Notes de Prod. : Bobby

    en DVD le 09 Août 2007

Note de production

Origine du projet

Emilio Estevez n'avait que six ans, et il se souvient encore de cette nuit du 4 juin 1968 où la télévision a retransmis l'assassinat de Robert F. Kennedy. L'enfant qu'il était se ru a dans la chambre de son père, Martin Sheen, ardent supporter du Sénateur, pour lui faire part de la tragique nouvelle. Quelque temps plus tard, Sheen amena le jeune Emilio à l'Ambassador Hotel, où Kennedy avait prononcé ses derniers mots – un appel au peuple américain à s'unir pour lutter contre la violence et les fractions sociales et politiques. "Je me souviens que nous avons arpenté ces grands halls, main dans la main, tandis que mon père m'expliquait la perte que venait de subir l'Amérique". Plus tard, comme beaucoup de ses concitoyens, Estevez voit dans l'assassinat de RKF un coup d'arrêt au grand élan d'idéalisme et d'optimisme qui avait motivé la génération précédente. Kennedy avait laissé bien peu d'héritiers prêts à reprendre le flambeau, à aborder franchement les problèmes de l'Amérique, à se dresser contre l'injustice et à porter secours aux défavorisés. "À compter du 5 juin 68,je pense que nous avons commencé à céder au cynisme et à la résignation. Cela explique en grande partie ce que nous sommes aujourd'hui", déclare Estevez.

Une séance de photos dans l'enceinte de l'Ambassador rappelle un jour à Estevez son émouvant pèlerinage d'enfant et tous les souvenirs personnels qui lui étaient liés. Il décide, dans la foulée, de consacrer un film à la nuit de l'assassinat de Kennedy. "À travers cette histoire, j'ai voulu commémorer l'esprit de Bobby" explique-t-il.Plutôt que d'essayer de retrouver ceux qui passèrent cette nuit-là à l'Ambassador et solliciter le droit de raconter leur histoire, Estevez choisit de mêler fiction et réalité historique. Au lieu de se focaliser sur Bobby Kennedy et son tueur, Sirhan Sirhan, qui ont fait l'objet de multiples livres et documentaires, il invente un groupe très éclectique de personnages, dont les vies seraient marquées en profondeur par ces tragiques événements. Chacun de ces vingt-deux personnages contribuerait à sa manière à tisser la trame du film, à y introduire sa singularité, ses dilemmes, ses conflits personnels, qui expriment une intensité croissante jusqu'à l'explosion finale. L'hôtel représente le microcosme de l'Amérique en cette fin des sixties.

Estevez ne sait pas encore que ce projet lui occasionnerait des années d'efforts."Le hasard et les coïncidences ont eu la part belle dans la réalisation de ce film, et pourtant, rien n'y est accidentel, rien n'y est fortuit", remarque-t-il. Durant ce processus, Estevez éprouve soudain l'une de ces crises d'inspiration paralysantes que connaissent la plupart des scénaristes. Il décide de mettre son script de côté avant de s'y attaquer de nouveau, dans un hôtel isolé. Une employée l'ayant reconnu, lui demande ce qu'il vient y faire. "J'écris un script sur la nuit de l'assassinat de Kennedy". Des larmes jaillissent des yeux de l'interlocutrice. "J'y étais", dit-elle. Estevez apprend que cette femme avait milité pour Kennedy en 1968 et qu'elle avait épousé un jeune homme qui refusait d'aller se battre au Vietnam. Une partie de cette histoire serait plus tard incorporée au personnage de Lindsay Lohan."Ce témoignage m'a permis de redémarrer sur un vécu riche d'émotions. La suite a coulé de source, chaque nouveau protagoniste me menant au suivant."

