Comment êtes-vous arrivé sur Bambou ?
Au départ, c’est
Pierre Grunstein, le producteur exécutif, qui m’a contacté parce qu’on a souvent collaboré depuis
L'Ours de Jean-Jacques Annaud. Quand j’ai compris la complexité du projet, j’ai d'abord pensé proposer à Pierre des races de chiens avec lesquels il est facile de tourner. Mais en rencontrant
Didier Bourdon, je me suis rendu compte qu’il voulait absolument travailler avec un cocker golden.
C’est d’ailleurs la race de son propre chien…
Oui, et j’ai d'abord essayé de travailler avec sa petite chienne puisque c’est elle qui lui a inspiré le sujet du film. Mais je me suis vite aperçu que c’était impossible : au bout de deux jours, Didier m’appelait sans cesse pour savoir si elle allait bien ! Du coup, j’ai fait des essais avec une dizaine de cockers : il fallait que ce soit un chien très attendrissant, d’un poids léger, mais pas un chiot puisque, par définition, un chiot est appelé à grandir. C’était compliqué car la plupart des cockers dépassent les 15 kg et qu’on voulait un animal de 10 kg maximum...
Ce n’était donc pas une méthode de travail traditionnelle.
Pas du tout. En général, on commence par rechercher des animaux avec lesquels il est facile de tourner, puis on s’adapte aux contraintes du scénario. Avec Bambou, il fallait d’abord rechercher une morphologie spécifique : j’ai fini par trouver un chien qui correspondait aux attentes de Didier, mais qui n’avait jamais eu d’expérience de tournage. Du coup, cela a nécessité une très grosse préparation.
Vous avez utilisé plusieurs chiens.
C’est ce que j’appelle des “sécurités.” Au total, j’ai choisi quatre chiennes pour nous couvrir en cas de problème, d’autant que celle qui convenait le mieux à Didier du point de vue morphologique n’avait pas toutes les aptitudes requises. Mais j’ai surtout travaillé avec deux chiennes : la première a assuré près de 90% du tournage et la deuxième nous a servi pour les scènes les plus rythmées.
Avez-vous un exemple en tête ?
Par exemple, lorsque Didier et Anne arrivent chez
Annie Duperey, il fallait que le chien débarque à toute allure et pose ses pattes sur Didier. On aurait pu tourner la scène avec la chienne principale, mais comme nous avions un animal plus énergique et plus vif, nous l’avons utilisé pour rendre l’effet du gag plus efficace.
Comment avez-vous préparé les animaux ?
On avait environ trois mois de préparation, ce qui est très peu. On a d’abord entraîné les chiens aux exercices de base – aller, revenir, repartir etc. – avant de les confronter à des situations plus compliquées pour eux pour qu’ils ne s’effondrent pas face à un événement qui leur semble inhabituel. Par exemple, on les a amenés dans des lieux très bruyants, comme une gare ou un hypermarché, pour qu’ils continuent à travailler normalement, en ne se laissant par perturber par la foule autour d’eux. Ce sont des situations qui paraissent anodines à l’image, mais qui demandent énormément de préparation.
Comment s’est passé le tournage ?
Notre plus gros atout, c’est que Didier a un excellent contact avec les chiens et qu’il connaît leurs limites. Quand je lui disais qu’il fallait arrêter, il m’écoutait : il comprenait qu’il nous restait encore cinq semaines à tenir et qu’il ne fallait pas épuiser l’animal. Du coup, comme Didier était le moteur du film, il n’y a jamais eu de tension. C’était d'autant plus délicat que les petits cockers avec lesquels nous avons tourné sont particulièrement sensibles. Il fallait donc veiller à ce qu’ils ne stressent pas pour qu’ils soient bons du début à la fin du tournage. Au final, on a obtenu des regards tendres ou tristes de la part des chiens qui sont allés au-delà de mes attentes.
Vous étiez constamment présent sur le plateau ?
Il y avait toujours au moins deux personnes de mon équipe sur le tournage pour que les chiens aient l’air le plus soigné possible pour passer à l’image et pour qu’ils soient détendus. C’est essentiel parce qu’un animal ne peut pas passer dix ou douze heures à attendre sans rien faire : il faut jouer avec lui et l’occuper. Au départ,
Anne Consigny n’appréciait pas beaucoup les chiens. C’est vrai, mais Anne fait partie de ces gens qui se donnent la peine de dépasser leurs préjugés. Elle n’a jamais eu de rejet vis-à-vis de l’animal et la chienne l’a ressenti. J’ai le souvenir de plu- sieurs moments où la relation entre elle et la petite chienne était sincère et émouvante, comme la scène où la voiture pile net devant Bambou et où il se produit un échange de regard vraiment touchant entre Anne et la chienne.