L’action de
Bee Movie – DrÔle D’abeille se déroule dans deux mondes contras- tés : la ruche, métropole miniature bâtie autour de l’usine Mielex, et New York, avec ses rues, ses boutiques, Central Park, etc. C’est à
Alex Mcdowell (
Minority Report,
Charlie Et La Chocolaterie,
Les Noces FunÈbres) qu’a été confiée la réalisation de ces deux vastes complexes.
Alex Mcdowell :
«Je n’ai constaté que très peu de différences entre animation et cinéma traditionnel. Au stade de la préproduction, la démarche esthétique et le travail graphique sont strictement les mêmes. Les choses ne changent qu’avec la réalisation des décors virtuels, qui prend, bien sûr, infiniment plus de temps.» Le travail graphique était déjà bien avancé lorsque Mc- Dowell a intégré l’équipe, mais il fallait l’œil d’un grand chef décorateur pour en faire la synthèse et conférer au film son identité visuelle et son unité plastique.
Alex Mcdowell :
«Jerry m’a présenté d’emblée la so- ciété des abeilles comme une société uto- pique. L’abeille est un organisme 100 % fonctionnel au sein d’un monde 100 % opérationnel. Comment traduire cela ? En mettant l’accent sur la production de miel, et en faisant de l’usine le centre vi- tal de cette société. Toute la ville repose, physiquement, sur l’usine.» Les décors new-yorkais rappellent quant à eux les magnifiques illustrations des premiers gratte-ciel, qui donnent à ces structures de pierre une allure massive propre à dépayser et intimider le touriste – a fortiori lorsqu’il est une abeille.
Simon J. Smith :
«Alex a résolu les problèmes que posait la coexistence de ces deux univers. Il a basé sa représentation de New York sur des formes rectilignes et l’emploi de matériaux comme le verre et l’acier, et le monde des abeilles sur des formes douces, rondes et des motifs striés. Le contraste est tel que le spectateur ne risque à aucun moment de s’y tromper.»
Mielex et le monde de la ruche s’inspirent partiellement du terminal TWA de l’aéroport JFK de New York , avec ses formes organiques et son esprit moderniste hérité des fifties. Le look de l’usine, son appareillage lowtech, ses coloris tendres, ses structures en cire et en miel, expliquent que les abeilles aient tant de plaisir à y travailler.
Christina Steinberg :
«Le contraste entre la ruche et le monde des terriens est particulièrement évident lors du premier vol de Barry avec les «apollons du pollen». Central Park, avec ses fleurs multicolores, son ciel et ses pelouses compose un ensemble euphorisant, comparé au monde vibrionnant mais peu coloré de la ruche. Dans un deuxième temps, Barry se retrouve dans un environnement urbain quasi monochrome, qui s’anime et prend vie à mesure que lui-même s’y accoutume et s’y sent plus à l’aise.»
Alex Mcdowell :
«Central Park est un paysage vallonné dont la configuration, les cou- leurs, les multiples attractions naturel- les ajoutent à l’effet «rollercoaster» de ce premier et grisant envol de Barry.»
Steve Hickner :
«Cette scène est réellement à couper le souffl e. L’équipe a capté à merveille ce moment clé où Barry s’extrait de l’espace confi né de la ruche et entre dans un univers bariolé, exaltant, propice à toutes les découvertes.» Seinfeld aborde
Bee Movie – DrÔle D’abeille comme un film en prise de vues réelles, lui conférant du même coup une ampleur inusitée et une grande variété de décors. New Hive City se compose de nombreuses rues, d’une banlieue, de l’ap- partement de Barry, du laboratoire et du hall d’entrée de la Mielex. New York ne se limite pas à Central Park et à l’appartement de Vanessa, mais comprend aussi sa boutique de fl euriste, sa terrasse, des rues, des boutiques, un tribunal et même un 747 – au total, une cinquantaine de décors, soit moitié plus que la plupart des films. «Cela paraissait irréalisa- ble à beaucoup de gens», constate Seinfeld, «et je pense que cela contribue au plaisir du spectateur. Vous aurez vraiment l’impression d’accompa- gner Barry dans son grand voyage.»
Un effort similaire est accompli sur les personnages et leur intégration au décor.
Christina Steinberg :
«Barry est très stylisé, ce n’est pas une abeille hyperréaliste. Il fallait donc lui trouver une place au sein de notre monde humain et créer une «passerelle» formelle entre lui et nous.