Les vingt-deux personnages dont Estevez a minutieusement associé et entrelacé les destinées lui ont été inspirés à la fois par l'esprit de cette époque et par ses propres expériences. "J'ai voulu qu'ils soient emblématiques et contribuent à faire avancer l'intrigue. Ils sont à certains égards des archétypes, mais ce sont aussi des gens que j'ai connus de près et qui ontjoué un rôle dans ma vie." Quatre des histoires les plus intenses de Bobby sont vécues par des femmes à un moment clé de leur évolution personnelle, à l'aube des grands mouvements féministes. Demi Moore interprète la chanteuse alcoolique Virginia Fallon ; Sharon Stone est l'épouse bafouée du directeur de l'hôtel ; Heather Grahamest la maîtresse de ce dernier, qui espère tirer profit de leur liaison ; Helen Hunt est une riche bourgeoise new-yorkaise frustrée.
"Ma mère m'a sans doute grandement influencé dans l'écriture de ces personnages. C'est une forte femme qui a laissé son empreinte sur ce film."

Estevez achève son scénario une semaine avant la tragédie du 11 septembre. Il décide de le mettre de côté pendant 6 mois avant de le montrer à ses amis et à sa famille. Les réactions sont unanimement encourageantes, mais des difficultés imprévues surgissent très vite. "Le script était d'une ampleur inhabituelle, le résultat final se jouerait à la fois sur la qualité de l'interprétation et de la mise en scène. Or je n'avais jamais travaillé à une telle échelle, et l'on se demandait si je serais à la hauteur." La qualité de l'écriture, la persévérance et la passion d'Estevez finirent par porter leurs fruits. "C'est un film que nous devions faire", déclare le producteur Michel Litvak. "L'histoire de Bobby Kennedy n'appartient pas seulement au peuple américain, elle est une source d'inspiration pour le monde entier. Son message et son rêve sont encore vivants.""Chacun de nous s'est impliqué dans ce tournage parce que nous sommes tous profondément concernés par l'action et les prises de position de Bobby Kennedy", poursuit Estevez.

"Les problèmes auxquels il s'attaquait à l'époque ne sont pas encore résolus. À travers ce film, je pose une question : "Pourquoi n'avons-nous pas avancé d'un pas ?", et je tente de montrer en quoi les idées de Bobby restent pertinentes."

Vingt-Deux Personnages en Quête De Bobby

Le projet Bobby a bénéficié d'un casting exceptionnel, séduit tant par les mérites de son scénario que par la ferveur de son auteur/réalisateur. "On trouve rarement des scénarios d'une telle richesse, offrant autant de grands rôles", constate la productrice Lisa Niedenthal. "Les acteurs ont été sensibles à la force des personnages ainsi qu'à l'idée de travailler en commun à un sujet qui nous touche tous de près." En témoignage de loyauté, les interprètes du film ont tous accepté de travailler pour le minimum syndical. Le premier à signer est Anthony Hopkins, dans le rôle de l'ancien portier de l'Ambassador, John Casey. L'acteur a gardé un souvenir très vif de l'annonce de la mort de Bobby Kennedy : "J'étais au maquillage, dans un studio de Londres, lorsqu'on m'apprit son assassinat. Je me suis dit que le monde était devenu fou. En l'espace de quelques années, on avait tué JFK, Malcolm X, Martin Luther King, et maintenant Robert Kennedy. J'ai eu le sentiment que tout fichait le camp. C'était hélas vrai." Hopkins se faisait un plaisir particulier de tourner ses quelques scènes avec Harry Belafonte : "C'est merveilleux de travailler avec un homme de cette envergure.

