Alejandro González Iñárritu a souhaité combiner l’esthétisme hyper-réaliste de certaines scènes avec des séquences oniriques. Le directeur de la photo,
Rodrigo Prieto, explique : «
Nous avons représenté le voyage émotionnel des personnages à travers l’utilisation de différentes pellicules et de différents formats. Ainsi, les différences subtiles entre la qualité des images de chaque histoire renforçaient le ressenti de lieux différents, géographiquement et émotionnellement. Nous avons ensuite combiné numériquement les différents formats d’objectifs utilisés en un seul négatif, de la même manière que toutes ces cultures, ces langues, s’unissent pour devenir un seul et même film ».
Brigitte Broch, la chef décoratrice, raconte : «
Que ce soit en travaillant dans les extraordinaires paysages du Maroc ou en observant l’étrange mélange de la société de Tokyo, Babel m’a façonnée et m’a permis de mieux comprendre l’humanité. Nous avons décidé de peindre le film dans des tons de rouge différents selon les pays. Des tons de terre, orange, pour le Maroc ; un rouge électrique pour le Mexique, et des tonalités plus subtiles de rouge et de violet pour le Japon ».
Pour Alejandro González Iñárritu et son équipe, il fallait aussi rester vigilants afin de ne pas succomber aux tentations esthétiques offertes par des endroits aussi séduisants visuellement que les villes dépeintes dans le film.
Stephen Mirrione, le chef monteur, explique : «
Pour monter Babel, nous nous sommes concentrés sur chaque détail microscopique à l’intérieur de chaque scène. Plus de 2500 placements de caméra distincts ont été tournés, ce qui nous a donné une palette innombrable d’images et de sons dans laquelle piocher. Il y a environ 4000 coupes dans le film, c’était comme assembler une immense mosaïque de tous petits éléments, chacun très précisément conçu ».
Martín Hernández, ingénieur du son, raconte : «
Lorsque je me trouvais sur le tournage de Babel, à essayer d’enregistrer les sons de chacun des espaces du film, j’ai pensé que j’étais là pour entendre. Je me trompais. Quand je me suis retrouvé devant le tout dernier montage d’Alejandro, je me suis mis à écouter vraiment. J’ai appris à écouter ce qu’il entend, et je suis à présent capable de le comprendre. Ce film parle des autres, de l’Autre, de celui qui semble un étranger, mais en fin de compte, il parle de nous-mêmes ».
Le compositeur
Gustavo Santaolalla a apporté au film ses touches finales de sentiment et de profondeur. «Dans
Babel, quatre histoires se déroulent dans trois parties du monde très différentes, et la difficulté a été de trouver un son, un instrument dominant capable de relier tous les personnages et les lieux, de conserver une. J’ai trouvé cette voix musicale avec l’oud, un instrument arabe, ancêtre de la guitare espagnole qui rappelle aussi le koto japonais. Ce son, allié à d’autres instruments, est ce qui crée le tissu sonore de
Babel.»
L’équipe technique rassemblant
Rodrigo Prieto,
Brigitte Broch et Gustavo Santaolalla, ainsi que
Martín Hernández, accompagne Alejandro González Iñárritu depuis
Amours Chiennes.
«
Ils sont ma famille créative, confie le réalisateur.
Même lorsqu’un film est un témoignage aussi personnel, le créer repose sur un processus de collaboration intense. C’est une orgie de création dans laquelle chacun donne le meilleur de son talent, et je dois à toute mon équipe. »
Du point de vue des producteurs,
Babel a représenté de nombreux défis, mais le plus grand de tous a sans doute été de conserver l’intégrité créative du film. «
Babel est la production la plus exigeante et la plus gratifiante de toute ma carrière », confie
Jon Kilik, producteur.
Steve Golin, producteur, ajoute : «
Chaque jour me donnait l’opportunité de découvrir les méthodes de travail d’autres professionnels du cinéma dans un contexte international, et cela m’inspirait en tant que producteur. Avoir réussi à surmonter les obstacles et les frontières du langage pour trouver le moyen de travailler les uns avec les autres a contribué à rendre ce voyage absolument unique ».
Imaginer Babel
Chacun des lieux de tournage de
Babel a joué un rôle dans la vie d’Alejandro González Iñárritu. Celui-ci a fait un voyage au Maroc à l’âge de 17 ans qui a changé sa vie… De la même manière, les précédents voyages du réalisateur au Japon lui ont donné envie d’y revenir avec une caméra.
Une autre source d’inspiration d’Alejandro González Iñárritu a été le fait d’avoir quitté sa maison de Mexico pour venir habiter aux États-Unis. Il voulait qu’une de ces histoires se déroule dans le contexte de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
«
Etant moi-même immigrant, j’y ai gagné un regard plus clairvoyant sur moi-même, mon pays et mon travail. J’ai aussi compris ce que c’est d’être un citoyen du Tiers-Monde vivant dans le premier pays du monde. »
Babel, une expérience véue
Le tournage de
Babel a débuté au Maroc en mai 2005, puis s’est poursuivi au Mexique et à Tokyo. Au Maroc, il a fallu trouver un lieu de tournage qui puisse représenter une petite enclave confinée du sud du désert. Alejandro González Iñárritu a découvert le village berbère de Taguenzalt. Situé dans les contreforts de l’Atlas, dans les gorges rocheuses de la vallée de Drâa, le village comporte des bâtiments anciens, des maisons en adobe dont les pièces ouvrent sur une cour intérieure.
Après le Maroc, l’équipe de tournage s’est rendu à Tijuana, au Mexique. C’est la ville rurale de El Carrizo, dans le Norteno, qui a représenté le hameau de Los Lobos, où se trouve la maison délabrée d’Amelia.
Certaines séquences clés ont aussi été tournées le long de la frontière entre le Mexique et la Californie : c’est là qu’Alejandro González Iñárritu a tourné les vues depuis le côté mexicain de la frontière, avec les caméras de surveillance sur le grillage, les projecteurs de milliers de watts et les gardes armés, comme une forteresse...
Pour finir, Iñárritu et son équipe sont partis à Tokyo. Bien qu’il s’agisse du seul endroit urbanisé du film, les difficultés n’ont pas été moindres pour autant... «
Tokyo a été une expérience aussi merveilleuse qu’éprouvante. Les choses vont très lentement là-bas et il n’existe pas de commission du film pour vous aider. Il n’y a pas de permission pour tourner, il faut donc constamment échapper à la police. Il a fallu braver tout ça et travailler dans un esprit un peu guérilla, être prêt à improviser, à se déplacer vite... »
Alejandro González Iñárritu conclut : «
Lors de chaque phase de la création de Babel, la fiction était nourrie et transformée par ce que nous apprenions et expérimentions. Chaque jour, j’ajustais et adaptais le scénario, en fonction de ce qui me frappait ».