«
Bad Times est un film sur l’amitié et l’entrée dans la vie adulte », explique son scénariste/réalisateur
David Ayer. « C’est une parabole et un avertissement. J’ai tenté d’y décrire une période charnière de notre vie, où nous croyons avoir tout compris du monde qui nous entoure. »
David Ayer écrivit
Bad Times il y a une dizaine d’années, à l’aube d’une brillante carrière de scénariste, comme un adieu à sa jeunesse mouvementée dans les bas quartiers de Los Angeles. « J’ai cherché à montrer des aspects méconnus de L. A. et des rues du centre-ville que je hantais durant mon adolescence. J’ai voulu dépeindre une amitié basée sur des codes et des règles très spécifiques. J’avais également envie de parler des gens que j’ai côtoyés à cette époque. Bien des cœurs et bien des vies se sont précocement brisés dans ces “mean streets”. Mais la majorité d’entre nous a trouvé la force de s’en tirer et de survivre. Qu’est-ce qui a fait la différence? Nos choix personnels, y compris certains qu’on croyait erronés... ».
LES PERSONNAGES
« Jim Davis (
Christian Bale) est un gars qui revient du front et s’efforce d’entrer dans la police », indique Ayer. « Mais la guerre continue de lui pourrir la vie, de lui brouiller la vue, de lui donner d’atroces cauchemars. »
Christian Bale, qui s’est essayé avec succès à des rôles de nature très diverse et à des compositions d’une rare intensité, fut immédiatement captivé par le scénario. « Il l’avait lu il y a quelques années et avait totalement accroché », révèle
David Ayer. « Il n’était pas près de l’abandonner à un autre acteur. »
Jim n’a qu’un seul réconfort dans la vie : son amitié pour Mike Alvarez (
Freddy Rodriguez). « Ces deux-là se croient encore au lycée. South Central est leur fief, leur terrain de jeux favori », explique Ayer. « Mike a grandi dans ce quartier “sensible” sans que cela déteigne sur lui », enchaîne
Freddy Rodriguez. « Il a connu tous les dealers et tous les voyous du coin, mais il n’est pas devenu une “racaille” pour autant. C’est un type doué d’un réel potentiel. Dommage qu’il se contente de boire et faire la fête avec Jim. »
David Ayer choisit Rodriguez dès la première audition : « Il avait parfaitement cerné le personnage. Aucun acteur n’aurait pu l’égaler. » Rodriguez et Bale, qui sont ensemble à l’écran durant la majeure partie du film, nouèrent de solides liens d’amitié, à l’image de leurs personnages.
« Freddy et Christian fonctionnent vraiment bien ensemble », souligne
David Ayer. « On croit sans peine qu’ils se connaissent depuis toujours et qu’ils ont grandi dans le même coin. Leur complicité faisait plaisir à voir. » Pour conclure
David Ayer déclare : « Ce film parle d’une seule et même voix de la première à la dernière scène. Il ne cherche pas à justifier ou excuser les comportements de ses personnages. Il leur permet simplement de s’exprimer avec leurs propres mots, comme les jeunes de ces quartiers. En fin de compte, Jim et Mike incarnent deux faces de la même personne, qui doivent coexister et lui sont nécessaires pour s’ouvrir à la vie et à l’amour. »
LE TOURNAGE
Les succès scénaristiques de
David Ayer (
Fast And Furious,
Training Day) l’encouragèrent à réserver le script de
Bad Times pour ses débuts dans la réalisation. Aussi authentique que le percutant
Training Day,
Bad Times se veut à tous égards un film indépendant. « Les grands studios n’ont d’ailleurs rien compris à l’histoire », se souvient-il. « Ils aimaient les protagonistes, leur univers et leurs attitudes, mais l’histoire leur paraissait trop dure. Elle les mettait mal à l’aise. Les personnages ne sortaient pas tous indemnes de ce film. C’était une de ses raisons d’être. L’aurais-je fait, sinon? »
David Ayer décida de violer une règle de base du financement : ne jamais investir son propre argent dans la production d’un film. Il hypothéqua sa maison et put ainsi disposer d’une entière liberté artistique : « Je n’ai eu de compte à rendre à aucun patron, et aucun comité ne m’a expliqué comment rendre mon film incolore, inodore et sans saveur. Un pur bonheur! »
Le tournage, d’une durée de 26 jours, débuta dans une bourgade mexicaine des environs d’Ensenada. Le Mexique, pays natal de Marta, la petite amie de Jim, joue un rôle clé dans le film, et
David Ayer veilla à en donner une image respectueuse et authentique. « En d’autres mains, certains épisodes auraient pu prendre une coloration déplaisante, cruelle et raciste », note l’actrice
Tammy Trull. « Sachant l’amour que David voue à notre culture, je n’avais aucune crainte à cet égard. Je savais qu’il y mettrait une grande délicatesse. Ces gens sont dénués de ressources, mais non d’amour-propre. Il y a chez eux un fonds de fierté et de noblesse qui les rend beaux. »
La scène la plus intense du film, où Jim menace de tuer Marta, fut également réalisée sur place, dans un décor de fiesta. « Ce fut le moment le plus inconfortable de tout le tournage », rapporte Ayer. « C’était éprouvant, non seulement pour les acteurs, mais pour l’équipe. Nous avions hâte d’en finir. » L’équipe s’établit ensuite à Los Angeles, où le tournage se déroula principalement dans les quartiers de Watts, Echo Park et Lincoln Heights. Ayer, la chef décoratrice
Devorah Herbert, le directeur photo
Steve Mason et le régisseur d’extérieurs Earnest Lewis avaient repéré et sélectionné un ensemble d’immeubles, d’appartements, de rues et de maisons permettant d’inscrire chaque séquence dans le décor le plus authentique et le plus approprié.
Steve Mason, le directeur de la photo, élabora avec
David Ayer un style visuel naturaliste : « Nous tournions dans les quartiers les moins éclairés du centre- ville et travaillions en petite équipe, avec un minimum de matériel électrique. Il fallait escalader les pylônes de téléphone et y fixer des lampes au mercure ou au sodium pour éclairer les rues. Cela donne des textures de peau fantastiques, avec des reflets verts et orangés » Ils choisirent de tourner en Super 16 pour renforcer l’âpreté visuel. « Cela nous a aussi permis de récolter un matériau beaucoup plus abondant, du fait que nous tournions fréquemment à deux caméras, et que chaque chargeur contient le double de pellicule d’une caméra 35 mm », précise
Steve Mason. Reflet des expériences personnelles de
David Ayer,
Bad Times a été porté de bout en bout par sa conviction, mais aussi par l’engagement de toute une équipe. « Cette histoire a une résonance encore plus grande pour moi aujourd’hui que lorsqu’elle était à l’état de script. Elle a pris sa vraie dimension en s’enrichissant de l’apport de chacun. Beaucoup de gens l’ont nourrie et lui ont permis de s’épanouir au-delà de tout ce que j’aurais pu obtenir par mes propres moyens. »