Dix ans après Le Ciel, Les Oiseaux Et Ta Mère, vous n’avez toujours pas perdu de vue la portée politique d’un film ?
C’est vrai. A l’époque, je traitais déjà des problèmes de la Cité. Dans
Big City, aussi. Avec
Gilles Laurent, mon scénariste et complice de toujours, si on ne dénonce pas au moins un tout petit peu les problèmes de société… On s’ennuie.
Quelle est justement la portée politique de Big City ?
Sous couvert de divertissement,
Big City est une allégorie du monde qui nous entoure.
Big City représente l’Europe, la rivière qui entoure
Big City, nos frontières de Schengen, et les indiens ce sont tous les étrangers qui frappent à notre porte et qu’on ne peut pas, ou qu’on ne veut pas accueillir chez nous. L’histoire de
Big City se déroule en 1880.
A cette époque, on sort à peine de l’esclavage mais on voit bien, dans notre film comme dans notre quotidien, qu’il ne suffit pas de dire « c’est fini » pour que les mentalités soient transformées du jour au lendemain.
Big City parle du racisme ordinaire du 19ème siècle, avec d’autant plus de vérité que ce racisme est exprimé par des enfants. Ca rend le discours plus clair et plus violent. Maintenant la question est : qu’est ce qui a vraiment changé depuis 1880 ? Malheureusement pas tant de choses que ça.
C’est sans doute pour ça que j’ai choisi des arabes et des antillais (adultes et enfants) pour incarner les indiens de
Big City.
La couleur de peau change, mais les problèmes sont semblables.
Derrière leurs visages d’anges, ces enfants affrontent la cruauté de la réalité. Pensez-vous que vos acteurs-enfants ont compris le message du film ?
Je ne voulais pas de singes savants mais de vrais enfants avec toute leur naïveté, leur spontanéité et leur énergie. J’ai pris beaucoup de plaisir à les diriger. Mais je ne suis pas sûr que tous les enfants aient lu le scénario. Et d’ailleurs certains n’ont sûrement pas compris l’enjeu politique et social de
Big City, mais peu importe. Ce qui m’importe, c’est qu’ils le ressentent en voyant le film une fois terminé. D’autres, je dois le dire, m’ont sérieusement épaté par leur clairvoyance et leur analyse.
Comment Big City a pris forme ?
J’ai une sensibilité qui me pousse naturellement vers le genre « film pour enfants ». Ce sont des films comme
La Nuit Du Chasseur ou
La Guerre Des Boutons qui m’ont donné envie de faire
Big City. Mais aussi le challenge de réaliser un film avec uniquement des enfants.
Les problèmes étaient si nombreux et paraissaient si insurmontables qu’ils m’ont convaincus ! Il y a bien quelques films majeurs tels que
Sa Majesté Des Mouches de Peter Brook en 1963 où des gamins se retrouvaient les seuls rescapés d’un accident d’avion sur une île déserte ; et aussi,
Burgsy Malone, vingt ans plus tard. Mais rares sont ceux qui ont relevé un tel défi depuis. Alors, cela m’a excité. C’était assurément pour moi une idée originale qui méritait d’exister et que je devais défendre jusqu’au bout. Quand à l’idée du western, elle m’est venue il y a six ans lors d’un repérage dans l’Idabo aux Etats-Unis. J’ai traversé des villes avec plein d’enfants habillés comme des cowboys. Et pour finir c’est mon scénariste qui a tranché lors d’une autre écriture qui ne décollait pas : il m’a dit « on devrait peut-être repenser à cette idée de western, avec des mômes, on s’amuserait plus, non !? ». Nous n’avons pas perdu une minute et nous avons bâti les grandes lignes de
Big City en quelques jours.