Notes de Prod. : Bienvenue chez les Ch'tis

    en DVD le 29 Octobre 2008

Interview de Dany Boon

Comment est née l’idée de Bienvenue Chez Les Ch'Tis ?

Dany Boon - L’idée de Bienvenue Chez Les Ch'Tis, je l’ai eue avant de faire mon premier film, La Maison Du Bonheur. Mais je voulais d’abord voir si j’étais capable de réaliser un film, car je ne voulais pas me planter avec un sujet qui me tienne fort à cœur. Tous les sujets sont importants, mais celui-là l’est vraiment : c’est mon enfance, c’est ma région, c’est les gens... C’est mes frères quoi ! Ils comptent sur moi. Et justement l’idée du film est parti de la vision qu’ont ceux qui ne connaissent pas le Nord-Pas de Calais. Ces Français qui ont une vision très négative et terrible de la région, que ce soit sur la pauvreté, le désespoir, le chômage ou les mines. D’où l’envie de faire une comédie très humaine, dont le personnage principal, n’étant pas originaire du Nord, va découvrir la culture ch’timi, l’environnement ch’timi, l’humanité des gens du Nord, le sens de l’accueil, du partage, la générosité... Tout ce que résume ce proverbe : un étranger qui vient dans le Nord pleure deux fois, quand il arrive et quand il repart. Je savais que je ne ferai pas deux films comme ça, sur le Nord, sur l’essence même de ce qui fait qui je suis. Donc c’est un film pour moi qui est très, très important. Un film d’auteur populaire.

Comment s’est déroulée l’écriture du scénario ?

D.B. - J’ai écrit seul pendant une année, au bout de laquelle j’ai eu l’histoire, les personnages et bon nombre de scènes qui sont dans le film. Et puis à un moment donné j’ai eu envie de partager avec d’autres auteurs, en l’occurrence Franck Magnier et Alexandre Charlot. Je connais Franck Magnier depuis longtemps : à une époque, il écrivait des sketches et je me souviens être allé chez lui, en banlieue, pour qu’il me les présente. Mon entourage s’était demandé pourquoi je me dérangeais pour un sombre inconnu ! Mais moi je le trouvais très gentil et drôle. Et puis Franck est du Nord et c’est lui qui m’a présenté Alexandre Charlot, qui n’est pas du Nord mais marié à une Ch’timie. Ce sont des scénaristes très doués, on a travaillé ensemble de manière très constructive. On a mis trois mois pour avoir un scénario définitif que nous avons retouché jusqu’au dernier moment...

Vous avez rencontré des difficultés à l’écriture ?

D.B. - La principale était de faire une comédie de tout ça. C’est là où j’ai beaucoup galéré pendant un an ! Au théâtre, quand je fais des personnages de la région, c’est plus simple car je suis dans l’auto dérision. Je fais des sketches sur des personnages qui sont caricaturaux, exagérés, mais c’est une convention et l’on en rigole. Au cinéma, c’est plus délicat parce qu’on montre, on est dans la réalité, il faut que ce soit crédible. Or j’ai un personnage principal qui a une vision apocalyptique du Nord : celle des gens que j’ai rencontrés en 15 ans de tournée dès que j’étais au sud de Paris !

Vos collaborations avec Francis Veber sur La Doublure et Le Diner De Cons ont-elles influencé votre travail ?

D.B. - Evidemment ça m’a apporté des choses. Ça nourrit beaucoup d’être au contact d’un génie comme Francis Veber. J’aspire à la même exigence. D’ailleurs Kad m’appelait Dany Veber sur le tournage !

C’est pour être plus concentré sur la mise en scène que vous vous êtes écrit un rôle secondaire ? vous auriez pu n’être que réalisateur ?

D.B. - Ah non, je voulais être dedans ! Mais même si mon personnage, Antoine Bailleul, porte un des noms de ma famille, quand j’écris je ne pense pas aux acteurs qui pourraient jouer le rôle. Et à aucun moment je ne me dis : « Tiens je vais avoir un rôle moins important ». Il se trouve qu’effectivement sur 53 jours de tournage, Kad en a eu 52 et moi 30 - ce qui est quand même important - et c’est vrai que ça m’a laissé plus de temps. En revanche ça inquiétait les producteurs qui m’ont dit : « Attention tu n’arrives que page 15 du scénario. C’est loin. Tu ne veux pas faire l’autre personnage ? » J’ai répondu : « Non, il faut que je sois le Ch’ti, je peux pas faire le mec qui vient du Sud, ce n’est pas possible ». Et puis les scènes du début sont importantes pour placer la situation et raconter ce que les gens pensent du Nord.

