Considérations sur Luis Buñuel
« Bien que cela semble contradictoire, pour moi, les films de Luis Buñuel renferment l’expression d’une candeur à la fois ingénue et bunuelesque, dans sa vision sceptique de l’homme et de sa croyance latente en un dieu (éventuellement méprisable pour Buñuel) qui a créé des créatures aussi perverses. Buñuel substitue l’idée du Mystère à l’hypothétique existence de Dieu. »
Devant
Belle De Jour, je pense aussitôt que « L’optimisme n’est rien d’autre que de l’espoir, en quoi que ce soit, peu importe».” Buñuel est sans espoir, dans la mesure où, pour lui, l’Homme s’en remet à l’irréparable. Et, sans doute, cette idée est-elle la conséquence d’une autre : si Dieu existait, il serait un créateur déloyal. Buñuel exprime comme une rage, une révolte, ou une vengeance face à une création perverse à ses yeux. Bien qu’agnostique, Buñuel, dans ses choix d’artiste et de surréaliste, a déclaré un jour qu’il acceptait en toute lucidité l’existence du mystère, ajoutant qu’il ne manquait au mystère d’aujourd’hui qu’une explication. Et que lorsque celle-ci serait trouvée, le mystère se dissiperait pour n’être plus qu’une réalité ordinaire.
Le film
Dans mon film, Belle toujours, Séverine croit que son anomalie, plus que charnelle, est psychique dans la mesure où c’est l’esprit qui fait agir la chair, cette chair fatalement condamnée à disparaître dans la mort. La nature consubstantielle du corps qui devient matière le soumet à la mort. Mon film
Acte Du Printemps commençait déjà par ces paroles de la Bible : « Au commencement était le verbe et le verbe s’est fait chair ». En se faisant chair, le Christ était condamné à la mort. Ainsi, tout comme Séverine ne recourt pas à la purification de son âme mais à celle de son esprit supposé immortel, Husson recherche le soulagement dans sa propre torture ou, mieux encore, en torturant l’autre et cherchant toujours en l’autre le plus torturé. Ici Séverine. Cela lui procurera-t-il le soulagement, comme le fait l’alcool ?