Conditions de tournage
J’ai apprécié le fait que nous n’ayons pas eu à nous presser, et qu’il ait fallu parfois jusqu’à 45 minutes pour régler les lumières. J’ai eu l’avantage de disposer d’une doublure, ce qui m’a permis de rester dans ma loge pour continuer à me préparer. Cela vous donne aussi le sentiment qu’on vous prend au sérieux. Ce n’est pas toujours le cas dans le cinéma hollandais, où l’on travaille dans une atmosphère relax et bon enfant qui incite chacun à se mêler des affaires de l’autre. Je m’étais habituée à ces ambiances, mais
Black Book m’a révélé les avantages d’une conduite plus professionnelle. On le doit à Paul, à son assistant-réalisateur Mac van de Bijl et à leurs expériences internationales.
De plus, l’ampleur et la complexité de cette production sont sans équivalent aux Pays-Bas.
Paul laisse ses acteurs prendre beaucoup d’initiatives, partant du principe que ceux-ci connaissent leur métier. À la fin d’une prise, il ne nous parle que s’il n’est pas content du résultat. S’il ne dit mot, c’est qu’il est satisfait. Il faut s’y faire, car les acteurs sont des gens fragiles et vaniteux, qu’on doit constamment rassurer. En même temps, c’est une bonne approche, qui témoigne d’une réelle confiance mutuelle. Paul a l’art de vous motiver, de vous inspirer, par son énergie, son tempérament positif que rien ne semble pouvoir entamer. Grâce à ses qualités, il répand sur le plateau une excellente atmosphère. Il m’est arrivé d’être de mauvaise humeur le matin, mais il a toujours su me faire rire avec une bonne blague ou un geste attentionné. Le meilleur exemple étant l’épisode où l’on me jette à la fi gure un baquet d’excréments. Je détestais cette idée et la trouvais humiliante.

À la fin de la scène, Paul s’est tout de suite approché de moi, alors que rien ne l’y obligeait, pour me réconforter et patauger avec moi dans cette mare nauséabonde. J’ai trouvé cela formidable.
Quel meilleur signe de son amour, de sa sympathie, pour nous ? Paul ne craint rien, il se donne à 100% à son film et à ses acteurs. C’est quelqu’un d’incroyablement fort, intelligent et sensible.
Le personnage de Rachel
Elle est droite et volontaire, c’est une authentique héroïne, mais aussi une femme de chair et de sang. Très différente de mes personnages habituels. J’ai dû refréner mon naturel blagueur et ma truculence. Rachel a une certaine naïveté juvénile, mais elle sait également se débrouiller. Elle se bat, pour elle-même comme pour celui qu’elle aime. Lorsque Müntze se retrouve en prison, elle demande à la Résistance de l’aider à s’évader : “Secourez-le, même s’il est Allemand !” Cela demande du courage. J’ai eu du plaisir à jouer cette femme de caractère.