Notes de Prod. : Berlin

Notes de production

«Lou Reed a enregistré l’album Berlin en 1973.
Ce fut un échec commercial.
Jamais au cours des 33 années qui ont suivi, il n’a interprété cet album en concert.
Lors de cinq soirées en décembre 2006, au St Ann’s Warehouse de Brooklyn, Lou Reed a joué son chef-d’œuvre qui nous montre les sœurs obscures de l’amour que sont la jalousie, la rage et la perte.
»

Julian Schnabel

BERLIN

de l’album….

A l’écoute de Berlin, on a du mal à comprendre le cinglant échec commercial et critique subi par le troisième album solo de Lou Reed, à sa sortie, en octobre 1973. C’est le « disque le plus déprimant de la décennie », estime Robert Christgau, critique du magazine américain Rolling Stone, un « désastre entraînant l’auditeur dans un demi-monde distordu et dégénéré ». Début 1973, Lou Reed avait pourtant la cote, après le succès de l’album « Transformer », et de son tube inoubliable « Walk On The Wild Side » dont l’efficacité avait fait passer des thèmes aussi tabous que l’homosexualité, la prostitution et les drogues.
Lou Reed cherchait comment nourrir sa musique d’ambitions plus littéraires. Engagé comme producteur alors qu’il n’a que 22 ans, le Canadien Bob Ezrin permettra d’accoucher de « Berlin », album- concept. « Lou Reed représentait à la fois une force séminale du rock et un écrivain capable de condenser une vie dans une chanson de trois minutes. Je me suis dit : pourquoi ne pas lui permettre d’écrire son roman ? » Lors d’une de leurs premières rencontres, Ezrin prend en exemple une chanson, Berlin, déjà sortie en 1972, sur le premier album solo de Lou Reed. « La chanson parlait de deux amants. Je lui ai dit : «Qu’arrive-t’il aux personnages ? Pourquoi ne pas les retrouver dans d’autres chansons? » Un mois après, il avait tout écrit. »
Lou Reed raconte le destin de Jim et Caroline, leur amour miné par la drogue, la débauche, la jalousie, et la violence. Jamais dans le rock, on n’avait parlé aussi crûment de la glaciation des relations humaines.

« Caroline dit, en se relevant du sol
Pourquoi me frappes-tu? Ce n’est pas drôle
Caroline dit, en maquillant son œil tuméfié
Tu devrais apprendre à te connaitre un peu mieux
A penser à autre chose qu’à toi…
»
(Extrait de la chanson « Caroline says 11 »)

Caroline ne supportera pas qu’on lui retire la garde de ses enfants…

« Ils lui retirent ses enfants
Parce qu’ils disent que c’est une mauvaise mère
A cause de tout ce qu’on a raconté sur elle
L’officier noir de l’Air Force et tous ceux qui l’ont précédé
Et puis toutes ces drogues qu’elle s’est injectée...
»
(Extrait de la chanson « The Kids »)

… et choisira le suicide.

« Voici l’endroit où elle reposait sa tête, le soir lorsqu’elle se couchait.
Voici l’endroit où ses enfants ont été conçus
Cette chambre éclairée aux chandelles
Voici l’endroit où elle s’est ouvert les veines
Cette étrange et fatale nuit…
»
(Extrait de la chanson « The Bed »)

Bob Ezrin va s’investir avec la même ambition dans l’écriture des arrangements. Du dépouillement le plus déchirant à la grandiloquence la plus baroque, son travail fera beaucoup pour la légende de cette symphonie malade. Ezrin sera aussi responsable du formidable choix des musiciens : le bassiste Jack Bruce, le batteur Aynsley Dundar, le clavieriste Steve Winwood, l’époustouflant guitariste Steve Hunter… L’enregistrement se passe à Londres dans une ambiance de travail intense et de dérives chimiques. Autant d’efforts et d’excès fragiliseront la santé mentale des protagonistes. Lou Reed admet qu’il ne se souvient plus de grand-chose. Ezrin plongera dans une grosse dépression. Un malaise accentué par l’échec qui anéantira toute velléité de tournée. « Pourtant, explique Ezrin, ce projet avait une ambition scénique. J’ai tous les croquis que nous avions imaginés pour la mise en scène. Andy Warhol lui-même avait encouragé Lou à porter « Berlin » sur scène ».

…à la scène

Trente quatre ans plus tard, grâce, entre autres, à l’insistance de Bob Ezrin, de Steve Hunter et de Julian Schnabel, l’album revit sur scène. Les deux concerts donnés au St Ann’s Wharehouse de Brooklyn sont un succès. Epaulé par Ezrin à la direction artistique, Hunter à la guitare, des musiciens tels que Fernando Saunders ou Rob Wassermann, Anthony aux chœurs, Julian Schnabel aux décors et à la mise en scène, Lou Reed, le magnifique, avec sa six-cordes et sa voix incomparable, nous ensorcèle et nous entraîne dans la ballade tragique de Caroline et Jim.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 1 144 entrées
  • Cumul IDF : 2 458 entrées

  • 1ère semaine France : 1 868 entrées
  • Cumul France : 4 267 entrées