Avec dix acteurs principaux et 150 figurants sur le lieu de tournage (une prison à Guelph Ontario), plus 300 à 400 figurants (dont deux non-voyants) à Montevideo, Uruguay, puis à Sao Paolo, Brésil, les coaches de
Blindness Christian Duurvoort et Barbara Willis Sweete ont développé une technique perfectionnée afin d'apprendre aux voyants à agir comme des aveugles.
« Il faut un minimum de huit heures pour enseigner une cécité récente convaincante » dit Duurvoort. Les ateliers étaient constitués de deux sessions de quatre heures qui exploraient l'espace, les expériences sensorielles des odeurs et des sons, des exercices physiques individuels et collectifs. Tous commençaient par environ une heure et demie de travail les yeux bandés ce qui permettait aux acteurs de commencer à comprendre un mouvement indépendant de la vision.
« Pour les aveugles, l'espace est ce que le corps touche. Les voyants entendent des sons auxquels ils ne sont pas attentifs, mais pour les aveugles, ils sont très importants » poursuit Duurvoort.
Puis, les bandeaux étaient retirés, pour aller progressivement d'un jeu les yeux fermés à un jeu les yeux ouverts. Les acteurs principaux pouvaient choisir de jouer avec des lentilles qui les rendaient aveugles, une solution souvent choisie pour les scènes intenses qui leur permettait de se concentrer sur leur jeu plutôt que sur leur cécité feinte.
« Au début, j'ai demandé les lentilles », confie
Alice Braga,
« il y avait trop de choses auxquelles penser pour pouvoir éviter de regarder. Il fallait aussi ressentir les émotions et parler dans différentes langues. »
Fernando Meirelles fut si impressionné par ces ateliers, qu’il ne se contenta pas d’y participer mais insista pour que tout le monde le fasse y compris
César Charlone, le directeur de la photographie ou d'autres responsables d'équipes.
« Pour moi , dit Meirelles,
« l'expérience la plus forte fut le son : ce qu’on entend, et comment cela modifie votre perception du monde alentour. Donc dans le film vous allez entendre mieux. Le son sera très net afin que les spectateurs prêtent attention au plus petit bruit. »
De surprenantes leçons furent tirées des ateliers de cécité.
« Être aveugle ressemble beaucoup au jeu du comédien, il s'agit d'apprendre très tôt à accepter l'humiliation. Quelques fois vous allez être ridicule, vous allez vous cogner dans les murs, vous allez rater l'urinoir. Vous passerez pour un imbécile, ce qui, au fond, est ce que vous découvrez lors de votre première année d'école de théâtre où vous apprenez à être vulnérable sur scène, à permettre aux gens de voir votre insécurité et votre embarras. Devenir aveugle ressemble beaucoup au parcours de l'acteur » dit
Don Mckellar.