Comment avez-vous choisi Kad Merad ?

D.B. - Je n’ai pas du tout pensé à lui au départ. Il y avait plein d’acteurs qui pouvaient jouer le rôle. Nous avons fait une liste, et puis à un moment Richard Pezet, de Pathé, a proposé Kad. Et j’ai dit « mais oui bien sûr ». Je l’aime beaucoup. Je l’avais aimé dans Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas... mais je n’avais pas voté pour lui au César ! Je le dis : je vote pour moi ! Mais ça n’a pas suffi apparemment ! (rires) Bref Richard lui a donné le scénario et le lendemain, après l’avoir lu, Kad m’a appelé pour me dire : « C’est formidable cette histoire, c’est très drôle, j’adore ». J’étais très content. On a discuté du rôle, de ce que je voyais du film et puis c’est parti. Kad s’est approprié le personnage merveilleusement, humainement et profondément. Il est rentré dans mon film comme on rentre dans une grande aventure humaine. Il était là à 100%, et quand je voulais qu’il soit là à 200% et il était là à 200% voire parfois plus ! Comme dans la scène du fauteuil roulant, qui était très délicate. C’est une scène comique, visuelle, physique. Mais il fallait qu’elle soit jouée à fond et là Kad m’a surpris, il s’est donné complètement, il est formidable dans la scène. Je suis très content de son travail. Kad est un grand sensible. Il est très pudique, il cache énormément ses sentiments. Pourtant le dernier jour du tournage, il était très ému. Et l’on s’est retrouvé comme deux couillons en larmes. On vivait l’adage « quand on vient vivre dans le Nord, on pleure deux fois, quand on arrive et quand on repart. » À la fin de cette aventure, on a tous pleuré !

Avoir Line Renaud, la lady d’Armentières, au générique de Bienvenue Chez Les Ch'Tis, c’est une évidence...

D.B. - Oui. Line était très heureuse, elle a ri énormément quand je lui ai dit qu’elle jouerait le rôle de ma mère. Sauf que ma mère est moins possessive ! (rires) Line s’est entraînée à parler Ch’ti, elle a été surprise de voir que ça lui revenait. Elle m’a dit : « C’est drôle, je me suis battue pendant des années pour perdre cet accent et tu me demandes de le retrouver. » C’est une très grande dame, une grande artiste.

Et pour le reste du casting ?

D.B. - Stéphane Freiss, c’est ma femme Yaël qui a eu l’idée. C’est un rôle de grand flippé, et il le joue à merveille. C’est un acteur très, très riche, généreux, et très anxieux sur son jeu. Si je dis ça il va m’appeler en disant « quoi je suis anxieux ? » (rires). Tout le monde le trouve formidable dans Bienvenue Chez Les Ch'Tis Michel Galabru, c’est Gérard Moulévrier - le casting director du film - qui en a eu l’idée. Et je l’ai tout de suite voulu. C’était une autre évidence. Quand Michel a commencé à dire son texte - qu’il savait au rasoir ! - tout le monde sur le plateau s’est mis à pleurer de rire et je me suis dit : « Quel bonheur ! ». Pour le rôle de la femme de Kad, je cherchais une fille du Sud. L’agent de Zoé Felix m’avait affirmé qu’elle était du Sud. Or quand zoé est arrivée au rendez-vous, elle m’a dit : « Je suis de Paris ! Mais je peux prendre l’accent ! ». Comme je l’avais aimé dans Deja Mort et dans Le Coeur Des Hommes, que c’est une belle femme et une très bonne actrice, je me suis dit qu’elle serait parfaite pour le rôle.

Et pour le gang des postiers ch’timis ?

D.B. - C’est Anne Marivin qui joue ma femme. Je l’avais vue dans des petits rôles. Elle est d’origine Picarde, très pétillante, elle a beaucoup de charme, elle sait être drôle, elle est délirante comme actrice. Elle a un tempérament génial c’est un amour, et en plus elle s’en fout de son image ! Pourtant je l’ai habillée Coron, je lui ai mis les cheveux gras sur le côté... Elle a un look terrible, elle est très enlaidie et néanmoins elle a adoré jouer ce personnage ! Guy Lecluyse, je le connais depuis que je suis arrivé à Paris, à l’époque il faisait un one man show. C’est un acteur génial. Génial. Philippe Duquesne est un acteur rare. Il s’approprie le texte d’une manière très étonnante, très inattendue, et j’adore ça.

Ce ne sont pas les seuls gens du Nord à être dans le film ?

