Le titre du nouveau film de
Michael Moore s'inspire d'un fait réel. Les deux adolescents qui, en 199, massacrèrent 13 personnes au Lycée Colombine avant de se suicider, avaient pour habitude de fêter leur bon coup en allant faire une partie de quilles.
BOWLING FOR COLUMBINE est une critique cinglante, acerbe, dévastatrice de l'industrie de l'armement, de l'usage des armes et du droit constitutionnel qu'a tout citoyen américain d'en posséder. C'est aussi le portrait désopilant d'un pays au lendemain du 11 septembre.
"Dans ce film, je donne mon point de vue sur notre culture américaine de la violence, sur le climat de peur dans lequel nous vivons et sur l'omniprésence des armes ici.", indique le réalisateur. Il rappelle dans son dernier livre que les Etats-Unis connaissent le plus fort taux de meurtres par armes à feu au monde. Le nombre de revolvers en circulation y dépasse celui des électeurs. Et des postes de télévision. Après
Roger Et Moi, Bowling for Colombine, sévère critique du lobby américain des armes, est un film… canadien. "Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais trouver un financement aux Etats-Unis pour un sujet pareil!", s'exclame Moore. La puissante NRA (qui défend le port d'armes) a en effet tous les moyens financiers et politiques de lui mettre des bâtons dans les roues. Le réalisateur l'a constaté en essuyant refus sur refus dans sa recherche de financement.
Attention,
Michael Moore est un produit corrosif. Il est le poil à gratter et l'élément perturbateur de l'Amérique d'aujourd'hui. IL dérange. McCurry, le porte parole de la Maison-Blanche, déclarait récemment que Moore était un personnage dangereux. Si démontrer par l'absurde qu'un système politique et économique déraille et qu'il est pernicieux, alors oui,
Michael Moore est un fou, un malade, un danger public.
Un phénomène en tout cas.
Cela faisait 46 ans que le festival de Cannes n'avait pas sélectionnés de documentaire en Compétition Officielle…Il est vrai qu'après le 11 septembre, BOWLING FOR COLOMBINE est une œuvre aussi stupéfiante que courageuse. Un tour de force de la part d'un réalisateur déjà maintes fois primé et considéré comme le plus important auteur de documentaires satiriques. Avec ce film percutant, Moore pose avec hardiesse une question qu'aucun Américain n'ose formuler en ces temps violemment patriotes : "Sommes nous un pays dingue des armes à feu ou sommes nous un pays de dingues tout court?"
Avec sa gouaille, son charme, son esprit caustique, Moore nous propose un voyage au cœur de l'Amérique, dans l'espoir de découvrir pourquoi la quête américaine du bonheur est à ce point marquée par la violence la plus dévastatrice.
Oscillant subtilement entre humour et effroi, le film assène d'étourdissants coups de poings à l'aide d'images inédites : les enregistrements vidéos des caméras de surveillance placées dans la cafétéria, le matin même du massacre de la Colombine Hight School ; les étudiants gravement blessés lors de la tuerie qui poursuivent en justice la chaîne d'hypermarchés qui a vendu les balles maintenant logées dans leur colonne vertébrale ; la maison de Charlton Heston à Beverly Hills, centre névralgique de la NRA, où les réponses aux questions de Moore font froid dans le dos.