Notes de Prod. : Between a Smile and a tear : il était une fois le Montmartre Jazz Club de Copenhague

La vision de Niels Lan Doky, réalisateur

« Le jazz, c’est une forme de musique unique où des gens d’origines radicalement différentes (géographique, culturelle, politique, race, religion, âge, sexe, etc.) parviennent d’une manière étrange – à travers le langage improvisé du jazz – à faire naître une entente, mutuelle et immédiate et à créer une expression spontanée commune, ceci sans même avoir jamais répété ensemble ni s’être côtoyés préalablement.

Ainsi, le jazz, depuis des décennies, s’avère-t-il un point de rencontre naturel pour les gens (musiciens aussi bien que profanes) ayant un regard différent sur la vie. Un yogi indien a dit un jour que le jazz était la façon occidentale de pratiquer le Zen (c’est-à-dire, être et vivre dans l’instant, dans le présent). Et le jazz est souvent cité comme exemple pour illustrer la ‘démocratie en action’, puisque sa nature interactive et l’interaction psychologique entre les artistes de jazz jouant ensemble, peuvent facilement se comparer à la structure et aux mécanismes d’une société démocratique moderne.

Le jazz est un langage aussi clair que le parler habituel de tous les jours. Les musiciens de jazz évolués savent imposer leur personnalité aussi facilement à travers leur jeu qu’à travers leur langage parlé. Ainsi et avec le temps, en tant que musicien de jazz, suis-je parvenu à la conscience que, lorsque je m’installe devant le piano, je ne fais pas que jouer de la musique – c’est la vie même que je joue.

Le film Between a Smile and a Tear (« Entre un sourire et une larme ») ne concerne pas directement le jazz ni le jazz club Montmartre, vise d’abord à mettre en relief une histoire humaine. A bien des égards, le film peut être perçu comme une version jazz du célèbre documentaire de Wim Wenders, Buena Vista Social Club, quoique notre film ait sa propre identité.

D’apparence, le film aborde l’ambiance festive qui régnait lors de la réouverture du légendaire jazz club «Montmartre», pour la première fois depuis plus de 30 ans, une chaude nuit d’été de 2004, à son emplacement d’origine, au cœur de Copenhague. Mais, de façon plus approfondie, le film traite du patrimoine, des relations humaines et de la capacité des hommes à se respecter mutuellement, ainsi que de l’amour en dépit de leurs différences.

Ce n’est pas par hasard si un phénomène (et un monument de l’histoire du jazz) tel que le jazz club «Montmartre» a émergé à Copenhague même. Selon des chercheurs américains, actuellement (dès 2003) le Danemark serait le pays numéro un au monde dans le domaine du développement et du progrès social (source : Richard Estes/Ecole de travaux sociaux, Université de Pennsylvanie). Dans cette perspective, le film se veut un hommage indirect à Copenhague et, dans une perspective encore plus large, au Danemark même, comme le résultat de l’apparente capacité du pays à cultiver des valeurs humaines positives.

Le cadre du film c’est du jazz de tout premier ordre aussi bien que des portraits fascinants des musiciens participants. Le point central émotionnel du film est la frontière entre optimisme et mélancolie. Ou, comme le décrit si poétiquement Toots Thielemans : « quelque part entre un sourire et une larme ».

Le message du film c’est que tout peuple, nonobstant l’importance de ses différences individuelles, est capable d’établir une entente commune et de créer du respect et de l’amour mutuels. Le but du film est de se saisir des valeurs humaines spécifiques qui ont émergé d’un contexte bien spécifique (le monde du jazz à Copenhague), et de les transmettre au monde dans son ensemble et aux générations suivantes.

Les mots suivants sont de Stan Getz, prononcés en mémoire de son ami le bassiste Oscar Pettiford. En tant que membre du Quatuor Stan Getz en 1959, Pettiford était parmi les tout premiers musiciens à jouer au Jazz Club Montmartre de Copenhague. Suite au premier engagement du Quatuor au club, Pettiford a décidé de s’installer au Danemark, où il a vécu pendant une année jusqu’à sa mort »

Un hommage au jazz club Montmartre de Copenhague

L’été 2004. Le lieu : Copenhague où le légendaire club de jazz rouvre pour la première fois depuis plus de 30 ans. Mais pour un très bref moment seulement : deux jours. Pour cette occasion très spéciale, quelques-uns des plus vieux musiciens vétérans du club se réunissent avec une poignée de nouveaux venus, plus jeunes, pour philosopher sur le sens de la vie et sur la conjoncture actuelle de notre société - et pour nous offrir des interprétations remarquables et pleines d’énergies dans cet ancien club de jazz.