Notes de Prod. : Balzac et la petite tailleuse chinoise

    en DVD le 17 Juillet 2003

Notes du réalisateur

Lorsque vous l’écriviez, imaginiez- vous que Balzac et la petite tailleuse chinoise allait devenir un tel succès de librairie ?

"Pas du tout. J’ai même été extrêmement étonné de ce que ce livre devienne un best-seller."

Comment ce livre est-il devenu un film ?

"Parce qu’une société de production s ’y est intéressé. En fait, plusieurs producteurs ont contacté mon éditeur, mais Lise Fayolle a su me parler du livre et du film que l’on pourrait en faire. Elle n’a pas essayé de m ’imposer ses idées sur le scénario, partant du principe qu ’il ne s’agissait pas là d ’un scénario original mais de l ’adaptation d ’un roman. Elle aimait le roman et souhaitait retrouver dans le film la même histoire et l’émotion qui s’en dégage. Parce qu’il s’agit d’un film, j’ai ajouté quelques scènes qui font que l’histoire devient contemporaine, tout en restant pour l’essentiel dans son contexte chinois des années 70. "

Pourquoi avoir voulu tourner en Chine ?

"Parce que c’est là que ça se passe et je n’ai même pas envisagé que cela puisse se tourner ailleurs. Ce que je raconte dans ce film, c’est une tranche de vie. Une tranche de ma vie.
J’avais besoin de retrouver un certain réalisme dans les décors et les gens. Les autorisations de tournage ont été difficiles à obtenir ? Elles ont surtout été longues à venir ! Au début, je pensais que les Chinois ne voulaient pas que l’on évoque cette période-là de l’histoire de la Chine. Mais là n’était pas le vrai problème.
Les responsables de la censure chinoise n’aimaient pas les images que véhiculent certains personnages du film qu’ils trouvaient caricaturaux. Ainsi, le chef du village leur semblait être la parodie d’un communiste primaire dont ils ne pouvaient pas admettre qu’il ait bel et bien existé. Autre pierre d’achoppement : l’idée qu ’un livre, et à plus forte raison un livre étranger, puisse changer le cours de la vie de qui que ce soit en Chine …"


Vous avez donc retravaillé le scénario en fonction des diktats de la censure ?

"Non, ce n’est pas tout à fait ça. J’ai réfléchi sur le personnage du chef du village. Lui aussi était, en fait, une victime de son époque. J’ai donc “humanisé ” le personnage. . Son statut de chef ne le met pas à l’abri des rigueurs de la vie quotidienne et de la violence de l’environnement. Et s’il est primaire, il n’est pas sot pour autant puisqu’il sait utiliser Luo et Ma pour ce qu ’ils sont capables d ’apporter à la communauté : du rêve et du divertissement. Plus complexe était l’histoire du livre étranger. Il n’était évidemment pas question de changer le fait que les protagonistes de l’histoire allaient être transformés par la lecture, mais il fallait composer avec la censure qui voulait que cette transformation soit le fait d ’un livre chinois…
Sauf qu’on n ’a pas trouvé le livre chinois adéquat ! Nous avons des chefs-d’œuvre dans notre littérature, mais les histoires qu ’ils racontent restent extrêmement classiques. Les empereurs, les reines, les mandarins, c’était vraiment trop éloigné de cette petite tailleuse. Balzac était bien plus accessible, parce que plus universel. J’ai défendu cette vision des choses, finalement aidé par moult intellectuels chinois de ma génération qui avaient, peu ou prou, l’oreille de la censure. Bref, on a fini par avoir l’autorisation de tourner en Chine sans que les modifications mineures apportées au scénario ne remettent en cause l’intégrité du film.
Mais pas l’autorisation de le montrer au public chinois … Non. Pas encore."