D.B. - Non bien sûr, on a embauché pas mal de gens du cru, de Bergues. On a fait un casting pour la figuration, les silhouettes, les petits rôles. En général, on y voit 200 candidats. Là, on en a vu plus de 1000 ! C’était assez délirant, ça nous a pris toute la journée ! À un moment donné, on a dû dire « on arrête » sinon on y serait encore ! Cela dit, j’attache beaucoup d’importance à tous les rôles, principaux, secondaires ou de simples apparitions. La femme qui vient pour les timbres quand je suis bourrée, elle est formidable. C’est une fille géniale que j’ai personnellement choisie. Pour moi c’était important qu’il y ait une cohérence sur l’ensemble.

Comment s’est déroulé le tournage dans votre région ?

D.B. - Comment vous dire : quand je vais me promener à Lille, si je n’ai pas la casquette, je mets une demi-heure pour faire 30 mètres ! Alors là, sur le tournage à Bergues, il y avait beaucoup, beaucoup de monde ! Mais les gens du Nord ont été merveilleux : quand il y avait des centaines et des centaines de personnes à observer le tournage en extérieur et qu’on demandait le silence et bien on avait le silence ! Et ça, c’est rare. En revanche, tous les soirs, je passais plus d’une heure après le tournage à signer des autographes. Mais c’était bien. Et puis j’ai toujours répondu présent aux gens qui me demandent du temps, parce que je trouve que ça fait partie du métier. Si on fait ce métier c’est pour eux, grâce à eux : sans le public on n’est rien, on est seul chez soi.

Comment avez-vous vécu cette deuxième expérience de mise en scène ?

D.B. - J’étais toujours aussi impressionné, aussi ému. J’étais dans une aventure humaine très forte, j’ai dirigé ça, on est tous allé dans la même direction et chacun y a mis tout ce qu’il pouvait de son talent pour que ce soit parfait. Pour moi, c’est la définition même du cinéma. Après on doute, on se trompe ou l’on réussit. Par rapport à mon premier film, j’avais peur évidemment - on a toujours peur de démarrer un tournage - mais là c’était plus facile, il y avait plus d’évidence, j’allais plus vite aux choix, aux bons choix, je pense. J’ai maîtrisé plus l’ensemble, et ça se voit à la cohérence du film, il a la forme que j’ai voulu lui donner.

Une fois Bienvenue Chez Les Ch'Tis terminé, avez-vous été surpris par certains aspects du film ?

D.B. - Non parce que je l’ai écrit, réalisé, tourné, et monté, j’ai vu la chose se construire et je n’ai pas eu cette chance de découvrir le film. La seule chose qui m’ait échappé c’est la puissance des rires des spectateurs lors des premières projections tests, et l’émotion provoquée à la fin du film. Ça m’a cueilli, mais à travers les spectateurs. C’est comme lorsque ma mère vient à mes spectacles, elle ne rit pas en me regardant, elle rit en regardant les gens qui rient. En voyant les spectateurs rire à Bienvenue Chez Les Ch'Tis, j’ai fait : « oh oh il est drôle mon film » et à la fin j’ai été très ému. Ça m’a rendu très heureux pour tous ceux qui m’ont accompagné sur ce film, pour ma région, et pour moi. J’ai fait le film que je voulais faire, aussi quel que soit le succès ou l’insuccès du film - bon d’accord, je serai plus heureux s’il a du succès ! - je suis ravi. C’est un film qui est vivant, humain, qui j’espère va rester et donner une image plus juste et plus belle de mon Nord-Pas de Calais natal.

Interview de Kad Merad

Vous connaissiez Dany Boon avant de tourner avec lui ?

Kad Merad - Pas vraiment. On s’était peut-être croisé sur un plateau télé et encore... En revanche je l’avais vu en spectacle à l’Olympia. Je ne sais même pas s’il était au courant que j’étais là... Dany, c’est le genre de personne que tu es content d’aller saluer. On est des collègues, on fait le même travail, on divertit.

Lancement record pour le DVD des Ch'tis

Le 29 octobre prochain, le DVD de Bienvenue Chez Les Ch'Tis envahira les rayons des magasins avec ses 5,5 millions d'exemplaires édités pour le marché français. La comédie de Dany Boon bénéficiera du plus gros lancement vidéo jamais effectué en France. A titre de comparaison, la superproduction aux 6,8 millions d'entrées, Astérix Aux Jeux Olympiques avait été distribuée en août dernier à un million de copies à travers le pays.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 5 775 entrées

  • 1ère semaine France : 4 458 837 entrées