Notes de Prod. : Azur et Asmar

    en DVD le 26 Avril 2007

Entretien avec la comédienne Hiam Abbas

Comédienne (voix de Jénane) et répétitrice des comédiens arabophones

Comment êtes-vous entrée en contact avec Michel Ocelot ?
Hiam Abbas : C’est Gigi Akoka, la directrice de casting, qui m’a appelée pour me dire que Michel cherchait des voix pour son nouveau projet. Au départ, elle ne m’a pas parlé d’un rôle, mais elle m’a expliqué qu’elle cherchait quelqu’un qui puisse juger si les comédiens pouvaient bien parler l’arabe ou pas. Lors de notre premier entretien, Michel a été assez en retrait, assez distant, ce qui m’a surprise, car dans notre métier de comédien, on a généralement un contact décontracté et familier. Il m’a d’abord demandé d’enregistrer un texte en arabe classique sur un CD, qu’il a fait écouter à des gens de confiance, qui lui ont confirmé que j’étais capable de faire le travail de «coach» que l’on attendait de moi. Quand j’avais lu le scénario, le rôle de Jénane m’avait beaucoup plu. Dès notre première rencontre, j’ai dit à Michel «Je veux le rôle de Jénane !» mais il est resté de marbre ! Il n’a eu aucune réaction. J’ai compris qu’il était hésitant, mais je ne savais pas encore pourquoi. J’ai donc commencé ce travail, qui consistait à rencontrer les comédiens, à tester leur connaissance de l’arabe, afin de savoir si on pouvait aller plus loin avec eux.
Dans certains cas, dès le premier contact, il était évident qu’ils n’avaient pas le niveau de maîtrise de la langue qui était nécessaire. Il y avait aussi une partie des comédiens qui pouvaient reproduire les sons de l’arabe classique sans en maîtriser la lecture. J’avais préparé pour eux des textes rédigés en phonétique, pour leur permettre de faire des essais de voix. Beaucoup d’entre eux ont travaillé de leur côté, puis sont revenus faire de nouveaux essais. Nous avons procédé à une seconde sélection, puis réalisé une série d’enregistrements au cours desquels je dialoguais avec les comédiens en lisant les répliques de Jénane. Michel a écouté ces bandes pour choisir les comédiens. A un moment, Gigi m’a dit «Ce serait bien que tu enregistres une bande de la voix de Jénane, pour que Michel puisse se faire une idée». Ce à quoi j’ai répondu «Il m’a déjà entendue dans le rôle sur toutes les bandes du casting ! Il connaît déjà ma voix et doit donc savoir si elle lui plaît ou pas !» Mais je n’avais pas abandonné pour autant l’idée que le rôle serait à moi, un jour !

Vous vous êtes donc retrouvée dans la position frustrante d’aider Michel à trouver des actrices...pour jouer le rôle que vous vouliez interpréter vous-même ?
Oui. Ça a été difficile pour moi, surtout quand nous avons organisé un casting à Tunis, puisque Michel ne trouvait pas son bonheur parmi les comédiennes que nous avions vues en France. Il a fallu faire passer des essais à des comédiennes de théâtre renommées, et quand j’en parlais au téléphone avec Michel, je lui disais «Tu vas voir, au final je vais quand même être la meilleure pour ce rôle !». On en riait ensemble, c’était une boutade. Parmi les seize comédiennes que j’ai rencontrées là-bas, il y en a une qui lui a vraiment plu. Et là, c’est vrai que ça a été dur pour moi. Pendant un moment, il a été question que ce soit elle qui tienne le rôle, mais cela ne s’est pas fait. Je crois que ce qui a «bloqué» Michel en ce qui me concerne, c’est qu’il ne voulait absolument pas voir les gens avant d’entendre leurs voix. Il jugeait sans doute que sa perception de ma voix était faussée parce que nous nous connaissions et que nous avions sympathisé.
Un jour, à Paris, alors que je sortais d’un tournage de film, j’ai allumé mon portable et entendu un message qui disait «Hiam, bonjour, c’est Michel. Puis-je avoir l’honneur de vous proposer le rôle de Jénane ? Au revoir.» J’ai d’abord éclaté de rire, mais ensuite j’ai eu peur d’avoir mal compris. J’ai réécouté le message plusieurs fois de suite, puis j’ai rappelé Michel et je lui ai dit, sur le même ton solennel «Michel, j’ai l’honneur d’accepter votre proposition !».

Comment avez-vous réagi quand vous avez découvert le projet ?
Ma grande fille et moi avions regardé Kirikou et la sorcière en boucle, des dizaines et des dizaines de fois. Donc, dès le premier contact à propos de ce projet, je connaissais l’univers de Michel. J’ai adoré l’histoire de Azur et Asmar, qui montre de manière universelle comment on peut approcher deux rives. Moi qui vit à cheval entre deux mondes, j’ai reconnu mon univers. Le mélange des deux langues m’a d’autant plus touchée que j’avais utilisé moi aussi cette cohabitation du français et de l’arabe classique dans le court-métrage La danse éternelle que j’avais réalisé un an plus tôt.

En tant que comédienne, quels sont les moments d’Azur et Asmar qui vous ont plus particulièrement marqués ?
Le moment où le père renvoie Jénane m’a bouleversé. La scène de la séparation avec Azur, qu’elle considère comme son propre fils, est également très émouvante. Et j’adore la fin, qui est belle, ouverte, qui incite les gens à rester eux aussi les yeux et le coeur ouverts. J’aime beaucoup le personnage de Crapoux, qui a tous les préjugés du monde, qui dénigre tout ce qu’il voit dans le pays où il est venu vivre. J’aime l’universalité des personnages, que l’on perçoit avec l’intellect, mais aussi avec les sentiments, grâce aux scènes d’émotion très fortes, qui permettent de s’identifier à eux.

Que pensez-vous du message du film dans le contexte de la France actuelle ?
Il ne pouvait pas tomber mieux. Je n’aime pas les films «à message» lorsqu’ils sont trop militants, mais j’aime les films qui parlent aux êtres humains, à leurs coeurs. Je suis fière de faire partie de cette équipe. J’en plaisantais d’ailleurs avec Michel, il y a peu. Je lui ai dit «Tu crois que c’est ton film, mais non, c’est notre film à tous !». Tout a été fait avec une telle bonne volonté, une telle envie de qualité, une telle envie que le monde bouge, évolue et progresse...

Entretien avec le réalisateur, Michel Ocelot

Aimiez-vous les contes des mille et une nuits quand vous étiez enfant ?
Michel Ocelot: Je ne les connaissais que vaguement. J’avais un livre pour enfants d’après «Aladin et la Lampe Merveilleuse». C’est plus tard que j’ai lu en entier la première traduction de ce monument, la plus connue, celle d’Antoine Galland. Elle eut un succès foudroyant en France, sous Louis XIV, succès qui s’est répandu dans le monde entier, à partir de cette adaptation française, dont le style raffiné — il s’agissait de plaire à la cour de Versailles — ne rendait pas compte de la truculence de l’original, mais avait son charme. L’engouement planétaire a rejoint le monde arabe, qui ne s’était jamais penché sur cette recension d’histoires populaires, et qui s’est mis à en écrire des versions originales, postérieures à la publication de Galland... J’ai lu ensuite la traduction contemporaine de Roger Khawam, qui elle était fidèle au style d’origine. Les deux versions m’enchantent.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 92 747 entrées
  • Cumul IDF : 276 489 entrées

  • 1ère semaine France : 430 753 entrées
  • Cumul France : 1 783 092 entrées