Harry est une force de la nature, une force dynamique et révolutionnaire. Sa grande familiarité avec Bobby Kennedy confère une résonance spéciale à nos échanges."Harry Belafonte se préparait en effet à rencontrer Kennedy peu après son passage à l'Ambassador. "J'avais travaillé pour lui et l'avais côtoyé durant pas mal de temps. Cette nuit du 4 juin a changé à jamais le cours de l'Histoire, pas seulement pour notre pays, mais pour le monde entier."
La présence d'Anthony Hopkins attira d'emblée plusieurs acteurs, dont William H. Macy, qui interprète le directeur de l'hôtel, Paul Ebbers: "Je tournerais volontiers les Pages Jaunes avec lui ! "Sharon Stone, qui joue Miriam Ebbers, l'esthéticienne de l'hôtel, a aimé ce rôle inhabituel et authentique : "Dans les années soixante, un salon de beauté tenait du cabinet de psychiatre !Chacun venait y raconter sa petite histoire et la coiffeuse que je suis fait office de confidente et de psy. Par ailleurs, je trouve très justes cette description de l'adultère et les réactions, typiquement "sixties" de Miriam aux infidélités de Paul." Nombre d'acteurs soulignent la pérennité du message de Kennedy, à une époque où l'Amérique aura rarement été aussi divisée. "Avec la mort de Bobby Kennedy, nous avons perdu à la fois notre innocence et notre passion", note Demi Moore. "Ce sentiment d'impuissance ne s'est jamais dissipé, alors même que nous aurions tant besoin de refonder notre unité." Laurence Fishburne interprète le sous-chef des cuisines de l'Ambassador, qui se targue d'avoir trouvé la parade au racisme ambiant.

Ami d' Estevez depuis l'âge de quatorze ans, Fishburne fut surtout motivé par la force de son scénario : "Je sais que toutes les générations se retrouveront dans ce film." Pour Martin Sheen, ce film est doublement personnel : "RFK a été l'un de mes grands héros, et il reste pour moi une précieuse source d'inspiration. J'ai le privilège de collaborer à la Robert F. Kennedy Memorial Foundation en présentant depuis plusieurs années chacun des films qui perpétuent son œuvre. Il me semble important de célébrer nos héros et de tenter d'éveiller chez les gens le désir de servir leurs semblables. Je pense que ce film y contribuera, et je suis immensément fier que mon fils en soit responsable." Pour certaines de ses plus jeunes stars, Bobby est l'occasion de découvrir l'idéalisme des sixties. "Le message de Kennedy m'a profondément impressionné", dit Elijah Wood. "Depuis sa mort,aucun de nos leaders n'a su s'adresser à autant de monde pour nous rappeler que notre pays pouvait faire bouger les choses.

Les États-Unis ne se sont jamais remis de sa disparition. Quelque chose en nous est mort cette nuit-là." D'autres, en revanche, perçoivent le film comme un appel à la nouvelle génération. "Nous devons tirer un enseignement de cette période, marquée par la guerre du Vietnam, les combats pour les droits civils et la lutte contre la misère", déclare Joy Bryant. "Le contexte a changé, mais nous pouvons nous inspirer de certains des idéaux des années soixante et les adapter à notre temps. Nous pouvons aller de l'avant."C'est encore un autre point de vue qu'exprime l'actrice russe Svetlana Metkina, interprète de la jeune journaliste tchèque bien décidée à rencontrer Kennedy : "Ce film n'est pas seulement le portrait d'un homme. Il parle de nous tous, de ce que nous étions à l'époque, et de ce que nous sommes aujourd'hui. Bobby
Kennedy connaissait le prix de la liberté.Son message a eu un grand écho derrière le Rideau de Fer."

Retour A L'ambassador

Le décor unique de Bobby est le légendaire Ambassador Hotel, construit sur Wilshire Boulevard en 1921, qui accueillait le gotha d'Hollywood. Son cabaret, le Coconut Grove, a été un haut lieu de la vie nocturne de L. A. Le palace aux 500 chambres a régulièrement hébergé les grands noms de la politique, à commencer par les Présidents des États-Unis lors de leurs déplacements sur la côte Ouest. Vingt ans après la mort de Kennedy, l'établissement présentait de tels signes de vieillissement qu'il a dû fermer ses portes. Au terme d'une longue bataille juridique, il a été décidé en 2005 de construire une école sur son site. Estevez a obtenu, in extremis, une dispense du Los Angeles Unified School District, lui permettant de tourner une semaine dans l'enceinte de l'Ambassador, où les marteaux piqueurs avaient déjà commencé leur œuvre. Mettant à profit ce bref sursis, il a pu filmer dans l'urgence la façade de l'établissement, ses halls et sa cafétéria. Un problème majeur surgit alors : "Nous pensions faire circuler la caméra de chambre en chambre, dans un mouvement fluide et continu. L'architecture de l'hôtel aurait tissé un lien narratif entre toutes ces histoires. Nous n'imaginions pas un instant qu'il nous faudrait filmer "façon puzzle", et composer notre Ambassador à partir d'une multitude d'établissements dispersés dans L. A."."Je devais non seulement capter l'ambiance du moment", explique la chef décoratrice Patti Podesta, "mais l'essence de l'Ambassador avant sa disparition. Durant cette courte semaine, j'ai fait une série de dessins "émotionnels", qui tendaient moins à une reproduction exacte qu'à une approche impressionniste de l'hôtel. J'ai aussi récupéré un maximum d'accessoires mis au rebut afin de les utiliser dans nos reconstitutions ultérieures.

