoutent encore du sens.
Malgré les difficultés, les problèmes de temps, d'argent, nous avons beaucoup ri et raconté une histoire qui nous tenait à cœur. Etrangement, les craintes que j'avais pu éprouver se sont estompées au fur et à mesure. Mes fragilités ne sont pas manifestées là où je l'aurais pensé."

Le fait d'avoir réalisé votre court métrage avait-il constitué une sorte de répétition ?

"En réalisant LE CŒUR SUR LA MAIN – dix minutes avec dix comédiens ! – je m'étais aperçue que diriger des acteurs dans une comédie ne me posait aucun problème et que raconter une histoire m'excitait vraiment. Mais il me restait l'essentiel à découvrir : la nécessité d'endurance, le plaisir de tenir, et la rencontre que constitue chaque projet."

Le montage financier a-t-il été facile ?

"On croit souvent que l'on a un nom connu, tout vous est plus facile. Ce n'est pas vrai. Le cinéma est un milieu professionnel comme les autres et personne ne risque des millions simplement parce que vous êtes une actrice, une copine ou une compagne. Pour ce film, nous n'avions aucune major, nous l'avons monté comme des indépendants, parce que nous y croyions. Nous n'avons trouvé le distributeur que depuis peu de temps, et heureusement que France 2 et Canal + ont misé sur ce projet.
Tous ceux qui ont travaillé sur ce film, comédiens, techniciens, producteurs et distributeurs, sont venus parce qu'ils aimaient l'histoire. c'est à mon avis la meilleure garantie pour obtenir un film sincère."

L'adaptation

Vous êtes également co-scénariste. Comment avez-vous adapté le roman de Marian Keyes ?

"J'ai travaillé avec un écrivain, . Nous nous sommes très bien entendus. Ce bouquin est un énorme pavé qui couvre toute la vie des personnages. Il fallait, sans en perdre l'essence, en choisir les moments les plus significatifs tout en construisant les personnages. Il fallait connaître Yann, Kathy et Tara suffisamment pour s'y attacher, comprendre leurs enjeux, leurs parcours particuliers. Tous ont une existence intime et une vie au sein du trio. Sans parler de tous ceux qui les entourent et traversent cette période forte avec eux.

Le tournage

Comment s'est déroulé le tournage ?

"Nous avons tourné quarante jours, le planning était chargé. L'ambiance était excellente même si nous avons commencé par le pire. On aurait voulu tourner à Groix, mais cela revenait trop cher, alors, nous avons cherché ailleurs. Il nous fallait une grande plage déserte avec un phare, un café dans son jus. Nous avons trouvé du côté de Saint-Brieuc.
Nous avons commencé par tourner les scènes d'enfance et de bord de mer. Le premier jour, un camion électro s'est enlisé, celui de la régie a cassé un essieu et il y a eu une tempête de force 9 alors que je devais faire jouer trois jeunes enfants !
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