Alex Mcdowell et le directeur ar- tistique,
Christophe Lautrette, s’y sont employés avec talent.» Lautrette a misé sur des couleurs transparentes, une palette stimulante et des formes empruntées à la morphologie de l’abeille. Les réalisateurs excluant d’humaniser Barry et de le faire res- sembler à Seinfeld, notre héros n’a pas d’épaules et quasiment pas de cou, mais il possède de petits bras, une tête sympa, surmontée de deux antennes, un corps tout en rondeur, avec un gros derrière et des pattes... chaussées de baskets (accessoire inévitable : Seinfeld en raffole !)
Fabio Lignini (Directeur de l’animation personnages) :
«L’absence de cou, les grands yeux, le sweater et les baskets striées, teintes en jaune et noir soulignent l’appartenance de Barry à la race des abeilles.» Vanessa la fleuriste de Manhattan est un personnage humain bien plus réaliste, dont la création a posé quelques problèmes. Les animateurs se sont laissés finalement guider et inspirer par sa personnalité chaleureuse et sa profession, qui justifiaient un grand luxe de couleurs pimpantes. L’énorme disparité physique des deux protagonistes a compliqué aussi la tâche des réalisateurs, qui avaient fait le pari étonnant de les cadrer ensemble sans recourir au moindre plan «composite». Le superviseur des effets visuels
Doug Cooper souligne les innovations apportées par
Bee Movie – DrÔle D’abeilleen matière d’éclairages par rapport à la tradition DreamWorks :
«Je crois que nous avons trouvé un équilibre judicieux entre réalisme et valorisation du matériau plastique. Ce film participe d’une esthétique de l’illustration, il ne prétend pas au réalisme photographique des précédents films Dream- Works. Nous avons essayé de créer un espace ample, doté d’une grande pro- fondeur de champ. Les formes, stylisées, sont spécifiques au monde des abeilles, notamment pour ce qui concerne l’architecture de la ruche. Cette stylisation se retrouve dans le monde humain, par exemple dans le traitement des arbres de Central Park auxquels nous avons donné des contours simplifiés évoquant la barbe à papa.»
«Ce film a constitué un énorme challenge à bien des égards en raison du nombre et de l’ampleur des décors. La technologie AMD64 de Hewlett-Packard nous a permis de résoudre les problèmes et d’obtenir des résultats inespérés. Les vues aériennes de Central Park, les immenses paysages new-yorkais, le rendu des centaines de milliers d’abeilles atterrissant en 747... sont des choses que nous n’aurions jamais pu ob- tenir autrement.»
Le chef monteur Nick Fletcher, qui avait déjà collaboré à plu- sieurs grands films d’animation, joua un rôle-clé dans
Bee Movie – DrÔle D’abeille. «Nick a été un atout essentiel», déclare
Christina Steinberg. «C’est un pro et il comprend l’humour de Jerry. Nous avons insisté pour qu’il fasse partie intégrante du «noyau dur» de l’équipe. C’est ainsi qu’il a été amené à faire des suggestions sur la narration et l’écriture, et a fi ni par connaître le film à l’endroit, à l’envers et dans les moindres détails.»
Le compositeur Rupert Gregson-Williams et Hans Zimmer (occupant ici la fonction de producteur musical exécutif) ont joué un rôle-clé dans la dernière phase de la production. Gregson-Williams, dont on a pu apprécier les talents sur des films aussi divers que
Nos Voisins Les Hommes ou
Hotel Rwanda, sait refléter dans sa musique la simplicité de l’intrigue et valoriser son humour pointu et hautement personnel.
Mais quid du MESSAGE au spectateur ?
«Je pense que le film contient plusieurs messages», déclare
Christina Steinberg. «Il en est un qui comptait beaucoup aux yeux de Jerry et qu’il tenait vraiment à faire passer. C’est l’idée que tout travail bien accompli est utile, que chacun de nous a un rôle à jouer. L’abeille incarne cela à la perfection. «Penser en abeille», c’est travailler de concert en fignolant le boulot. Ce que nous avons essayé de faire sur ce film.»
«‘‘Penser en abeille’’, c’est contribuer à la ruche. Davantage qu’un slogan, c’est le fondement de leur société», souligne Hickner. «C’est pour cela qu’Adam incite Barry à acquérir cette mentalité et qu’au fi l de l’histoire, celui-ci comprend toujours plus clairement sa fonction, son utilité au sein de la ruche et la nécessité de penser en abeille.»
«Au terme de ces quatre années de labeur, je réalise que ce film est aussi un sacré cadeau pour les enfants», conclut
Jerry Seinfeld. «C’est un aspect qui m’avait échappé jusqu’ici parce que j’étais sur- tout motivé par le désir de m’essayer à un art unique en soi et si propice à l’imagination créatrice. Je ne pensais pas encore aux jeunes spectateurs, mais je sais maintenant qu’ils attendent beaucoup de ce film, et j’en suis tout excité...» .»