Certains meubles, dont les chaises du lobby, furent achetés par la production lors de leur mise aux enchères." Patti Podesta a également mis à profit 20 minutes non montées d'un documentaire réalisé par CBS le 4 juin 1968, qu'avait déniché Estevez. Des films de fiction des années soixante tournés à l'Ambassador (dont Le Lauréat), et un album de photos très détaillé nourrirent également son inspiration. Patti Podesta élabora la palette du film en étroite collaboration avec le directeur de la photographie Michael Barrett et la chef costumière Julie Weiss, utilisant les teintes douces et estompées de l'époque. Le décor, le mobilier, les costumes, les robes et coiffures bouffantes "à la Jackie O" ont aidé l'équipe et les interprètes à se mettre dans l'ambiance. Dans son travail avec Barrett, Estevez s'est efforcé de capter le formalisme de la société américaine des sixties ("Les gens s'habillaient encore pour aller dîner, se répandaient en "merci" et en "s'il vous plaît", les jeunes supporters de Kennedy ou Eugene McCarthy passaient chez le coiffeur avant de se rendre au QG de campagne"), tout en insufflant au film une énergie très actuelle ("la caméra est très fluide, constamment en mouvement, et 90% des scènes ont été tournées en Steadicam pour renforcer cette impression de légèreté").


L'intensité de ce tournage "guérilla" augmente encore à l'approche de la scène finale, dont chacun pressentait qu'elle serait la plus dure, techniquement et émotionnellement : l'assassinat de Robert F. Kennedy dans les cuisines de l'Ambassador. Kennedy descend de sa suite vers 23h30 pour annoncer sa victoire aux primaires de Californie et improviser une allocution. À 0h15, son discours terminé, le Sénateur, fend la foule de ses supporters, se dirige vers les journalistes, lorsque plusieurs coups de feu éclatent. Touché à la tête, Kennedy s'effondre dans les bras d'un garçon de cuisine. Il succombera le lendemain ; les cinq autres victimes du tireur survivront à leurs blessures. Le propos d'Estevez n'était pas de reconstituer la chronologie de l'attentat et d'accumuler les détails factuels, mais de suggérer l'ambiance de ces tragiques instants, de communiquer la terreur soudaine et le sentiment d'impuissance qui s'emparent de la foule.

Des sentiments que l'équipe et les comédiens ont vécu lors du tournage. "Il régnait sur le plateau une atmosphère étrange et inquiétante", témoigne Jacob Vargas, interprète de Miguel, le garçon de cuisine. "Des corps gisaient à terre, il y avait du sang partout, les gens hurlaient au comble de la panique. J'en ai eu la chair de poule rien qu'en visionnant le play back." La scène avait pour Estevez une importance vitale, non seulement parce qu'elle clôt le film, mais parce qu'elle illustre de la façon la plus éloquente le message anti-violence de Bobby, délivré dans un beau discours d'avril 68 dont les principaux extraits sont présentés en montage alterné tout au long de cette séquence.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 48 071 entrées
  • Cumul IDF : 89 648 entrées

  • 1ère semaine France : 84 527 entrées
  • Cumul France : 151 107 entrées